Viticulture : « personne ne relaie notre agonie »

31 mai 2009
By

52_m2boriesDans tous les terroirs viticoles de France la colère monte dans une atmosphère de crise économique grandissante, de gouvernance parfois sourde à s’auto-réformer, de règlementations européennes allant à contre sens de l’intérêts des vins français et des exploitants, de calamités atmosphériques (grêle…). Pourtant, alors que la campagne européenne devrait être propice à porter haut ce sujet majeur pour la France ( la viticulture est le second secteur excédentaire dans la balance commerciale française). Pourtant, rien ne bouge ou presque, tout au plus avons-nous entendu parler de l’affaire du coupage des rosés, tout au plus !

Si je ne cautionne pas certains propos ou comportements qui peuvent apparaître ici ou là, ils devraient inciter le gouvernement et les diverses institutions à s’emparer du sujet, mais l’heure n’y est pas car chacun a ses raisons d’attendre. Il y a bien quelques élus qui ici ou là sont sincèrement et réellement actifs (exemple girondin : Martine Faure, Philippe Plisson, Philippe Madrelle, Alain Rousset,  Jean-Marie Darmian, Pascale Got), mais qu’en est-il de l’écoute qu’ils peuvent avoir du gouvernement ou de leurs assemblées respectives ? En attendant il y a bien des exploitations qui meurent en silence… C’est pourquoi j’ai trouvé particulièrement intéressant de faire connaître cet entretien d’un viticulteur héraultais, Martial Bories, viticulteur à Servian.

« Vous n’êtes pas des gens  de dignité », vous a lancé le procureur lors du procès. Ces propos vous ont fait bondir. Il a pourtant raison : ce n’est pas digne de casser des radars…
Ce que ne comprend pas le procureur, c’est que la situation des viticulteurs est tellement désespérée que nous sommes obligés d’en arriver là pour nous faire entendre.

Mais votre détresse ne justifie pas de tels actes !
Bien sûr que si. L’acte pour lequel nous sommes jugés a été commis en 2007. Deux ans après, où en sommes-nous ? 40 000 hectares ont été arrachés et ce n’est pas fini… C’est une catastrophe ! Personne ne nous entend, personne ne relaie notre agonie.

Vous risquez une lourde condamnation. Regrettez-vous

cette action
Absolument pas. A un moment donné, il fallait canaliser les gars pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. Nous étions à la veille des présidentielles. Aucun candidat n’avait voulu nous recevoir. Il fallait nous faire entendre.

Mais pourquoi un radar ?
C’est une pompe à fric de l’Etat.

Tout de même ! La viticulture est bien structurée, avec des responsables nationaux presque tous originaires du Midi, qui dialoguent en direct avec le ministre… Dire que personne ne relaie votre agonie, c’est un peu fort…
Nos représentants appartiennent à un syndicat puissant, la FNSEA, au sein duquel la viticulture ne pèse pas lourd face aux céréaliers. Ces représentants sont également pris dans des jeux politiques compliqués qui font que rien n’avance. Lorsque quelqu’un accède à un poste à responsabilité, il se déconnecte de la base, il abandonne les vignes. Ces dirigeants mettent en place des usines à gaz qui sont tout sauf efficace. Leurs rivalités font qu’ils ne parviennent pas à adopter des positions communes.

Vous parlez d’usines à gaz. A quoi pensez-vous ?
D’abord aux interprofessions. On sait qu’il n’en faut qu’une pour assurer rationnellement la promotion de tous les vins régionaux. Cela fait des années qu’on en parle, mais chacun veut conserver son bastion.
Dans la coopération, on est parvenu à créer une fédération régionale mais chacune des fédérations départementales a conservé sa structure et son personnel. On a des doublons partout, tout ça pour préserver les chasses gardées des présidents. Ce petit monde s’observe et se neutralise sans parvenir à s’accorder sur l’essentiel.

Voulez vous dire que vos organisations professionnelles et leurs dirigeants n’agissent pas dans l’intérêt général de la filière ?
C’est un peu ça. Regardez les grands groupes coopératifs comme Uccoar, Foncalieu, Val d’Orbieu ou les Vignerons catalans : ils se livrent une guerre sans merci pour faire tourner leurs usines en tirant les prix vers le bas sur le dos des vignerons. Même le négoce est scandalisé.


L’an passé, vous avez contribué à créer avec votre collègue audois Philippe Vergnes, le syndicat des Vignerons du Midi mais il peine aujourd’hui à se faire entendre…
Ce fut historique ! La coopération ne voulait plus prendre en charge l’action syndicale et elle a poussé à la création du syndicat. Mais aujourd’hui, elle ne veut pas le soutenir financièrement. De plus, le syndicat est confronté à l’hostilité de la plupart des responsables professionnels, qui l’ont envoyé dans le mur en bloquant ses revendications.

source journal le midi libre

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , ,

4 Responses to Viticulture : « personne ne relaie notre agonie »

  1. Claude BELLOC on 1 juin 2009 at 18:26

    La situation de nombreux viticulteurs est dramatique et devrait interpeller les politiques mais aussi les instances dirigeantes de la viticulture. Et pourtant !

    Si Martine Faure notre députée a depuis déjà plusieurs mois pris conscience de la gravité de la situation en intervenant plusieurs fois à l’Assemblée nationale pour demander au ministre de l’Agriculture que des mesures concrètes soient prises et mises rapidement en place pour soutenir la viticulture en général et la viticulture girondine en particulier, si elle a été aidée dans sa démarche par d’autres parlementaires de gauche, qu’en est-il des actions des autres parlementaires ou élus locaux concernés par les problèmes de la viticulture hexagonale ?

    De celle par exemple du sénateur Gérard César viticulteur de son état ? De celle du Conseiller général Yves d’Amécourt lui aussi viticulteur et pourfendeur en chef de la gauche et des socialistes – ses bêtes noires -, pour qui tout va bien et qui défend la thèse que la situation actuelle de nombreuses exploitations serait simplement due aux conséquences de la crise, donc passagère, et à l’inadaptation des structures des entreprises viticoles et des plus petites en particulier qui selon lui n’ont plus de raisons économiques d’exister et devraient soit arracher, soit vendre à des exploitants plus gros.

    Qu’en est-il aussi des instances dirigeantes de la profession ?
    Pour ces dernières aussi tout va bien. Alors que les cours des vins s’effondrent elles continuent de laisser croire que le tonneau (900 litres) de Bordeaux rouge se négocie à 850/900 euros alors qu’ils se situent depuis le début de l’année dans une fourchette de 600/650 euros, la différence n’est pas mince entre 20 % et 30 %, ce n’est pas rien. Quelles actions ont-elles entrepris auprès des pouvoirs de tutelle pour défendre leurs mandants ?

    Il y a peu un de nos amis, commun à toi Yannick et moi, discutait avec un responsable d’une de ces instances et lui faisait la démonstration par A plus B que les cours des vins de Bordeaux étaient au plus bas, ce dirigeant continuait de soutenir le contraire, Quand à force de preuves il a commencé à raisonner il s’est enfin aperçu que la cave coopérative où il adhère et apporte sa vendange lui avait payé le tonneau sur la base de 661 euros pour la récolte 2008, il n’y croyait pas, et pourtant il lui a fallu se rendre à l’évidence. Il lui a fallu 7 mois pour se rendre compte d’une réalité manifeste. Faut-il en déduire que ces instances ne sont pas capables de calculer le prix de revient d’un hecto de vin ? Hélas oui. Il s’avère qu’aujourd’hui les coûts de production (salaires des salariés s’il y en a, charges sociales, financières et autres, frais de traitements, engrais, etc…) pour produire un tonneau de Bordeaux rouge soient de l’ordre de 1 200 euros. Tant de monde fait comme si de rien n’était que cela en devient pathétique de voir autant ignorance.

    Alors faut-il s’étonner que devant tant d’incompréhension, tant d’injustice, tant de méprise de la part des pouvoirs publics, certains viticulteurs en viennent à entreprendre des actions violentes, à se mettre en infraction ? Quand un homme est poussé au bout du désespoir, qu’il n’a plus rien à perdre puisque il a déjà pratiquement tout perdu, il ne lui reste que la violence pour se faire entendre.
    Quand il y aura eu assez de suicides d’hommes et de femmes, de drames familiaux provoqués par des situations devenues catastrophiques pour un grand nombre d’exploitants, peut être que l’on prendra alors la mesure de la détresse ce nos campagnes. En attendant le Crédit agricole peut continuer à perdre de l’argent en spéculant hasardeusement, les ventes au tribunal des biens de viticulteurs endettés jusqu’au cou compenseront les pertes de la banque verte.

  2. aymard on 5 juin 2009 at 20:06

    Bonsoir,
    Vous vivez, si l’on peut appeler cela vivre, une situation que j’ai bien connue bien des années en arrière en Languedoc. C’est dramatique et les politiques et leurs amis (souvent vignerons gros propriétaires) trouvent toujours une bonne raison pour justifier l’inertie des pouvoirs publics. Il faut croire que la France est destinée par ces gens-là à devenir le bronze cul de l’europe puisque l’industrie a été bradée et maintenant des pans entiers de l’agriculture sont sacrifiés toujours avec de « bonnes raisons » inventées de toutes pièces.
    Courage, il existe encore des hommes et des femmes dans ce pays qui, retraités, jeunes, travailleurs, chômeurs etc seront toujours là pour vous soutenir, même s’ils ne sont pas eux-même agriculteurs.

  3. Patate chaude on 7 juin 2009 at 14:25

    Où étaient les viticulteurs bordelais quand on leur a annoncé que la seule façon de reconquérir les marchés était de baisser les rendements alors que les marchés traditionnels bordelais (France, Angleterre Allemagne…) croulaient sous l’importation des vins étrangers où les coûts publicitaires sont inégalable (60% du prix de la bouteille chez Gallo, de mémoire)?
    Alors que les prix s’effondraient, on nous a expliqué en 2001 (et je me suis fait remettre en place à cette occasion, à 23 ans on ferme sa gueule) que baisser les rendements serait la seule façon de vendre! Aujourd’hui le président de l’ODG a obtenu du négoce une phrase qui a fait le tour des vignes cet hiver: « acheter à 700€/t ou a 900€/t ça ne change rien pour nous », à méditer.

    Où étaient les viticulteurs quand lors des assemblées générales du feu Syndicat des Bordeaux on leur expliquait que leur salut était la coopération avec le négoce bordelais? Si j’étais négociant plutôt que viticulteur mon premier soucis serait de faire de la marge, acheter pas cher, revendre cher, point. Sinon on appelle ça une ONG, pas un négociant.

    Où étaient les viticulteurs quand nous avons été nous promener à Bordeaux en 2005 pour demander un coup de main de l’État ? 4 pétards et plus rien, promenade de santé, c’est beau Bordeaux…mais il n’y avait pas de pavés sur le chemin défini par la préfecture, hé hé ça doit être ça… non, j’ironise c’est autre chose.

    Où sont les viticulteurs Bordelais quand aujourd’hui on nous impose la réforme des appelations avec un cahier des charges inepte (et encore on nous dit qu’il faut pas se plaindre, on a évité le pire) et contrôles honéreux (qui en aucun cas ne dégageront une marge commerciale) alors que le CIVB pleure toutes les larmes de son corps pour s’excuser de ne pas avoir de moyens de financer la publicité (c’est vrai que coller des 4/3 dans Bordeaux pour dire aux bordelais faut boire du vin, ça rapporte…)?

    Avant nous avions des syndicats qui défendaient une conception de la viticulture et qui portaient ce point de vue à L’INAO. Grâce à l’Europe, ça marche dans l’autre sens, c’est Viniflhor qui « est chargé de la mise en œuvre de l’ensemble des actions communautaires, ainsi que des actions nationales destinées à renforcer l’efficacité économique des filières en partenariat avec les organisations professionnelles et interprofessionnelles » et plus de syndicats, on parle d’Organismes de Défense et de Gestion, vive le corporatisme et ses valeurs!

    Les viticulteurs, dont je fais parti depuis bientôt dix ans, ont gobé, ils sont sans doute aujourd’hui en train de voter pour qu’on leur dise comment travailler et surtout dépenser leur fric dans le contrôle plutôt que dans la communication et la vente.
    Alors que faisons-nous ? Chercher les marges arrières en critiquant les cotisations salariale des entreprises, sauf que quand il faut aller se faire soigner maintenant il faut payer, zut on y avait pas pensé…

    Maintenant je m’investis dans ma coop, car nous ne comparons plus avec les particuliers nos revenus par prix/tonneau mais à l’ha. Ça change beaucoup de chose. Mais la galère est la même à la différence que s’unir pour avoir des techniciens et oenologues indépendant, commander nos intrants (engrais, phyto…)en gros volumes, avoir des commerciaux compétents aide pour l’instant à survivre… Mais surtout, surtout, les viticulteurs doivent être maitre de leur coop!!

    Bordeaux, Bordeaux et Bergerac? Et bien 6 mois après avoir adopté un cahier des charges économiquement inapplicable (surtout sur la reconversion du vignoble, Bergerac vend en gros 150 à 200 € de moins/tonneaux que les bordelais) ils le contestaient enfin. 1 an après il n’est pas adopté! Ben non m’sieur, faut aller demander à Viniflhor si on peut faire du vin avec les nouvelles propositions…ils savent tout les technocrates.

    Alors quand la DGDDI vient dire aux viticulteurs de Languedoc qu’ils s’exposent à une amende car ils déclarent 0.05 ha de trop, je comprends qu’ils aillent faire le ménage sur les ordinateurs et la poussière sur les vitres…mais à Bordeaux, les fesses restent bien collées à la soie, certes délavée, des fauteuils Louis XV.

    Vous savez ce qu’est une frite enceinte ? Une pomme de terre sautée.

  4. Yves d'Amécourt on 5 août 2009 at 06:30

    Bonjour,

    Je ne sais pas où vous êtes aller pêcher les positions que vous m’attribuer sur la viticulture mais tout cela est de la pure invention ! Pas une once de vérité !

    Yves d’Amécourt

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Rss Feed Tweeter button Facebook button Flickr button