Après la très douloureuse défaite des élections européennes, Martine Aubry a tenté mardi de prendre de court les ténors du parti. Elle a rencontré Ségolène Royal en catimini avant une réunion à hauts risques du Conseil National du PS.
Ségolène Royal n’a pas assisté au Conseil National mais elle a assuré Martine Aubry de son « soutien complet » dans la « transformation radicale » du PS… Autant dire que des conditions « radicales » ont dû être posées pour un appui sans faille et réponse positive a dû être faite.
Martine Aubry a promis d’accélérer la « refondation » du parti lors de son intervention au Conseil National. J’ose espérer, comme beaucoup de militants et d’élus socialistes, que le mot refondation est à prendre au sens propre et sans demi mesure car c’est bien de cela que notre parti a besoin. Je continue de penser que notre échec aux élections européennes provient, au-delà des divisions ou de la composition des listes, de deux choses essentielles.
D’abord le PS s’est refusé à un vaste débat interne au moment du congrès de Reims ou juste après sur le sens de la construction européenne qu’il souhaite. Il s’est refusé à parler de valeurs, de principes, de concepts alors que c’est ce dont il a le plus besoin, plus que d’une farandole de propositions. cela aurait permis de crever l’abscès du référendum de 2005. Cela aurait permis de trancher une ligne politique. Cela aurait permis aux militants de se sentir à l’aise dans leurs baskets et de savoir si leur adhésion vaut adhésion à l’idée européenne défendue par le PS. Au lieu de cela, le débat a été interdit et tout le monde a dû faire comme si. Les débats sont donc restés entiers « d’attente » sur le référendum, la division des élus ou militants socialistes colossale au moment du vote du Parlement sur le Traité de Lisbonne, le non-dit terrible pour les militant sommés de faire ardemment une campagne alors que la question essentielle du sens n’a pas été tranchée.
Ensuite, mais c’est un prolongement de la première raison, le PS s’est empressé de ratifier le « Manifesto » comme un document formidable ralliant l’adhésion de tous. Ce texte n’a pas été débattu ni même voté par les militants qui ont été sommés d’avaler la pilule, même en fermant le nez, mais de dire aux gens croisés sur leur chemin comme de bons docteurs que le remède est formidable… Il y avait sur la forme l’ingrédient majeur de ce que ne supportent plus les militants socialistes (tout courant confondu) : ne pas être consultés. Il y avait aussi sur le fond l’autre ingrédient majeur de ce que ne supportent plus les militants socialistes : l’absence de débat d’orientation et l’absence de confrontation d’idées qui a toujours fait la recette des anciens succès socialistes.
Alors évidemment je n’ai pas la prétention de refléter l’opinion militante dominante, mais je serais assez surpris d’être très contredit par les militants (quelles que soient leurs orientations de fond sur ces sujets) tant celles et ceux que je rencontre, celles et ceux de toute la France et de toute tendance avec lesquels j’échange aussi par mail m’ont fait part de ce sentiment de colère qui donne envie de « rester à la maison » ou de s’égarer. Comme l’a dit remarquablement Arnaud Montebourg (vidéo sur ce blog), quand les militants ou les élus socialistes ne veulent plus voter socialistes, c’est qu’il y a un problème d’existence même qui est posé. Il faudra donc bien plus qu’un électrochoc à mon cher PS pour se réconcilier avec sa base, pour retrouver des méthodes justes et modernes, pour chercher un esprit de tolérance et d’écoute, et pour faire ensuite respecter le choix de l’orientation du parti.
Par respect pour mon parti, et malgré certains de mes amis qui me pressaient de m’exprimer, je me suis abstenu tout au long de la campagne électorale de manifester ma réprobation des méthodes de préparation des élections européennes. J’ai respecté en ce sens mon appartenance à mon parti. Mais maintenant, l’heure du débat doit être ouverte et la parole libre. Le PS en a grand besoin, toute la gauche également. Les innovateurs, les poils à gratter doivent avoir plus que jamais leur place dans ce parti, les élus locaux aussi qui sont si souvent porteurs de paroles justes, d’analyses ciselées, de propositions fortes, de méthodes de gouvernance locales (pouvant être élargies) originales et porteuses de rassemblement de la diversité des forces de gauche et de progrès.
Les électeurs de gauche veulent un parti socialiste fort dont les mots raisonneront comme des étendards qui claquent dans le vent. Les électeurs veulent entendre un PS qui se bat autant contre les abus d’une droite régressive et d’un président absolutiste que pour réaffirmer comme non négociables et hors du champ de tout compromis certaines valeurs essentielles (la laïcité, l’égalité). Les électeurs veulent savoir que les socialistes incanteurs connaissent vraiment un peu le quotidien des simples gens et que quand les mots sortent de leur bouche, ils viennent moins d’un dictionnaire que du fond des tripes. Sur tout cela, les électeurs de gauche n’ont plus de certitudes et se fient à de belles paroles louvoyantes qui nous ont fait mener des politiques de centre-droit alors qu’ils veulent aussi une bonne cure de solidarité, de protection face à une économie mondialisée et folle qui les assomme chaque jour.
Alors je reprends les mots de benoît Hamon disant que « ce n’est pas au moment où le PS rencontre le plus de difficultés qu’il faut quitter le navire ». Je ne quitte pas le navire mais prenons garde à ce que le navire ne coule pas très vite.
Et ce n’est pas la nomination de Ségolène Royal à la vice-présidence de l’Internationale socialiste qui va changer la donne. Il va falloir agir très vite, très fort car en plus du reste nous avons les élections régionales à préparer. Au boulot!

Les éléments que tu avances sont très justes. Refonder, c’est bien revenir aux fondamentaux. Et ce retour aux fondamentaux, nous mettra naturellement sur le chemin de ceux qui peinent, de ceux qui souffrent, de ceux qui ont perdu tout espoir de voir une politique publique adoucir enfin leur quotidien et leur donner confiance en l’avenir.
bonsoir,
pour une fois je suis étonné. Dans le bon sens du mot. Enfin un début d’analyse,que je partage qui plus est. Il est temps de se poser la question : qui sommes nous ? Qu’est-ce qui définit le parti ? Pourquoi ce sentiment d’un parti bicéphale : une base en attente d’un projet, d’un espoir, et qui ne se sent pas représenter par ses cadres ? Pourquoi cet intérêt quasi exclusif de certains pour le pouvoir? Et l’absence d’écoute d’un peuple (celui qui finance, celui qui tract, qui manifeste, qui oeuvre…)? Pourquoi la base et à plus forte raison les Français ne se reconnaissent plus dans le Parti ?
Enfin beaucoup de questions, et il est temps de les poser. Sereinement, mais honnêtement et complètement. Même si cela doit faire grincer des dents.
Pour les remèdes, nous verrons après. Après une analyse sans concessions, qui ne doit pas servir à quelques-uns pour justifier leurs appétits politiques ou leurs débuts de campagne à venir que j’estime prématuré.
Tout n’est pas négatif, et de belles choses sont encore à faire. Il suffit d’y croire. De le vouloir. Et surtout pas à des fins personnelles. Le Parti est à ses militants, ses sympathisants. Sans eux nous ne sommes rien. C’est à nous à nous mettre à leur service, pas l’inverse. Un égo surdimensionné, ou un siège confortable, est bien moins mobilisateur qu’un projet.
Retrouvons-nous sur le terrain, pas dans des bureaux feutrés, et pourquoi pas à la sortie des usines (si, si, il en existe encore!).
Enfin quoi ! Beaucoup de travail, d’honnêteté, et d’humilité en perspective. La refondation (j’utiliserai le terme d’évolution) est à ce prix.
Régis LOUYOT
Ton analyse est criante de vérité et de sincérité
Nos têtes pensantes ne sont pas capables de penser ???
Très bon article, du moins au niveau du constat car je vois mal comment le PS pourra apporter les bonnes réponses, les courants qui le composent sont par trop divers. Quelle solution trouver entre l’éclatement et la synthèse molle?
Ah oui, parmi les griefs reprochés au PS, tu as oublié le soutien apporté par le PS à la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement et au déni de démocratie que cela a constitué. Il ne faut pas s’étonner que l’on parle de l’UMPS.
Un ex-ouiste sympathisant PS.
Bonne analyse de la situation au PS.
Mais les solutions sont où !!!
Il n’y a rien des sections de base (composée d’une quinzaine de personnes les bons jours) qui remonte au siège de la rue de Solférino.
Le traité de Mastrich, voté par les têtes pensantes mais pas par la base, l’élection de Martine Aubry, au grand dam des socialistes de coeur, qui n’en voulait pas, et je pourrais écrire beaucoup là dessus. Le sous marin Strauss Khan, qui est toujours présent et rêve d’être président en 2012, tout ça fout le bordel, et me fout la gerbe. Je ne paierai pas une année de plus mon adhésion à ce parti, et même si je reste socialo de coeur, je ne m’impliquerai plus tant que je verrai les mêmes têtes depuis des lustres.
voici un autre élément de réflexion qui est le courriel que j’ai adressé aux socialistes du Pays de Langon en tant que secrétaire de section.
notre Parti a essuyé aujourd’hui un grave échec.
cet échec a des causes multiples que nous connaissons tous en grande partie et que nous prévoyons.
le résultat sur notre canton est nettement plus favorable qu’ailleurs mais il ne doit pas nous cacher le fait que sur Langon notamment nous sommes derrière l’UMP.
le vote massif en direction des écologistes qui sont arrivés en tête dans plusieurs villages de notre canton est la démonstration que la préoccupation environnementale est au moins aussi importante que la croissance économique.
il faut que nous cessions de considérer la croissance comme l’alpha et l’oméga de la qualité de vie de nos concitoyens, la croissance échoue couramment pour résorber la précarité et le chômage.
l’environnment est au moins aussi important voire pus que l’économie.
nous ne devons pas oublier que nous sommes une société humaine avant d’être une société économique.
la santé et au moins l’égale des ressources.
ce résultat médiocre ne signifie pas que la droite a remporté un succès.
ce n’est pas le cas, l’addition des voix de gauche met nettement celle-ci devant, mais nous n’avons pas été audibles par nos concitoyens.
nos aternoiements sur la réforme constitutionnelle, l’absence de lisibilité de notre projet, nos conflits d’égos, la constitution de liste imposée ont éloigné les électeurs et même certains militants de nos positions.
cela est grave nous devons nous rénover.
pas faire du neuf avec du vieux, mais tenir compte de l’évolution de notre société. il faut en finir avec l’héritage Jospin.
Intégrer l’environnement le cadre de vie dans nos politiques pas seulement pour faire un effet d’annonce mais dans les faits.
l’époque du militant le petit doigt sur la couture est révolu nous demandons plus de considération de la part de nos dirigeants la restitution de notre droit de vote et la disparition de liste bloquée résultat d’arrangement loin de la base.
aujourd’hui l’heure est grave la situation de nos concitoyens est très mauvaise, il faut que nous leur apportions une réponse crédible correspondant aux attentes issue de la base.
loin de la politique des sondages dont on sait leurs caractères dangereux et erronés, où sont nos 20%?
nous devons donc agir et nous battre pour nos idéaux.
les citoyens comptent sur nous.
amitiés socialistes
le secrétaire de section
Bruno FOURNY
Merci pour ton analyse fine, pertinente, et sans concessions….
Quelques mots pour sourire:Si aujourd’hui au PS, c’est le cirque, il faut bien penser que ce n’est pas avec de vieux éléphants nostalgiques qu’on fait une représentation….
nationale!
Quelle analyse !
C’est vrai que les français ont tendance à soutenir l’équipe qui gagne, mais quand elle perd, les supporters se font la malle et c’est pourtant là qu’ils devraient prodiguer leurs encouragements.
Ce qui est tout de même rassurant, c’est que le français en général a tendance à très vite brûler ce qu’il a adoré. L PS a donc un avenir vu sous cet angle.
cette lecture motive la transmission de cette réflexion. Merci. l’actualité est à bosser pour gagner. c’est très possible.
Car il apparait de plus en plus qu’il suffit de se mettre au travail de recherche, analyse, pour un projet alternatif non-anachronique. Le socle réapparait déjà, avec des nouveautés actualisées, il est repris petit à petit . Ce qui est négatif, et cache cette réalité, ce sont les discours démolisseurs. mais ils s’isolent et vont rejoindre, c’est sûr, sur la base de concrètisations de choses. les articles publiés dans la presse – en plus du parti – des membres du laboratoire des idées sont appréciés. des militants reprennent ces données pour leurs pratiques.
Donc vite en effet, obligatoirement, il faut accompagner le travail d’un projet de militantisme. Ce dernier est central et correspond à certaines divergences actuelles.
C’est quoi un parti? c’est quoi militer?
Au congrès de Reims le débat était là. Qu’on arrête de dire qu’il n’y avait pas de données politiques, militantes, de contenus et d’actions! ceci n’était pas médiatique, c’est tout.
Beaucoup de contributions ont été remarquables par des nouveautés, manière de prendre les choses. Pensons à celle de m. lebranchu éditée en partie sous forme de livre ensuite : »Brèves de Campagne, votre avenir vaut mieux que nos querelles » . Beaucoup s’en servent . c’est un outil militant. le font avec elle ou sans, en tout cas avec beaucoup d’autres pour le travail actuel dans le PS et dans la gauche en général. Son chapitre « fédérer » la gauche est d’actualité complète. ce qui nous manque ce sont les échanges sur des contenus. Et surtout étayés toujours par des expériences pratiques. Seules validations solides. La direction utilise tout cela.
j’en ai déjà eu une pratique pendant préparation de congrès. c’était très riche!!! en croisant tout ce qui était publié de plus. Je regrette que trop fuient cela ou le néglige. le populisme y gagne. Or le vrai travail utile est dans l’esprit d’une direction nationale nous poussant au travail et à la parole. Elle est preneuse des contributions, par nos actes, nos observations, et nos réflexions de chacun . Nous en avons des exemples. Pour avancer. ce qui sclérose c’est le nombre de socialistes qui se parlent entre eux uniquement. Donc une nourriture de pensée et politique qui se fige. Et une image de lui qui se fige aussi.
certes l’attitude de certains médias ne nous aide pas. Mais il ne faut pas leur céder. On gagnera à terme de faire basculer le débat hors-scoop et hors-querelles internes qui Ce qui obscurcit. la vraie vie de production du parti, la vie souhaitée. Allons-y!!! dirai-je . la programmation reçue du national permet de participer à tout. soyons optimiste. les gens sont à l’écoute.