Les socialistes s’opposent aux ventes à la découpe de l’éducation, réaffirmons l’impérieuse nécessité d’une laïcité intransigeante
J’avais écrit il y a quelques jours un article pour remercier Michèle Delaunay de son travail d’opposition sur la loi Carle. Avec plusieurs amis, du local au national et par des biais multiples, nous avons œuvré pour convaincre les députés socialistes de prolonger leur refus de la loi Carle par un indispensable recours devant le Conseil Constitutionnel. ne pas le faire eu été en effet un renoncement qui serait revenu à voter cette loi scélérate.
Je crois que nous pouvons dire que nous avons remporté une forme de victoire. Toutes les associations et leurs représentants, tous les relais de défense de la laïcité, souvent discrets peuvent être remerciés de leur travail car ils ont eu à n’en pas douter une influence déterminante sur le choix des socialistes de solliciter l’avis du Conseil Constitutionnel sur la Loi Carle. Comme quoi le travail paye quelquefois. Je veux penser que chacun à notre niveau et selon nos moyens, nous avons été utiles. Il me semble que nous avons contribué également à aider les députés socialistes qui militaient en faveur de ce recours, isolés face à certains fileux.
Ce soir, on peut rendre hommage aux parlementaires socialistes qui ont bataillé, notamment Michèle Delaunay. Elle pourrait être inspirée de prolonger son engagement précieux par une conférence régionale « Laïcité 2009 : Renaissance de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale », comme je le lui ai d’ailleurs suggéré. Les socialistes s’honoreraient à organiser un tel événement à Bordeaux avant la fin de l’année, cette ville est un haut lieu historique de certaines luttes, un haut lieu des Lumières également. C’est une proposition que je fais donc ouvertement à la fédération du Parti Socialiste de la Gironde.
Nous le voyons bien, dans tous les domaines de la vie publique la laïcité est au cœur de l’actualité mais elle est aussi au cœur des attaques de la sphère publique. Notre vigilance ne doit pas diminuer.
Le sujet va très vite revenir parle biais du recours au conseil constitutionnel mais aussi par l’entremise de la mission parlementaire dite « sur la burqa ». Il est très important d’avoir des débats là dessus car ils peuvent nous éclairer, enrichir nos points de vue et nous faire appréhender certaines facettes d’un sujet que l’on pourrait négliger. J’ai moi-même évoluer sur cette question après des échanges avec certains associatifs, et élus. Au final, c’est Marc Blondel qui aura à priori scellé mon sentiment.
Je vous livre son point de vue, essentiel selon moi.
« La question du port de la Burqa dans la rue. Indiquons tout d’abord notre étonnement que l’on puisse discuter de ce vêtement sans débattre de tous les autres vêtements prescrits par les autres religions.
« il est indéniable que le port imposé de la burqa ou du niqab est un symbole de l’oppression. Mais en quoi le port de la soutane pour les prêtres, de la robe de bure pour les moines, de la robe et de la cornette pour les religieuses, du schtreimel, du spodik ou du caftan pour certains juifs est-il moins oppressif que le port de la burqa pour certaines musulmanes ?
Rappelons que ce sont toujours les dictatures qui ont voulu imposer un mode de vie et des modes vestimentaires. En 1872, le tsar Alexandre II a interdit, en Pologne, alors sous occupation russe, le port des papillotes et des longs manteaux (costume traditionnel) pour les juifs. Le Code civil de Napoléon Ier interdisait le port du pantalon pour les femmes. De 1967 à 1974, la Grèce des colonels a interdit les cheveux longs et la minijupe. L’Histoire regorge de ces tentatives totalitaires de vouloir régenter la vie des gens.
Interdire le port de la burqa, dans la sphère privé, est attentatoire aux libertés individuelles et démocratiques. Il semble aussi que nous soyons désormais dans une logique qui tend à restreindre toujours davantage la liberté de comportement des personnes. La population est toujours davantage surveillée, contrôlée, fichée. L’Histoire montre aussi qu’en renforçant sans cesse les pouvoirs du Pouvoir, on diminue toujours les libertés démocratiques des citoyens, les Elus républicains que vous êtes, ne peuvent être insensibles à cet environnement.
Et maintenant, la puissance publique va décréter comment les gens doivent s’habiller dans la rue ? Notre pratique de l’engagement politique et militant nous conduit, ensuite, à nous interroger : Comment ferez-vous appliquer cette décision, en cas de refus des personnes ? Une telle décision est à la fois inapplicable et source d’affrontements considérables. Le rôle du législateur n’est pas d’allumer des brûlots, mais de permettre que chacun puisse vivre en paix, selon ses choix et ses éventuelles convictions.
Le concept ne doit jamais précéder la preuve. Récusons les acrobaties juridiques de ceux qui, voulant interdire la burqa, et la seule burqa, pour les femmes musulmanes, en viennent à inventer des catégories juridiques aussi fumeuses qu’inexistantes.
Ainsi, certains tentent de remplacer la notion de « sphères » publique et privée par la notion « d’espaces » public et privé. La loi de 1901 a codifié la sphère privée et la loi de 1905 a délimité la sphère publique. Cette tentative de substitution lexicale n’est pas neutre. Le mot sphère –qui en géométrie est une figure correspondant à une surface fermée et qui au sens figuré, est donc un domaine limité, une étendue restreinte. Alors que l’espace, philosophiquement, serait un milieu idéal indéfini ; par exemple, l’immensité de l’espace céleste ou le champ de l’imagination. L’espace est indéfini par nature. En inventant, littéralement, la notion d’espace public dans lequel devrait s’appliquer la laïcité, uniquement d’ailleurs pour les musulmanes, on élargit tellement le principe de laïcité qu’on le rend inopérant. En étant partout, la laïcité ne serait plus nulle part. La laïcité est une frontière, avec de telles dispositions, on abolirait cette frontière qui est garante de la liberté de conscience pour tous.
Cela serait appliquer la définition théologique du Saint-Esprit à la nécessaire séparation des Eglises et de l’Etat : « la circonférence est nulle part, le noyau partout et l’Esprit souffle où il veut . »
Rappelons quelques principes essentiels :
La laïcité n’est pas une philosophie ni un art de vivre, sinon elle s’apparenterait à une religion, c’est un mode d’organisation politique des institutions. Elle vise, par la séparation des Églises et de l’État (loi de 1905), à distinguer institutionnellement le domaine de l’Administration et des services publics du domaine privé de la vie des citoyens.
La laïcité, comme principe politique d’organisation, s’applique aux institutions et non aux individus. C’est cette claire distinction, mise en œuvre par la loi sur la liberté d’association du 1er juillet 1901, et par la Loi du 9 décembre 1905 qui garantit la non-ingérence des conceptions métaphysiques dans le domaine public pour mieux garantir la liberté d’opinion et de comportement dans le domaine privé.
Dans cette acception, il est logiquement républicain et laïque d’interdire tout signe d’appartenance religieux à l’École publique et pour les agents du service public. C’est ce qu’ont fait la loi Goblet de 1886, la Loi de 1905 et les circulaires Jean Zay de 1936 et 1937. En revanche, la loi n’a pas à dicter les modes vestimentaires dans le domaine privé, ou tout autre comportement, tant que ceux-ci ne sont pas une menace pour la vie d’autrui.





































Excellent développement.
La laïcité est la garantie de l’existence de toutes les composantes sociales.
Porter atteinte à la laïcité, c’est fragiliser l’équilibre de notre société, agitée par les prosélytismes de tous ordres. La vigilance est de mise.
Merci de remettre les points sur les « i » en ce qui concerne la laïcité et son fonctionnement. Afin de la combattre, les adversaires de cette notion la dénature, même au sein du PS, la faisant passer pour une philosophie ou un courant politique.