L’invité politique de Radio J était aujourd’hui Eric Woerth. Commentant la journée d’action nationale qui doit rassembler la fonction publique et également le secteur privé jeudi 29 janvier partout en France pour une journée de grève et de manifestations, le collaborateur ministre du budget de Nicolas Sarkozy a estimé que le recours à la grève en temps de crise économique et financière n’est pas la meilleure méthode pour répondre aux problèmes de la France : « ce n’est pas nécessairement la meilleure réponse en ce moment aux problèmes que traverse le pays que de chercher à mettre beaucoup de gens dans la rue (…) Il y a d’autres pays qui ne passent pas leur temps à faire grève ».
Seulement voilà, au sommet de l’Etat tous les feux sont au rouge. Tout le landerno parisien de prévisionistes sociaux, tous les agents des renseignements généraux sont mobilisés depuis déjà plusieurs semaines afin de capter tout ce qui est possible des signes de la future ampleur de ce 29 janvier. Il faut bien dire qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait de hautes études de police pour comprendre que la journée du 29 janvier sera une remarquable mobilisation de la France d’en bas qui n’en peut plus de subir les assauts des prélèvements que le petit président lui a infligé, les régressions sociales qu’il a mises en oeuvre au prétexte de rendre de la compétitivité ou pour assouvir la soif de revanche de classe la classe des nantis et patrons près d’un siècle plus tard, les libertés foulées au pied, le mépris observé à l’égard de tout ce qui est un représentant collectif de la politique ou des syndicats…
Eric Woerth a prédit que le mouvement sera un succès en termes de participation, comme si le gouvernement souhaite déjà adopter la posture pour jeudi au sujet d’une mobilisation colossale du « il n’y a rien d’étonnant à cela… » et faire la sourde oreille en poussant le peuple de France encore un peu plus loin dans ses retranchements ou « barricades »…
Le changement de ton se fait quand même un peu fort après les « quand il y a une manif en france, on ne s’en rend même pas compte » de l’année 2008… Eric Woerth a déploré que les mouvements sociaux, à ses yeux, se radicalisent, en reprenant l’exemple d’un mouvement ayant amené la fermeture il y a quelques jours de la gare Saint-Lazare pendant une journée. « On voit la violence monter avec des mouvements sociaux de plus en plus incontrôlés, avec des groupuscules de plus en plus incontrôlables ».
Ne rechignant à aucun amalgame, à aucune assimilation haineuse, à aucune tentative de division des français, ce gouvernement annonce déjà la stratégie du mépris. Il souhaite caricaturer l’opposition en l’assimilant à de l’activisme extrémiste pour lui réfuter le droit à être un interlocuteur politique démocratique et crédible. Mais le message est aussi vicieux car il renvoit volontairement à une inexistence de la gauche démocratique et de gouvernement (PS…) pour témoigner du fait que seul la gauche radicale arriverait à se faire entendre du gouvernement, même si elle est raillée. Du Machiavel à l’état pur, habile, rusé, efficace pour qui n’a pas une fine connaissance de la science politique. Nicolas Sarkozy et ses cerbères ont réellement la volonté du « pousse au crime » dont je parle régulièrement avec des mots plus élaborés.
Cela en dit long sur l’état de décrépitude de la vie démocratique de notre pays. Elle en est au point de l’amputé qui croit encore sentir son bras bouger : « un trompe l’oeil » !
Alors la droite haineuse et morveuse qui gouverne ne se refuse à aucun mot retournant l’estomac des plus honnêtes intellectuellement en rajoutant : « Je crois que la bonne réponse aujourd’hui, c’est quand même de partager ensemble nos difficultés pour trouver des réponses collectives ». « Je suis très soucieux de cette grève, je pense qu’il y aura du monde dans la rue. Je vois bien que les blogs marchent à fond, que tout le monde, même le PS, appelle à défiler dans la rue », a dit Eric Woerth.
La droite qui mène la pire politique de classe depuis plus d’un siècle, celle qui offre 15 milliards de cadeaux fiscaux aux déjà riches de ce pays, celle qui casse la solidarité nationale avec les franchises médicales, celle qui fait travailler jusqu’à 70 ans, celle qui entère le système d’éducation, celle qui atomise la laïcité, celle des milliards accordés aux banques sans contrepartie, celles des taxessur l’internet et le téléphone, celle de la télévision publique sous contrôle, celle de la justice éradiquée, celle du parlement bafoué, celles des collectivités éclatés, celle des allocations familiales amputées, celle des salaires non augmentés, celle des augmentations présidentielles à 200%, celle du contrôle des médias, celle du bling-bling nous a parlé !
Pouvons-nous imaginer de l’écouter et de stygmatiser celles et ceux qui avant de renoncer ou de s’emporter vont crier le ras le bol et la colère ? A trente six ans et malgré une nature que je crois assez mesurée et raisonnable (je ne vais pas manifester très souvent), monte en moi cette colère que je sais partagée par tant d’autres qui sont en souffrance, bien plus que moi. Quand je pense à tous les gens qui souffrent, à mes enfants et au modèle de société à leur léguer, à tous les salariés du privé qui veulent et ne peuvent faire grève ou manifester car ils ont la peur au ventre des représailles (comme cette grande enseigne française et internationale du recrutement qui menace et stygmatise ses gréviste, que je n’ai pas le droit de citer) : oui j’ai envie de manifester, envie de perdre une journée de salaire pour prévenir que cela ne peut plus durer. Si je ne fais pas cela, si nous ne faisons pas cela, nous toutes et tous, au maximum, nous donnons raison à cette droite sarkozyste du mépris qui n’a pas reçu ce mandat là et qui se croit le droit de nous cracher au visage avec son arrogance à toute épreuve.
Un sondage paru aujourd’hui dit que 70% des Français soutiennent ou «ont de la sympathie» pour la journée de grèves et de manifestations du 29 janvier à l’appel de l’ensemble des syndicats, selon un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France à paraître dimanche. Parmi les sympathisants de gauche, ils sont 91% . Rendez-vous compte que même 41% des sympathisants de droite approuvent ou « ont de la sympathie pour les mouvements qui s’annoncent jeudi 29 janvier.
Plus de deux siècles après la révolution française, sous un régime qui a pourtant pris pour devise « Liberté, Égalité, Fraternité », nous avons dans notre pays une part croissante de citoyens qui sont mis hors de toute dignité par le seul crime de leur naissance ou de leur catégorie sociale.
Le 29 janvier, je serai en grève et dans la rue par ce que sinon ce serait renoncer !

Effectivement, notre système semble arriver au bout… Nous avons tellement tiré sur la corde qu’elle est prête à céder. Le problème, c’est de demander encore et toujours aux mêmes de se mobiliser, d’accepter l’effort de plus. Le problème c’est que la crise que nous traversons dévoile enfin l’envers du décor, tous ces milliards distribués à des nantis, tout cet argent joué et perdu. Ces belles réformes annoncées pour nous sortir de là comme ils disent, mais en réalité des réformes qui entrainent la suppression de milliers d’emplois dans la fonction publique, alors même que le secteur privé n’est pas à même d’absorber ces nouveaux demandeurs d’emplois. Alors même que l’industrie est principalement délocalisée. Alors j’entends des gens dire que c’est bien, qu’il faut défaire ce qui ne fonctionne pas, qu’il faut du changement…
Nous pouvons tous noter que défaire, démanteler a été correctement entrepris par notre bon gouvernement (bon roi), mais le changement est où? ce qu’ils détruisent, ils le compensent pas quoi?
Qu’il est aisé M HORTEFEUX de considérer la grève du 29 janvier comme une réponse juste, faite à la crise actuelle. C’est sans compter le ras le bol général bien antérieur.
Hélas, je ne ferai pas grève, non que le désir de manifester mon mécontentement ne soit pas hardent, mais je dépend du secteur privé, et hélas, ce droit commun à tous salariés, ne me paraît pourtant pas accessible. Ma société connaît de sérieuses réorganisations entraînant la suppression d’un grand nombre de postes au niveau national, et le message est clair : ceux qui suivent ont leur place, les autres sont invités à quitter le navire. Même si je peux en avoir envie, je n’en ai pas les moyens… pour moi le 29 janvier sera travaillé. Amis fonctionnaires et assimilés, vous êtes la voix des français qui ne peuvent se faire entendre! Merci