Une justice aux ordres
Episode 4 : Instrumentaliser les peurs et créer le sentiment de menace
Le Syndicat de la magistrature, a vertement critiqué l’enquête sur les sabotages à la SNCF, estimant que les juges et les policiers sont instrumentalisés par le pouvoir politique.
des déclarations syndicales de cet ordre sont très rares concernant une enquête en cours. Ces critiques intervenues au lendemain d’un appel en référé du parquet (assujetti au pouvoir) contestant une décision par le juge d’instruction (indépendant) de remise en liberté d’un des suspects de ces sabotages commis à l’automne dernier, Yldune Lévy.
« Dans l’affaire du ‘groupe de Tarnac’, l’instrumentalisation consentie de la justice – à la suite d’une opération de ‘police réalité’ opportunément médiatisée par la ministre de l’Intérieur – semble avoir atteint son paroxysme », a écrit le Syndicat de la magistrature.
Il a aussi critiqué aussi la décision du parquet, mercredi. « Tel un automate procédurier insensible aux réalités du dossier, le parquet antiterroriste s’est empressé de faire appel et de déposer un nouveau ‘référé détention’ ». On voit bien que le temps de la réflexion n’a pas été pris, que la logique politique de la procédure doit être poursuivie quel que soient les conséquences à payer pour ces jeunes gens qui n’ont vraisemblablement rien de criminels mais qui avaient le défaut d’avoir été pris pour des loulous un peu « schtarbés » mais isolés et dont personne ne se soucierait, erreur.
Le syndicat de la magistrature a évoqué « la parfaite illustration des risques que comporte le transfert des compétences du juge d’instruction vers un parquet statutairement dépendant du pouvoir politique ». Avec une telle « réforme », qui a davantage des accents de régression démocratique, qui maîtrisera demain le bienfondé des poursuites décidées ou non contre tel ou tel ou abandonnées contre tel autre ? Le pouvoir politique en place, clairement. Et c’est là que l’affaire des sabotages SNCF prend toute sa subtilité. Ne peut-on imaginer qu’elle a été « habillée » pour lui donner des proportions qu’elle n’auraient jamais atteint sinon ? Ne peut-on penser qu’elle a été fabriquée pour créer, entretenir un climat de suspicion et de menace intérieure susceptible de créer un chaos tel qu’il conviendrait de prendre quelque mesure d’exception ? Immédiatement, non évidemment. Dans un puzzle savant et gigantesque, qui peut le dire ou le caricaturer avec certitude ?…
L’affaire en elle-même porte sur le sabotage de lignes TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008. Des crochets fabriqués avec des fers à béton avaient été placés sur plusieurs caténaires. L’enquête porte aussi sur un autre sabotage, fin octobre en Moselle.
Les avocats des suspects et leurs proches parlent d’une « mascarade judiciaire » montée selon eux pour étayer la thèse d’une menace liée à l’expansion de groupes « d’ultra-gauche » radicaux, défendue par le ministère de l’Intérieur… et nous revoilà plongés dans ce que je vous disais !
Cinq femmes et quatre hommes, âgés de 22 à 34 ans et habitant pour la plupart à Tarnac (Corrèze), sont mis en examen notamment pour « association de malfaiteurs, destructions en relation avec une entreprise terroriste ».
Julien Coupat et Yldune Lévy, sa compagne qui vient d’être provisoirement libérée, ont été écroués le 15 novembre. Julien Coupat est le seul encore en détention.
L’accusation considère qu’ils ont mené des sabotages dans l’idée de créer un choc amenant la société à se rebeller. Nous plongeons là en pleine scénarisation politico-judiciaire qui est des plus inquiétantes. Quand la justice qui doit s’atteler normalement à démontrer le caractère irréfutable d’un mobile pour des actes prétendument commis , elle qui doit s’atteler à faire la démonstration par la preuve incontestable, le doute devant toujours bénéficier à l’accusé, nous immerge là dans des scénarios extravagants dignes de polars de série B. Il y a de quoi être véritablement inquiets sur l’état de la justice dans notre pays, ou plutôt des liens de subordination que fait peser le pouvoir sur elle. Et là nous n’en sommes que dans le domaine national car pour ce qui est du local, serait-ce mieux ? Il y a de quoi être inquiets sur l’état simplement de notre démocratie.






































[...] 5). Il s’apprête à « reprendre en mains » le pouvoir judiciaire (voir épisode 4 et là aussi) avec la réforme de la carte judiciaire et la fin annoncée du juge [...]