Se connaître

7 novembre 2008
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Nietzsche écrivait : « de tout écrit, je n’aime que ce que l’on écrit avec son propre sang. (…) Il n’est pas facile de comprendre du sang étranger : je hais tous les paresseux qui lisent. »

Il est donc possible d’en tirer quelques leçons que chacun peut trouver pour lui-même : il faut utiliser son propre sang pour connaitre et se connaitre.

Il est possible de se poser trois questions essentielles susceptibles de tracer des pistes de réflexion pour se connaitre, pour vous connaitre. « Qu’est-ce que je connais de moi-même ? Comment puis-je mieux me connaître ? Quels outils peuvent me permettre de mieux me connaître ? »

Dire que l’on se connait bien c’est déjà tomber dans la platitude absolue et ne pas répondre en à la question. Répondre à la seconde question en parlant de démarche introspective, c’est évoquer une évidence simpliste et caricaturale. Enfin, indiquer, certes de façon justifiée mais basique, que tel ou tel outil peut aider à la tâche, c’est déjà risquer d’en exclure d’autres et de limiter la démarche introspective.

On pourrait dire que se connaître soi-même ne va pas de soit, c’est même un challenge difficile, une tâche sans fin, un mouvement perpétuel ; un recommencement perpétuel, une quête jusqueboutiste, un travail toujours à parfaire.

Se connaître, n’est-ce pas l’affrontement perpétuel entre deux êtres qui n’en font qu’un ; l’un qui peut et veut plus commodément demeurer à la surface des choses, dans leur superficialité, leur confort ; l’autre désirant avancer, fouiller les pensées de leur naissance à leur accomplissement, les déparer de tous les faux-semblants et d’un regard incisif se plonger dans le mystère du soi de sa naissance à sa fin ?

C’est peut-être la recherche, non pas du sens, mais du sens du sens…

Se connaître, c’est arpenter les sentiers de la philosophie et de la psychologie ; la philosophie au sens de nos idéaux et de nos socles de valeurs, la psychologie au sens de la confrontation de notre être avec son environnement humain. Les deux aussi car la philosophie en elle-même ne s’intéresse que peu aux gens alors que la psychologie est les gens.

Se connaître, c’est déclencher un processus de questionnement et accepter l’inégalité tant en quantitatif qu’en qualitatif entre les questions et les réponses.

Se connaître, n’est-ce pas accepter les aspérités de sa personnalité et entrevoir la possibilité par la volonté et l’effort de modeler cette personnalité afin de lui donner plus de finesse, faire ce travail ne signifiant en rien se renier.

Se connaître, ne serait-ce pas opérer un mouvement de révolte contre sa propre ignorance ?  ne serait-ce pas le début d’un apprentissage du compromis ?…

Se connaître, c’est s’inviter à la recherche de l’égo profond, qui n’est autre que l’âme humaine elle-même, dans le silence et la méditation.

Se connaître, c’est accepter que soit aujourd’hui supposition ce qui hier était affirmation, hésitation où hier était décision résolue, recherche et doute où hier était toute certitude.

Une personne célèbre avait écrit que sauver un homme c’était sauver le monde. Dans un sens différent bien sûr, je crois qu’élever la conscience d’un être, ce peut être participer à élever la conscience du monde.

Se connaître, c’est faire un patient travail permettant de se libérer de la tyrannie des enseignements définitifs, c’est acquérir progressivement la conviction intime de la relativité des valeurs.

Le silence offre le plus souvent ce merveilleux cadeau qu’est cette ouverture à une recherche, une introspection personnelle en forme d’odyssée…

Une odyssée car on croit savoir d’où l’on vient mais en réalité on ne fait que le deviner pour se rendre compte parfois et même souvent que l’on ne se connaît pas toujours. Une odyssée, car on ne sait où ce voyage initiatique peut conduire, les différents paliers de conscience que l’on peut franchir et car ce peut être voyage sans fin, pour peu qu’on l’accepte. Le travail n’est probablement jamais achevé.

Nos liens avec nos semblables forment la substance de notre être quoi que nous disions, que nous fassions, que nous admettions, cette pensée se trouve certainement aux antipodes de la théorie platonicienne qui voulait en quelque sorte que notre âme nous soit tombée du ciel.

Se connaître, n’est-ce pas aussi accepter la dualité intérieure de notre être, celle qui réside entre la part animale de l’Homme et la part « divine » ?

Se connaître, c’est prospecter jusqu’à ne plus à déceler un quelconque secret inavouable, jusqu’à ne pas trouver pas de part de sa personnalité qui puisse nous faire pâlir.

Se connaître, c’est apprendre à aimer la rectitude, apprendre à aimer la vérité, non la grande vérité mais simplement sa part de vérité.

Se connaître, c’est apprendre aussi au fil du temps à la faire progresser pour une meilleure alliance de son être profond avec son être social. La rectitude apprend donc à approfondir ce lien.

Se connaître, un lent processus chimique intérieur dont on connait beaucoup des ingrédients mais pas tous, un assemblage, un désassemblage insensé dont le résultat n’est jamais connu d’avance, une solution instable dans le sens où la vie et ses événements influent en permanence sur le cocktail. A chacun de faire en sorte que les événements de sa vie n’aient plus que peu de prise sur lui-même.

Vouloir se connaître est à mon sens une volonté de plus grande sagesse, c’est aussi un pas fait vers l’équanimité.

Qui suis-je ? Où suis-je ? Quel est mon rôle ici ? Pour qui faire ceci ? Pourquoi faire cela ? Toutes ces questions si elles ont leur utilité n’ont-elles pas dans l’immensité des réponses que l’on peut y apporter un dénominateur commun ? Ne pourrait-il pas être tout simplement d’accepter les incertitudes de l’existence ?

La réponse que l’on peut apporter à la multitude de questions que l’on se pose depuis parfois longtemps est le « lâcher prise » ! Plus le temps fait son œuvre sur nos questionnements, plus on réfléchit et plus on s’’éloigne de tout carcan éducationnel ou social.

C’est une forme de détachement qui tourne autour du « lâcher prise » et qui aménage un certain recul face à la vie. Plus on avance en ce sens, mieux on concilie l’être social et l’être intérieur. Ce détachement n’est en rien une forme d’indifférence mais seulement de la distanciation. Le « lâcher prise » n’est pas du « je m’en foutisme » mais une simple volonté de relativiser toute chose, bonne ou mauvaise.

En tout cas, se connaître c’est une introspection dans laquelle la connaissance de soi ne se sépare pas d’une interrogation sur nos relations avec les autres.

Tout ce travail de recherche, d’introspection intime, d’observation difficile de nos parts sombres et claires, on ne peut l’accomplir, que par l’enseignement collectif que nous offrent nos amis ou connaissances, collectivement et individuellement aussi, chacun, à sa façon, avec ses différences.

Se connaître, c’est mieux s’aimer et s’accepter tel que l’on est dans notre globalité. En prenant conscience de soi, en s’acceptant imparfait, mais fort de la volonté de s’améliorer, on se permet d’offrir davantage.

Se connaître, n’est-ce pas une volonté de plonger en soi, de tout y regarder afin d’être lucide sur ce qui nous compose ? Mais qu’est-ce qu’être lucide alors ?

Je pense, pour ma part, qu’il doit s’agir d’être conscient des choses extérieurement (telles qu’elles sont ressenties par autrui) et intérieurement (telles que nous les vivons nous-même).

Plonger en soi pour prendre conscience de sa nature intérieure permet d’apprendre à moins juger les choses et les gens. C’est se pencher aussi vers une plus grande lucidité, simplement pour observer nos pensées, pour observer ce que l’on pense et ressent sans condamnation, sans défense, sans justification d’aucune sorte.

Au fur et à mesure que cette démarche s’approfondit, les conflits de ce que l’on pouvait se cacher à soi-même sont dissous.

Se connaître, c’est se rendre compte également que cette démarche n’a ni commencement, ni fin, je crois que ce doit être un processus continu et durable. Qui pourrait dire en effet qu’il se connaît absolument ?

Se connaître, c’est enfin entamer une démarche qui peut aider à comprendre les choses ou les gens sans plus les classifier, les juger, les condamner. Lentement, une révolution peut s’opérer en nous-même…

One Response to Se connaître

  1. [...] vie tout en n’étant pas complètement éloigné de ce que je traite d’habitude. Après la connaissance de soi, voici donc la [...]

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