Episode 11 de la saga sarkozyste : Quand l’agonie silencieuse de la Laïcité sonne celle de la République
Je me suis amusé cette semaine à interroger des enfants scolarisés en école primaire, du CP au CM2. Je leur ai demandé s’ils avaient déjà entendu parler de la Laïcité dans le cadre de l’école par les enseignants. J’ai obtenu des réponses fort peu satisfaisantes. Peu étonnant qu’une petite fille de 7ans ne soit pas trop en mesure de comprendre le mot laïcité même si je crois quand même que l’on peut faire entrevoir à une enfant de cet âge, la différence entre un enseignement dénué de toute référence aux religions, y compris dans le simple encadrement, y compris dans les « éléments de mobilier »…
Plus surprenant qu’une enfant de 11 ans ne soit pas en mesure de me parler du mot laïcité et ne réponde à mes questions que par un maigre » la maîtresse en a parlé vaguement en histoire, c’est tout ce qui est pas religieux ». Mea Culpa, les cordonniers sont aussi les plus mal chaussés. Dès la semaine prochaine j’entame une formation sérieuse et amusante pour les deux jeunes ingénues…
Reprenons les choses sobrement, l’adjectif laïque désigne une société, ou une partie de la société, qui n’est pas sous la responsabilité ou la domination de clercs religieux : on parlera d’enseignement laïque, de société laïque, etc., comme on pouvait parler au Moyen Âge d’abbatia laïque pour celui qui tenait en fief les revenus d’une abbaye.
L’adjectif laïque désigne en particulier un partisan ou un militant de la laïcité, c’est-à-dire de l’indépendance de la société civile à l’égard des institutions religieuses et du domaine religieux de façon générale.
Selon la gramairienne et lexicographe Bénédicte Gaillard, l’adjectif s’écrit « laïque » au masculin comme au féminin. La forme « laïc » est réservée au seul nom masculin. On dira donc, sans connotation idéologique particulière, « enseignement laïque » et « école laïque ».
Je crois qu’il serait très long et probablement très polémique que d’accabler outre mesure le corps enseignant de « manquements » mais j’ose affirmer qu’il est anormal en 2010 qu’un enfant de 11 ans ignore tout du mot laïcité. Évidemment les parents restent les premiers éducateurs, mais les enseignants de 2010 sont-ils préoccupés, au-delà de l’enseignement des savoirs magistraux, par la formation des futurs citoyens ? Les enseignants de 2010 sont-ils préoccupés par la formation des esprits à la critique, au doute ? Ont-ils même encore conscience du rôle magique et capital qui est le leur au-delà de l’apprentissage des savoirs ? Accordons leur pour excuse de ne plus être eux-mêmes formés et sensibilisés à des sujets au moins autant formateurs pour les esprits que la grammaire et les mathématiques… Mais les parents eux-mêmes, où sont-ils ? Où sommes-nous ? Il est plus qu’urgent de « reprendre le manche » !
Au moment où se prépare le 50e anniversaire du « Serment de Vincennes », viennent d’être publiés les chiffres de postes ouverts aux concours de l’enseignement privé (CAFEP).
Le Serment de Vincennes
Vincennes – Décadi, 30 Prairial, An CLXVIII (19 juin 1960)
Nous, délégués des pétitionnaires des communes de France, représentant 10 813 697 Françaises et Français de toutes origines et de toutes opinions, ayant signé la protestation solennelle contre la loi scolaire de division du 31.12.1959, faisons le serment solennel :
- de manifester en toutes circonstances et en tous lieux notre irréductible opposition à cette loi contraire à l’évolution historique de la Nation ;
- de lutter sans trêve et sans défaillance jusqu’à son abrogation ;
- et d’obtenir que l’effort scolaire de la République soit uniquement réservé à l’école de la Nation, espoir de notre jeunesse.
Rappelons que le nombre de postes aux concours de l’enseignement public (CAPES externe) continue à diminuer régulièrement (5006 postes cette année contre 5095 l’an dernier). Pendant ce temps, le nombre de postes au CAFEP-CAPES (concours externe du privé), cette année, a été multiplié par deux (1 260 postes contre 569 l’an dernier) !
Ainsi, par exemple, en philosophie, le nombre de postes dans le privé a été multiplié par 4 (20 cette année, contre 5 l’an dernier), alors que l’enseignement ne présente, pour cette discipline, que 32 postes…
Au même moment, une lutte de chaque instant se joue loin du feu des projecteurs médiatiques qui n’ont toujours pas saisi l’étendue du puzzle antilaïque qui se joue sur fond d’offensive sans équivalent historique du président de la république et du gouvernement en appui de l’enseignement catholique et de la marchandisation à venir du système éducatif en entier.
Pour ceux qui auraient besoin de petits rappels : article1 article2 article3 article4 article5 article6 article7 article8 article9 article10 article11 article12
Mais pour les adeptes de l’enseignement privé, point d’inquiétude. il a, lui, vu naître en février 2010 la « Fondation Saint-Mathieu », catholique évidemment… Son objet ? Réunir tout bonnement 1 000 000 000 d’euros d’investissements dans les dix années qui viennent afin de financer la construction et la rénovation d’établissements privés catholiques.
Avant de poursuivre, rappelons qu’en France, ce sont les régions qui financent seules la construction et la rénovation des lycées, cela a son importance.
Tenez-vous bien, la « Fondation Saint-Mathieu » (proche de « l’Opus Dei « et des « Légionnaires du Christ » : tout un programme) a été fondée sur le socle d’une association de type loi de 1901 (l’Association d’Entraide des Établissements d’enseignement privé d’Ile-de-France) et bénéficiant de ce statut, elle a pu « miraculeusement » obtenir le précieux sésame de « Fondation d’Utilité Publique » ! Juste après le scandale de Saint Eloi, cela devrait suffire à démontrer qu’une proportion non négligeable d’élus UMP a bien décidé si ce n’est de tuer l’enseignement public, tout au moins assume clairement la « non assistance » à personne en danger.
Cette réussite exceptionnelle permet donc à la « Fondation Saint-Mathieu » d’offrir à ses généreux donateurs des réductions d’impôts non négligeables (75% pour les assujettis à l’ISF et 60% pour les autres) ! Voilà comment retrouver nos niches fiscales soit disant rabotées… (voir le beau contentement de Saint-Mathieu)
Les aides publiques font le bonheur de la fondation Saint-Matthieu, qui ne manque pourtant pas de “recettes”. Rêvée par le journal d’extrême droite Minute dans les années 1980, la fondation est co-présidée par Claude Bébéar, l’ancien patron d’AXA, dont le catholicisme fervent, presque traditionaliste, le pousse à accepter des invitations du centre Garmelle, tenu par l’Opus Dei.
Sur la liste du comité d’honneur de l’association, figurent des personnalités originales. A l’instar du Cardinal Vingt-trois, Archevêque de Paris, Président de la Conférence des Evêques de France ; et de Monseigneur Aumônier, évêque de Versailles, président de l’Enseignement Catholique en France. Mais aussi d’autres, plus inattendues. Comme l’ancien chef d’état major de la Marine ou le Président d’honneur du groupe Bayard Presse. Du beau monde en somme…
A l’image des constructions réalisées par la fondation qui, précise-t-elle, “déploie son action dans toute la France”. Ainsi, le lycée Jean-Paul II, à Sartrouville (78) (un établissement s’inscrivant dans la “Dynamique Espoir Banlieue”, portée par Fadela Amara , tiens donc) a-t-il été construit en partie grâce à Saint-Matthieu, qui apporta un tiers des fonds. Un autre tiers provenant de la région Ile-de-France, carrément !
Saint-Matthieu cherche maintenant à obtenir le soutien, financier si possible, de la mairie de la Courneuve !
Pour rappel, l’article L151-3 du code de l’éducation interdit tout financement public des écoles et le 151-4 n’autorise pas le dépassement à hauteur de 10% des fonds propres. Les gestions collège et primaire doit être distinctes. Sur ces bases, les aides octroyées par la Région Ile de France au lycée Jean-Paul II, à Sartrouville (78) sont attaquables en justice ! Le seront-elles ? et par qui ?…L’Assemblée Nationale financerait elle aussi ?
Saint-Joseph : une nouvelle étape pour le groupe scolaire – Mûr-de-Bretagne. À la rentrée 2011-2012, le groupe scolaire Saint-Joseph devrait être équipé d’un nouveau bâtiment commun à l’école et au collège. Une demande de permis de construire vient d’être déposée. Pierre Le Corre, président de l’Organisme de gestion (OGEC), présente le projet.
Quel en sera le coût ? Nous partons sur un estimatif de 440 000 € TTC avec un autofinancement de 130 000 € et un emprunt de 270 000 €. Nous avons quelques pistes pour des demandes de subventions : auprès du conseil général, de l’Assemblée Nationale, de l’Udogec. Mais il nous manque environ 40 000 €. Pour limiter le recours à l’emprunt, nous avons décidé de lancer une souscription dès dimanche, jour de la kermesse, auprès des parents, des anciens élèves, des sympathisants qui veulent nous soutenir en mettant en vente 4 000 ardoises, à 10 € l’unité. Cette souscription sera gérée par la Fondation Saint-Mathieu, une association reconnue d’utilité publique. Les dons seront déductibles des impôts.

Bravo et merci pour cet article très clair et instructif. Je vais inviter mes amis à aller le lire.
A propos d’Axia. Savez-vous qu’il y a quelques années (2 à 4 ans), les associations Handicap International et Amnesty International ont été obligées d’entreprendre une campagne contre cette société parce qu’ine partie de ses finances était utilisée dans la fabrication et la commercialisation d’armes antipersonnelles ? Axa étant un des principaux actionnaires de chaînes télévisées catholiques, je n’imagine pas que la hiérarchie catholique n’ait pas été au courant de ce conflit. Axa a mis 18 mois pour promettre de mettre un ordre plus éthique dans ses affaires. Par hasard, c’est à cette époque que le Vatican a demandé à ses ouailles de ne plus rien donner à Amnesty qui se serait montrée favorable à l’autorisation de l’avortement après un viol. Si vous le désirez, je pense que vous trouverez certainement des éléments sur internet. S’il y a eu un peu de ménage dans les sites, je crois que j’ai enregistré des documents.
« 5006 postes cette annee contre 5095 l’an dernier », évidemmlent