Les visiteurs du soir

14 février 2009
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visiteurs00Régulièrement, je rencontre des gens en souffrance. A titres divers, les accidentés de la vie, devraient nous rappeler à tous que nous pourrions facilement nous trouver à la place de ceux ou de celles que reçoivent les travailleurs sociaux, les élus, les agents des caisses de retraites, etc.

Souvent, par un excès d’humanité ou de sensiblerie, je suis profondément touché par des situations sociales, fiscales, familiales difficiles, parfois inextricables mais qui toutes doivent appeler notre compassion d’abord et notre envie d’oeuvrer pour tous les anonymes en souffrance.

Évidemment, ceux qui par leur métier ou leur fonction connaissent ce type de situation savent bien tout cela et je ne prétendrai pas faire découvrir cela à quiconque. Évidemment, il m’arrive aussi de rencontrer des personnes qui n’ont pas mis toutes les chances de leur côté pour éviter les tracasseries de la vie et des situations parfois dramatiques.

Mais l’immense majorité des hommes et des femmes qui croisent ma route et pour lesquels je m’efforce d’être utile, sont des personnes méritantes, de tous horizons sociaux, professionnels, d’âges, d’origines qui ont vu leur vie basculer pour un fait à priori anodin dont les conséquences s’enchaînent.

Certains sont parfois tout proche de la rupture sociale mais de la rupture de la vie tout simplement. Il peut arriver de se sentir désarçonner par une personnalité et une situation en particulier.

Il arrive que le professionnalisme rencontre lui-même ses limites, la réserve avec et que notre humanité jaillisse pour vouloir se révolter au nom de tous les accidentés de la vie qui en plus de souffrir au quotidien ont bien de la peine à rencontrer une institution, un homme, une femme qui leur « tende la main », sans jugement, sans mépris, sans gêne.

Il m’arrive  régulièrement d’être rattrapé certains soirs ou matins par ces anonymes en souffrance pour les quels j’essaie d’avoir une idée qui leur permettrait de leur venir en aide en jouant un rôle de médiateur auprès de tel organisme public ou privé, de tel ou tel tiers au coeur de leur problème de vie. Il arrive souvent aussi, malheureusement, de devoir vivre avec le souvenir de certains en sachant que l’on ne peut rien actionner pour eux.

Il arrive que des situations précises et pour tous domaines, témoignent que les services censés être fortement structurés et « outillés » en moyens humains, matériels, financiers pour l’assistance aux « accidentés de la vie » ne vivent leur rôle que comme une fonction qui leur a été dévolue par le législateur et qui peut être remplie comme n’importe quelle autre, sans supplément d’âme.

Et c’est là que se niche parfois mon sentiment de révolte ou de souffrance intérieure. C’est là que les visiteurs du jour s’invitent en visiteurs du soir.

Cette semaine, j’ai rencontré un couple exemplaire de courage qui  a travaillé toute une vie pour espérer vivre dans la dignité, sans excès, sans fard, avec l’espoir une fois en retraite, de jouir de moments heureux et paisibles.

Lui ouvrier  qualifié dans le secteur privé puis technicien dans une structure publique a cru voir venir la quiétude après une vie professionnelle entamée à 14 ans et devant s’achever à 58 ans. Par manquement de la personne qui était en charge de calculer sa future retraite on a omis de lui dire qu’avec 1 mois travaillé supplémentaire il percevrait 152 euros de retraite en plus chaque mois, cela l’aurait bien soulagé pour prendre en charge une part des traitements médicaux du couple.

Elle coiffeuse ayant monté son salon après quelques années chez un patron a développé son activité avec acharnement et succès pendant de nombreuses années mais a dû mettre un terme prématuré à sa profession pour une maladie génétique dégénérative détectée sur le tard. Elle a dû vendre son salon pour une bouchée de pain car personne ne croyait à la réalité de ses bilans dans une petite bourgade rurale girondine alors que son salon ne désemplissait pas. La suite est malheureusement si classique.

Lui, à 59 ans et malgré 44 ans de travail, a été contraint de reprendre une activité professionnelle occasionnelle pour permettre au couple d’assumer ses charges, malgré qu’on ait détecté qu’il est atteint de la maladie de l’amiante et qu’il peine à respirer normalement.

Mais il n’a ni argent ni courage pour entreprendre de démarches juridiques pour ce qui l’a conduit à souffrir ainsi. Il préfère concentrer son énergie pour travailler et venir en aide à son épouse. Elle le soutient autant que possible dans la dépression grave dont il est atteint.

Leur vie est aujourd’hui aux antipodes de leurs espoirs de jeunesse, pourtant ils vivent debout et ne sont venus à ma rencontre que pour témoigner, je pense à eux et quelques autres qui sont de temps en temps mes visiteurs du soir. Ils me rappellent, comme à d’autres, que tous les dépositaires directs ou indirects de pouvoirs, d’influence, momentanés ou de long terme doivent se concentrer sur le sens du bien collectif ou individuel pour ce qu’il rend au collectif. Il est si simple d’oublier cela et de perdre de vue ce qui est sensé conduire notre engagement.

Je remercie mes visiteurs du soir.

5 Responses to Les visiteurs du soir

  1. l'itinérant on 15 février 2009 at 01:02

    toutes les haltes,toutes ces étapes,tout ces faces à faces,je les ai croisés,vécus,ces visiteurs furent mes lueurs glauques ou étincellantes;et ce n’est pas l’outil social qui fut mon meilleur partenaire,mais assurément
    le moment partagé lorsque entre eux et moi apparaissait cette nudité de coeur qui seule est salvatrice.Ces visiteurs révélent en nous cette profusion disponible ,souvent enfouie,et si nous en sommes conscients,de dignité et d’offrande.

  2. Nathalie bartkowski on 15 février 2009 at 13:12

    Cet article raisonne en moi.Travaillant au sein d’un service d’hospitalisation à domicile, je suis confrontée à ces situations tous les jours. Quel avenir pour toutes ces vies brisées? Quelles solutions leur apporter? Que peut on faire pour eux? A qui les adresser? Comment les soulager dans l’immédiat? je constate un manque de coordination et de communication au niveau de toutes ces institutions qui cloisonnent le médical, le social, les institutions puliques…l’impression permanente de ramer sévérement à la recherche de solutions…Il ya du travail à faire, messieurs! :-)

  3. GREL Suzette on 15 février 2009 at 21:20

    Je connais bien encore, hélas, « tes visiteurs du soir »…Même si tu n’as pas de solutions concrètes précises, le regard franc et chaleureux que tu poseras sur eux et l’écoute que tu apporteras seront une petite étincelle d’espoir.La dignité dans la souffrance est une grande leçon…

  4. danye on 17 février 2009 at 22:35

    Quelle grande lecture remplie du mot mystérieux  » quand on découvre que celui qui a écrit ne correspond pas du tout à l’image renvoyée au croisement d’une rue ou d’une réunion!

    Grande et forte est la surprise !

    Je crois retrouver toutes mes luttes , les tracasseries en tous genres , les combats médicaux , juridiques , sociaux au travers de ces écrits sublimes de vérités qui résument si bien ce qu’il faut faire pour essayer de garder la tête hors de l’eau après le premier accident de voiture de sa vie « provoqué par un tiers responsable ..un fou du volant grillant un stop< résultat 51 fractures , 14 interventions chirurgicales : 6 mois Pellegrin
    6 mois Tour de Gassies. Retour en fauteuil roulant et 4 années de cannes anglaises .A 750 kms de sa famille Que faut il faire :

    TOUTE VOTRE VIE S’ECROULE EN QUELQUES MINUTES.

    Le résultat: 15 ans de lutte acharnée pour obtenir ses droits ! Ce n’est pas terminé ..la compagnie d’assurances adverse est une louve
    destructive que rien n’arrête!!A FORCE DE LARMES, TENACITE, PERSEVERANCE aprés plus de 3 ans d’attente ,nous venons d’obtenir une certaine satisfaction concernant les tribunaux. cela fera 18 ans d’espérance !
    Je donnerai un conseil unique !! ne jamais baisser les bras !

    RESTER UNE VICTIME EN GARDANT SA DIGNITE N’EST PAS SIMPLE DU TOUT.GARDER LE SOURIRE ENCORE MOINS!
    Il faut savoir aussi que toutes les portes ne sont pas fermées , l’humilité,la puniacité doivent vous aider pour gravir les étages afin
    d’obtenir ce coup de pouce tant attendu .

    Que de MERCI j’ai a distribué !!Ma vie a pris une autre dimension ;J’apprécie encore plus chaque jour qui passe et je récuse la méchanceté comme la lâcheté.

    Un arrêt particulier sur les visiteurs du jours qui se transforment en visiteurs du soir
    avec votre souffrance et la colère ajoutée…… Pour comprendre tout cela , l’écriture est la meilleure potion calmante de nombreux maux .
    Merci pour le gros soleil lumineux qui passe à travers « les visiteurs du soir « .Souffrance et dignité sont les valeurs qui doivent rester dans chaque combat.Merci pour les vôtres .

  5. Lili Cactus on 22 mai 2009 at 14:31

    Bonjour à tous,

    Comme « l’itinérant », je peux assurer que ce n’est pas toujours dans le domaine social que les plus démunis trouveront réponse et aide…
    Bien qu’il existe et je ne l’oublie pas, des personnes très investies dans leur profession.

    J’en profite pour rappeler que j’ai couché par écrit le témoignage de ces vies brisées ainsi que le travail des équipes éducatives du Samu social et/ou du village de l’espoir, structures dans lesquelles je fus amenée à vivre d’enrichissantes expériences…
    - « Si l’exclusion m’était contée »
    - « Les coulisses du village de l’espoir »
    Aux éditions Les points sur les i

    Bonne journée à tous!

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