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Primaires à gauche : lever les ambiguïtés

23 septembre 2009
Par Yannick Serrano

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, initiateurs de l’appel « Gauche 2012 », expliquent pourquoi l’idée de primaires ouvertes n’est pas, à leur sens, une urgence: «Ce dont la France a besoin, ce n’est pas seulement d’une alternance, mais aussi d’une politique alternative.» C’est de ce projet que naîtra, selon eux, la mobilisation de la gauche qui mènera jusqu’à la victoire.

La « pétition des 100 » du club Terra Nova commence bien, avec cette interpellation: « Nous appelons à une primaire populaire ouverte aux citoyens de gauche… ».

Mais, très vite, le malaise s’installe. Dans la liste hétéroclite des signataires, on trouve, entre autres, Jean Peyrelevade, vice-président du Modem, les principaux soutiens socialistes à la ligne d’alliance du PS avec le centre…mais aussi des responsables socialistes, qui faisaient pourtant partie des deux tiers de militants du congrès de Reims opposés à cette alliance ! Si de nouvelles formes de démocratie doivent être inventées, elles ne sauraient se substituer à des délibérations collectives organisées. Chacun se souvient que ce débat est d’une importance capitale dans l’histoire de la gauche française. On sait par exemple ce qu’il en est advenu de l’idée que la « démocratie à la base » devait se substituer à la « démocratie bourgeoise »!

Alors, soyons clairs, ce débat sur les primaires ne doit pas être l’occasion de faire passer par la « petite porte » un accord politique avec le Modem -nouvelle mouture de la vieille lune de la « troisième voie »-, qui se révèlerait doublement inefficace :

* en empêchant l’unité de toute la gauche, ou au moins de toute la gauche prête à gouverner ;
* en réduisant les ambitions à quelques références, à des valeurs « communes » qualifiées de « progressistes » et dont on ne sait qui les définirait.

Le malaise s’accroît, lorsque l’on essaie de comprendre ce qui est proposé. S’agit-il de désigner le candidat du PS ou un candidat du « centre gauche » ou un candidat du rassemblement de la gauche et des écologistes ? Tout au long du texte et des déclarations qui l’accompagnent, la confusion est entretenue et, comme on n’aperçoit nulle part de volonté d’associer l’ensemble des forces politiques à une démarche commune, large et globale, on en déduit qu’il s’agit de désigner le candidat socialiste. Les partenaires du PS, invités à se rallier et placés en position subalterne, ne pourront que refuser cette démarche méprisante. Au passage, cela arrangerait bien les tenants de l’alliance au centre…… et, sans doute, Nicolas Sarkozy!

Le chemin vers une candidature unique de la gauche et des écologistes, qui est la seule stratégie susceptible de permettre la victoire de la gauche en 2012, passe par la définition d’un cadre commun, qui ne saurait se limiter à l’organisation de primaires. Il faut un accord global pour une majorité alternative (et pas seulement un président), sur la base d’un projet, puis d’un programme. C’est cela l’urgence. Toute prise de position préalable du PS qui ne chercherait pas à être partagée et établie en commun avec ses partenaires serait une grave erreur et conduirait à l’échec.

Pour sortir de l’ambigüité, il faut dire clairement:

1. que les primaires ont vocation à désigner un candidat unique de la gauche et des écologistes ;
2. qu’elles doivent être préparées dans un cadre unitaire, à l’issue d’une démarche globale, qui aura permis de jeter les bases, en commun, d’un accord de gouvernement et d’un programme.

Notons que la préparation du programme doit faire appel à un processus aussi participatif que le choix du candidat, sauf à définitivement basculer dans le présidentialisme, en confortant la logique dévastatrice de la Ve République. Comment comprendre à cet égard que les promoteurs d’une 6VIe République parlementaire semblent faire de la désignation du président l’alpha et l’oméga du renouveau de la gauche ?

Prenons garde, à travers ce choix de ne pas accélérer une évolution « à l’américaine » de nos institutions. Outre le fait que les traditions politiques américaines sont très éloignées de notre culture politique, elles ne sont pas cohérentes avec les idéaux de la gauche, qui privilégient le collectif et ne croient pas en l’homme providentiel ! Partir tête baissée dans cette direction, c’est faire la même erreur qu’au moment de la décision de passer au quinquennat et d’inverser le calendrier électoral, décision alors plébiscitée dans les sondages, mais peu soutenue dans les urnes et dont on voit aujourd’hui les nocives dérives !

Les signataires de la pétition ont bien senti que l’on ne saurait éluder le fond, puisqu’ils indiquent : « Le périmètre de la primaire ne pourra être arrêté qu’à l’issue d’un travail préalable sur le fond, permettant d’élaborer des fondamentaux idéologiques communs. Mais le principe doit être arrêté dés maintenant, sereinement et non dans l’urgence pré- électorale ».

Cette idée – la recherche de « fondamentaux idéologiques communs » — ne nous semble pas bonne. En effet, elle risque de conduire à se limiter à des formules creuses sur les valeurs, sorte de « fourre tout », que certains, même à droite, pourraient accepter ! Ou alors, il s’agira de tenter d’unir largement toute la palette idéologique de la gauche derrière une forme de pensée unique. Mission quasiment impossible, compte tenu de la diversité des courants culturels qui s’expriment dans la gauche française (communiste, écologiste, social-démocrate, altermondialiste, libertaire, chrétien de gauche, républicains sociaux, …), peu enclins à noyer leur identité idéologique dans un discours minimal, qui risque, de plus, de ne pas être clivant avec la droite.

En revanche, ils peuvent s’unir autour d’objectifs de transformation sociale concrets et actuels, fondés sur des valeurs communes. C’est à ce travail que doivent être conviées une large part des forces vives de la gauche et de l’écologie, tant dans le monde associatif, les ONG, les clubs, les syndicats, parce qu’ils s’intéressent d’abord aux propositions et aux changements effectifs qui doivent être engagés, avant de se préoccuper de la personnalité qui l’incarnera.

C’est avec cette, préoccupation que nous avons proposé de constituer un Nouveau Front populaire qui associe, à la démarche de définition d’un programme et de désignation du candidat, non seulement les partis mais aussi les nombreux citoyens engagés dans différentes organisations militantes et de réflexion et qui ne se reconnaissent plus dans le paysage partisan actuel. Ils ne conçoivent pas la politique comme un « zapping électoral » et veulent être acteurs de choix politiques précis ; pour eux, le projet de la gauche doit se construire « tous ensemble ».

L’appel que nous avons lancé en ce sens il y a 6 mois (« Gauche 2012 : le logiciel de la victoire » www.gauche2012.org) et qui a rassemblé 900 signatures de militants, d’élus et de responsables issus des diverses sensibilités de la gauche, nous semble toujours pertinent. Il propose un calendrier comportant 6 phases:

- 1re phase (été 2009). Décision de mettre en place un Comité de préparation des « Etats généraux de la gauche ».

- 2e phase (2e semestre 2009). Travaux du Comité de préparation :
+ fixation des objectifs des Etats Généraux, du mode de débat, de la date et du fonctionnement des Etats généraux.

+ rédaction de textes introductifs et choix des enjeux prioritaires à débattre.

- 3e phase (décembre 2009 – janvier 2010). Préparation des Etats généraux nationaux par des rencontres décentralisées

- 4e phase (juin 2010, après les élections régionales). Etats Généraux : vote du projet en vue de la préparation d’un accord de gouvernement, détermination du mode de fonctionnement des primaires (auxquelles participeront les militants et adhérents de toutes les organisations ayant accepté le projet).

- 5e phase (2e semestre 2010). Mise en place d’un comité unitaire de préparation des primaires et arrêtant les grandes lignes d’un programme ; établissement de la liste des votants ; Campagne des candidats se présentant aux primaires.
o 6e phase (début 2011). Primaires.

Ce dont la France a besoin, ce n’est pas seulement d’une alternance, mais aussi d’une politique alternative à la logique dominante. Sans l’unité de toute la gauche, pas de victoire possible ; sans « rupture », pas de mobilisation du peuple de gauche, des employés, du monde du travail, qui risquent fort de bouder ces primaires ». C’est par une nouvelle dynamique unitaire que deviendra possible la reconquête des couches populaires. Cette tâche est certainement plus prioritaire que la méthode de désignation du candidat, pour rénover la gauche et assurer sa victoire en 2012.

source Médiapart
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3 Commentaires à “ Primaires à gauche : lever les ambiguïtés ”

  1. Philippe on 23 septembre 2009 at 09:18

    Cette démarche me semble déjà plus pertinente que toutes les précédentes :
    - établir un projet de société (je préfère ce terme à programme),
    - définir les valeurs à y développer tout en tenant compte des impératifs écologiques (incontournables) et tout en protégeant l’outil économique qui ne doit pas être détruit mais aménagé
    - proposer un ré-aménagement de la constitution (eh oui, je sais, un de plus ; mais que valent des propositions qui ne peuvent s’inscrire dans un cadre qui offre une garantie aux citoyens ?) Ré-impulser donc la constitution pour permette à notre République de fonctionner correctement (ex. remplacement du quinquennat par un septennat non renouvelable – sauf cas de force majeure- séparation effective des pouvoirs, disjonction des mandats présidentiels et législatifs…). A noter que certains changements positifs peuvent êtres conservés (référendum d’initiative populaire)…
    - s’engager à réglementer la finance ; oui, je sais, mais pour l’instant c’est la droite qui occupe le terrain avec son omniprésident !
    - et enfin, chose peut-être la plus difficile, faire évoluer les mentalités pour abandonner celle du « chacun pour soi » qui a fait les beaux jours de la pensée libérale vers un minimum de partage. Cette évolution (je dirais presque révolution) doit s’accompagner d’un engagement clair et fort des élus de gauche : non cumul, pas de défraiements qui sont en réalité des salaires déguisés, limitation du renouvellement des mandats etc. !
    Je partage entièrement la formule : « La France n’a pas besoin d’alternance mais d’alternative  »
    L’organisation de ce changement est une énorme machine à gaz, mais il faut en passer par là et je crois sincèrement que la gauche a, en ses rangs, les gens compétents pour mener ce projet ambitieux à un terme favorable.
    Quand il ne s’agira plus que de choisir un(e) candidat(e) pour porter ce projet choisi par tous, cela ne sera plus qu’une formalité.
    Mesdames et messieurs les décideurs de la gauche, à vos réflexions mais surtout, à vos responsabilités.

  2. alain m on 23 septembre 2009 at 12:02

    bonjour
    les primaires ne sont pas incompatibles avec un projet de gauche
    le but est au 1er semestre 2011 un ou une candidate qui avec le vote de plusieurs millions de citoyens
    pourra créer une dynamique + crédibilité issue du vote
    n’oublions pas que le régime est présidentiel c’est une contrainte qui s’impose au ps et à la gauche

  3. Norbert Van der Meulen on 23 septembre 2009 at 13:32

    Bonjour à toutes et à tous,si j’ai bien compris on veut créer un front populaire,Nouveau,mais c’est juste un mot qui remplace gauche plurielle,pour lever l’ambiguïté de l’article ci-dessus,il suffit de lire juste un petit paragraphe:
    « Mission quasiment impossible, compte tenu de la diversité des courants culturels qui s’expriment dans la gauche française (communiste, écologiste, social-démocrate, altermondialiste, libertaire, chrétien de gauche, républicains sociaux, …), peu enclins à noyer leur identité idéologique dans un discours minimal, qui risque, de plus, de ne pas être clivant avec la droite. »
    Donc pour être plus clivant avec la droite,on crée un nouveau front populaire avec toutes les forces que vous avez énoncés,pour élaborer un projet…et une alternance.
    D’abord ,vous oubliez que c’est notre histoire et notre V ième république qui a crée cela,ce mode dde scrutin,ce qui est une contrainte externe,mais réelle.Et c’est aussi elle qui a crée,notre histoire toutes ces tendances à gauche.
    ceci dit,je me permets,sur le fond d’être d’accord avec votre analyse,mais pas pour déboucher sur des primaires qui seront à peu de choses près les mêmes que le PS veut organiser,même si je doute que celles qui auraient lieu ne soient pas la panacée.
    personnellement,je suis à la fois,socialiste,écologiste,humaniste,républicain et laïc et souvent altermondialiste,donc capable tout de m^me de me »fondre idéologiquement dans tous ces courants de pensée!quand vous parlez de Zapping électoral,que peut-on faire si un grand parti d’opposition n’a pas émergé,je vous l’accorde le PS n’a pas été ces dernières années à la hauteur du peuple et de ses attentes légitimes,
    mais si la gauche dans son ensemble ne se faisait pas concurrence pour être le plus fort pour avoir ds places et des élus,oui,nous pourrions créer un front uni,j’y suis favorable,le problème étant que personnellement je me fais traiter de libéral quand un communiste s’adresse à moi,de vendu au capital quand c’est quelqu’un du NPA et quand je parle de république et de laïcité,on me classe parmi les sectaires?Alors que la république fut une conquête de gauche et la laïcité aussi!!
    Bon courage pour établir un projet commun pour notre peuple et pour établir vos listes électorales pour une éventuelle primaire que vous organiseriez.Si cela abouti,j’y participerai volontiers,je ne suis pas obtu au point de ne pas écouter ce qui se dit autour de moi et donc si je partage votre idée,je crains malheureusement qu’elle n’aboutisse pas.quant au projet,oui ce n’est pas incompatible avec des primaires.Rien n’empêche effectivement de faire des états généraux de toutes tendances et d’élaborer un projet commun,je vous souhaite bon courage pour qu’elles soient toutes représentées,vu que les régionales arrivent,chacun ira dans son coin pour mesurer ses forces,et on retombera dans les mêmes travers.
    Nous ne sommes à gauche même pas en mesure de nous allier pour des régionales,alors pour une présidentielle…par contre on peut probablement travailler ensemble,mais là effectivement ,il faut sortir du tout idéologique et assimilé ,voir dépasser tous les courants de pensée.
    Salut et fraternité
    Norbert Van der Meulen,Officier marine marchande retraité

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