Couper n’est pas Rosé !

19 mai 2009
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grosplan-vinBerceau du vin rosé en France, la Provence s’est lancée dans une croisade contre « l’hérésie » consistant à couper du vin blanc avec du vin rouge, technique à laquelle l’Union européenne s’apprête à donner son feu vert. Les viticulteurs du bordelais peuvent eux aussi s’inquiéter de ce projet de l’Union Européenne qui a valu une des plus belles volte-face du gouvernement français et de son ministre de l’agriculture Michel Barnier.

En Provence, du petit producteur aux hommes politiques, tous partis confondus, la mobilisation est totale avant la décision finale des experts des Vingt-Sept sur ces nouvelles pratiques œnologiques, attendue le 19 juin à Bruxelles. En région bordelaise, on parle moins de cette affaire qui pourtant ne sera pas sans conséquence. Il est vrai que la fin de l’histoire ne devrait être connue qu’après les élections européennes, comme par hasard…

En attendant Michel Barnier s’obstine à faire silence sur le sujet afin de ne pas trop subir le sujet dans sa campagne électorale. Comme d’habitude, ce seront les viticulteurs et les consommateurs qui feront les frais des turpitudes des décideurs nationaux et européens.

Sur le fronton du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), dirigé par Michel Vauzelle (PS), une immense banderole a été déployée pour la défense du terroir. Idem du côté du conseil de la communauté du pays d’Aix présidé par Maryse Joissains (UMP), qui regroupe 34 communes et qui a voté à l’unanimité le principe d’une plainte pour « contrefaçon » au cas où l’UE confirmait l’autorisation du coupage.

La France par la voix de son ministre de l’Agriculture avait voté en faveur de cette autorisation du coupage le 27 janvier dernier lors d’un vote indicatif avant de changer son fusil d’épaule devant l’émotion suscitée chez nous par cette proposition. La décision a été reportée après les élections européennes du 7 juin pour ne pas « polluer » la campagne.

bordeauxclairetEn France, le vin rosé s’obtient par un véritable procédé de vinification : une brève macération de la pulpe et de la peau de raisins rouges. Si les trois quarts de la production française viennent de Provence, d’autres région comme La Loire, la Corse, le Sud-Ouest en produisent également et le Bordelais n’est pas en reste avec son magnifique Clairet. En Gironde, Martine Faure, Députée, n’a pas tardé à s’occuper de ce sujet en interpellant le gouvernement (question).

De son côté, le vin  de coupage que l’on appellerait aussi « rosé » serait issu du mélange de 98% de vin blanc et 2% de vin rouge, pratique aujourd’hui utilisée en Afrique du Sud, aux Etats-Unis ou en Australie.

Notre pays s’est arrangé les soutiens tardifs de la Hongrie et de la Grèce, mais semble isolé dans son combat contre le « rosé coupé » et, même si elle entend se battre, le combat paraît perdu d’avance…

Comme lot de consolation, nous devrions avoir le droit d’étiqueter nos flacons « vin rosé traditionnel » ou « vin rosé véritable ». Devons-nous nous satisfaire de cela ? Clairement non, l’essentiel des consommateurs ne connait pas grand chose aux procédés de vinification et à la culture du vin. Si on en reste là, qui se souviendra dans 5 ans de cet épisode et fera la différence entre les rosés traditionnels et les rosés frelatés ?

Même si la couleur du vin coupé se rapprochera « de très près » de celle des vins traditionnels, « nous n’aurons pas les arômes spécifiques du rosé qui sont obtenus par des cépages noirs et par une vinification particulière », assure Gilles Masson, directeur du centre de recherches et d’expérimentation sur le rosé, le seul au monde à être consacré au breuvage. Il s’agira tout simplement « d’un vin colorié », dit-il.

L’objectif officiel recherché par la Commission européenne, à l’origine de la proposition, est de permettre aux viticulteurs européens de concurrencer l’Afrique du Sud, l’Australie ou encore le Chili sur les marchés d’exportation, comme en Asie.

On peut évidemment redouter des conséquences graves pour la filière et la dénaturation de l’image des vins rosés avec un déséquilibre du marché, une perte de confiance du consommateur encore une fois abusé alors que l’on peut parfaitement concurrencer le rosé de coupage en faisant de la qualité. On n’est pas obligé de céder au lobby du négoce pour cela.

On peut évidemment penser que ce projet fumeux n’est qu’un paravent pour permettre à certains opérateurs de profiter de la montée du rosé pour caser certains stocks de vin blanc difficilement vendables…

Le 26 mai à Bruxelles, les viticulteurs français tiendront une conférence de presse commune avec leurs homologues espagnols, italiens, allemands et suisses. La bataille s’est organisée sur internet. Sur le site www.coupernestpasrose.com une pétition a déjà recueilli  30 000 signatures.

Sur le plan économique, l’enjeu est de taille car le marché du vin rosé est en pleine expansion à l’inverse des vins rouges et blancs qui se vendent plus difficilement. la première victime sera assurément la Provence dont le vignoble représente 12% du vignoble français. La région consacre 85% de sa production au rosé, qui pèse 10% de la production mondiale. Michel Vauzelle, président de la région PACA, parle même d’un « séisme » à venir à cause de cette « hérésie ». « Une chose est certaine, des milliers d’emplois sont en jeu (entre 6 000 et 25 000) ! Les choses pressent car si les nouvelles règles européennes devaient être adoptées, elles seraient appliquées dès le 1er août 2009.

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11 Responses to Couper n’est pas Rosé !

  1. DARD on 19 mai 2009 at 19:05

    Ce qui nous intéresserait serait de connaître les conséquences gustatives, sanitaires ou économiques de cette dispositon … merci de bien vouloir nous tenir informés.

  2. GREL Suzette on 19 mai 2009 at 20:12

    Seul l’estomac peut faire la différence …brûlante entre un vrai rosé qui provient d’un vin rouge non terminé et d’un rosé résultant d’un vin blanc assemblé à du rouge uniquement pour la couleur.
    Ce n’est pas comparable et ce n’est pas du tout le même travail.

  3. Garnier on 19 mai 2009 at 21:41

    Et nous,socialistes parlons de rosé!
    C’est dans le rose actuellement qu’il faut mettre un peu de rouge! Pas dans le blanc!

  4. DENIS PUGNERE on 19 mai 2009 at 22:01

    Bon,un peu de sérieux dans tout ça….les questions essentielles ne me semblent pas abordées:
    1)les impacts sur la santé:la conservation du blanc necessite une part beaucoup plus importante de sulfites que le rosé issu du rouge, et c’est pas 2% de rouge qui changeront grand chose à l’affaire….
    2)pour beaucoup de personnes, le vin blanc est cause de crampes, insomnies,ce qui n’arrive pas avec le rosé traditionnel et le rouge;
    il ne semble pas que le monde viticole utilise ces arguments-là car cela pourrait quand même perturber l’écoulement des blancs la où ils sont produits….qui va oser parler de ça sans la pression des lobbies!

  5. Paul CAZALET LAVIGNE on 20 mai 2009 at 08:37

    Si l’on va plus loin que l’aberration de faire du rosé en mélangeant rouge et blanc, ont voit que les réglementations européennes évoluent à partir du 1er aout 2009.
    apparition entre autre de « vin sans indication géographique »: pas de limites de rendement, pas de contraintes d’encepagement et production.
    Vont donc apparaitre des vins de la communauté européenne avec des mélanges entre différentes production de diffèrent pays Européen.
    Par contre renforcement des AOC qui vont devenir « Appellation d’origine protégée » (plus restrictifs?quel impacte pour les producteurs?)

    Comment ne pas penser que des lobbies se cachent derrière ce genre de réglementation.
    Le consommateur n’a t’il pas son mot à dire?
    Et nos terroirs dans tous cela?

    (cf l’amateur de bordeaux n°109, nouvelles réglementations européennes, le grand bazar du 1er aout)

  6. Lolandine on 21 mai 2009 at 11:23

    le languedoc-roussillon solidaire du bordelais!!!

    Mais où va notre viticulture? après l’uniformisation du goût nos produits voilà que nous allons utiliser les mêmes procédés de vinification que les nouveaux nababs du vin!! mais à qui la faute?

    pendant des années nous avons envoyé nos oenologues à l’étranger transmettre nos savoirs en ignorant qu’un jour, à force de dormir sur nos lauriers, nous nous ferions largement doubler!

    car voilà que la concurrence du nouveau monde élargit son champ à une clientèle moins exigeante, peut être moins conservatrice, plus jeune et féminine qui plus est!!!

    son mode de vinification est résolument plus moderne, innovant, et non contraint par des décrets et lois! bienvenue dans l’ère de la production intensive, l’irrigation à tout va et l’utilisation peu scrupuleuse de produits oenologiques de substitution!!!

    plus besoin de faire souffrir nos vignes pour concentrer nos sucres et arômes, inutile de se contenter de petites surfaces afin d’obtenir un produit rare représentatif du terroir, et pourquoi s’ennuyer à vinifier les vins de manière quasi ancestrale? il est si simple de macérer nos baies à haute température, ajouter nombres d’arômes via des levures high tech, et faire vieillir nos vins en barriques de copeaux non plus pendant quelques mois mais quelques jours?!!!!! économie de temps, de personnels et de fournitures!!! et voici que voilà le rosé coupé!

    nous nous retrouvons le bec dans l’eau, même les jeunes sont écoeurés de la mentalité de nos coopératives,de la politique agricole, du peu de moyens dont ils disposent afin de s’installer dans le respect de leur environnement. même l’humanité tend à disparaître!!

    et oui, car après la machine à vendanger ( certe révolutionnaire! ) voilà qu’arrive la  » machine à tailler « !!! et pourquoi ne pas prétailler tout simplement puis basta jusque en avril! ce sera la désertification des campagnes et ne restera plus que les grands propriétaires avec leurs belles machines toutes neuves!

    alors bien plus que le rosé TRADITIONNEL, battons nous pour préserver la qualité qui fît notre particularité jadis, demandons aux politiques la baisse des cotisations patronales ET salariales pour préserver nos emplois, encourageons la baisse des coûts des phytosanitaires biologiques, et mettons tout en oeuvre pour fournir à notre clientèle des vins de qualité, issu d’un environnement respecté et de méthodes respectables!!!

    n’est ce qu’un rêve? sommes nous destinés à décliner et laisser place à une agriculture de masse? alors amis paysans, soyons un peu humbles et solidaires!!!

  7. Pascal PILET on 22 mai 2009 at 23:27

    Je ne suis pas un grand oenologue, mais il me semble qu’en matière de rosé, on puisse distinguer ceux que l’on peut boire sans craindre le mal de tête le lendemain au réveil (même si on n’a pas suivi à la lettre les conseils de modération de l’étiquette), et les autres, qui des le premier verre nous mettent la tête dans un étau, pour de longues heures. Nous devons défendre nos produits, notamment nos Clairets, amoureusement vinifiés dans la tradition, qui appartiennent incontestablement à la première catégorie. Et tant pis pour ceux qui cherchent à maximiser les profits avec des produits frelatés.

  8. rene thevenot on 1 juin 2009 at 23:17

    NON Désolé , c’est trop facile de hurler avec les loups contre Bruxelles à Tout propos , vraiment , désolé . Le mélange entre rouge et blanc est actuellement tou à fait légalement pratiqué EN FRANCE .
    Ce n’est pas un critère de bon ou de mauvais coup pour l’estomac , non plus .
    Le CHAMPAGNE ROSE est de tout éternité viticole un mélange de Blanc et de Rouge .
    Ce n’est pas une technique concoctée au fond des cornues alchimistes d’une quelconque commission ni européenne ni australienne .
    C’est une pratique bien terroir , bien trad bien viticole , du nord de la Loire mais pas d’outre-Quiévrain Désolé , vraiment …..mais il faudra faire avec .C’est pas de la piquette et c’est pas plus mauvais que du Tavel si je ne m’abuse , le Champagne Rosé ……
    Quant aux effets nocifs ……….

  9. pénélope on 7 février 2010 at 15:58

    J’ai habité a 200 m de la maison du rosé en Provence et je ne suis pas fier de leur proposition absurde !!! J’ai travaillé pendant 5 ans dans des domaines ou il pronne le rose .Sur ce sujet je ne suis pas du tous d’accort,je suis pour la tradition es ça pour moi c stupide.

  10. Patate Chaude on 9 février 2010 at 13:46

    Je serais curieux de savoir combien de viticulteurs ont voté en faveur de cette « belle » Union Européenne, de sa constitution, de son corporatisme et de son principe de subsidiarité calqué (comme l’illustre le drapeau marial) sur la Doctrine Sociale de l’Église… Un système descendant uniquement ou presque.

    Comment ça marche l’UE et la viticulture? Les organismes européens (Viniflhor, Franceagrimer…) sont chargés d’appliquer les décisions européennes (commissions, Parlement…) en remettant, non la proposition d’une méthode de vinification en fonction de la tradition ou du terroir, mais en délégant sa gestion et seulement sa gestion (décision seulement défendue en amont) aux feu Syndicats d’Appellation (d’AOC). Ces derniers sont morts et remplacés par des Organisme de Défense et de Gestion (ODG)… Un syndicat défend des intérêts de producteurs, une ODG défend des décision prisent en amont et les gèrent.

    Petite précision sur le rosé à Bordeaux, deux façons de l’obtenir : Saignée comme décrite dans l’article, moins utilisée maintenant car elle servait plus à concentrer les mouts de raisins rouges qu’à faire du bon rosé, et pressurage du raisin rouge, plus qualitative. L’assemblage est effectivement autorisé en Champagne et c’est une opération bien plus complexe que nos méthodes traditionnelles d’obtention du rosé.

    Dernière chose, il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. La crise MAJEURE qui touche la viticulture n’est pas liée à l’exportation de notre savoir faire (faut arrêter de croire que le berceau du vin est en France) nous avons piochés allègrement chez les voisins (notamment en matière de négoce). Elle est certes conjoncturelle (crise économique) mais surtout liée à l’incompétence de nos représentants qui au lieu de maintenir des rendements descends les ont fait chuter en même temps que les prix du marchés. La volonté de fragiliser et faire « sauter » les exploitations les plus faibles a été à peine cachée. Les éditoriaux mensuels de l’ODG Bordeaux/Bordeaux Sup sont affligeant de médiocrité et illustre bien l’incapacité de notre appellation redresser la barre.

  11. Patate Chaude on 9 février 2010 at 13:55

    Je serais curieux de savoir combien de viticulteurs ont voté en faveur de cette « belle » Union Européenne, de sa constitution, de son corporatisme et de son principe de subsidiarité calqué (comme l’illustre le drapeau mariale) sur la Doctrine Sociale de l’Église Romaine… Un système descendant uniquement ou presque.

    Comment ça marche l’UE et la viticulture?
    Les organismes européens (Viniflhor, Franceagrimer…) sont chargés d’appliquer les décisions européennes (commissions, Parlement…) en remettant, non la proposition d’une méthode de vinification en fonction de la tradition ou du terroir, mais en délégant sa gestion et seulement sa gestion (décision seulement défendue en amont) aux feu Syndicats d’Appellation (d’AOC). Ces derniers sont morts et remplacés par des Organisme de Défense et de Gestion (ODG)… Un syndicat défend des intérêts de producteurs, une ODG défend des décision prisent en amont et les gèrent.
    Vous avez voulu votre UE et bien pleurez maintenant ! (ce qui est con c’est que je n’en ai pas voulu et que je suis dans la même m… que les copains.)

    Petite précision sur le rosé à Bordeaux, deux façons de l’obtenir : Saignée comme décrite dans l’article, moins utilisée maintenant car elle servait plus à concentrer les mouts de raisins rouges qu’à faire du bon rosé, et pressurage du raisin rouge, plus qualitatif. L’assemblage est effectivement autorisé en Champagne et c’est une opération bien plus complexe que nos méthodes traditionnelles d’obtention du rosé (d’où le prix).

    Dernière chose, il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. La crise MAJEURE qui touche la viticulture n’est pas seulement liée à l’UE, ni et surtout pas à l’exportation de notre savoir faire (faut arrêter de croire que le berceau du vin est en France) nous avons piochés allègrement chez les voisins (notamment en matière de négoce).
    Elle est certes conjoncturelle (crise économique) mais surtout liée à l’incompétence de nos représentants qui au lieu de maintenir des rendements descends les ont fait chuter en même temps que les prix du marchés, qui ont gaspillé l’argent des cotisation dans les contrôles plutôt que dans la promotion…
    La volonté de fragiliser et faire « sauter » les exploitations les plus faibles a été à peine cachée (l’actuel président de l’ODG a courageusement tenté, lors d’une assemblée générale de canton cette année, de défendre cet état de fait voulu par un de ses prédécesseurs.)

    Malheureusement les éditoriaux mensuels de l’ODG Bordeaux/Bordeaux Sup sont affligeant de médiocrité et illustre bien l’incapacité de notre appellation à redresser la barre.

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