On est tous les Roms de quelqu’un ou de quelque part

29 août 2010
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http://gponthieu.blog.lemonde.fr/files/1refer_1.jpgEn 1987, Maxime Le Forestier écrivait une superbe chanson intitulée « Né quelque part ». En quelques couplets et un refrain, il signait là un appel à la tolérance qui n’a pas pris une ride. L’Etat sarkozyste a passé son été à allumer des contrefeux à une situation politique plus qu’alarmante pour lui, son gouvernement et sa majorité.

Ne pouvant trouver de boucs émissaires politique à l’échec de la politique de caste qu’il poursuit depuis plus de 3 ans, il a fait le choix d’attaquer sur le terrain qui a fait les réussites de la droite, l’insécurité. Le problème est que sur ce terrain là aussi, la droite a perdu toute crédibilité puisqu’elle est au pouvoir depuis déjà 8 longues années, plus qu’un septennat !

Mais cette droite là n’en n’est pas à une outrance prêt. Elle avait prévu depuis plusieurs mois de relancer ce sujet pour essayer de déporter le regard citoyen des plus grandes contre-réformes qu’elle s’apprête à faire voter par ses suffragettes UMP.

Une attaque à main armée à Grenoble aura suffit comme prétexte aux errances verbales présidentielles et à tous les amalgames de ministres ou sous ministres en mal de reconductibilité ministérielle.

Les Roms ont donc été le feuilleton de l’été pour faire refroidir un feuilleton Bettancourt-Woerth qui va rebondir de plus belle à la rentrée.

Qu’importe, les Roms c’était bien, c’était facile, c’est des roumains et leur pays n’est pas une menace. Ils peuvent donc bien essuyer les quolibets de dirigeants dont certains pourraient ou devraient être en prison. Ils ne sont pas suffisamment représentés en France pour représenter une menace pour la paix civile, voilà la victime expiatoire parfaite offerte à un peuple qui a peur des lendemains qui déchantent et qui ressent déjà un présent douloureux.

Voici les paroles de la chanson de Maxime Le Forestier :

« On choisit pas ses parents,
on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus
les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour apprendre à marcher
Être né quelque part

Être né quelque part
Pour celui qui est né
C’est toujours un hasard
Nom’inqwando yes qxag iqwahasa

Y a des oiseaux de basse cour et des oiseaux de passage
Ils savent où sont leur nids, quand ils rentrent de voyage
Ou qu’ils restent chez eux
Ils savent où sont leurs œufs

Être né quelque part
Être né quelque part
C’est partir quand on veut,
Revenir quand on part

Est-ce que les gens naissent
Égaux en droits
A l’endroit
Où ils naissent

Nom’inqwando yes qxag iqwahasa

Est-ce que les gens naissent Egaux en droits
A l’endroit
Où ils naissent
Que les gens naissent
Pareils ou pas

On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus les trottoirs de Manille
De Paris ou d’Alger
Pour apprendre à marcher

Je suis né quelque part
Je suis né quelque part
Laissez moi ce repère
Ou je perds la mémoire
Nom’inqwando yes qxag iqwaha.sa
Est-ce que les gens naissent… »

La France et les français sont, selon les sondages, pour moitié d’accord avec les mesures d’expulsion des Roms, les évacuations inhumaines de camps (en France!) où s’entassent des misérables qui trouvent pourtant la misère de France plus douce que la misère roumaine.

Cela n’est pas surprenant, pas plus que le relatif silence coupable d’une population qui a bien vite oublié ses origines pour une grande part. Dès lors quand on lui parle, qu’elle qu’en soit la raison, de la possibilité de déchoir de la nationalité française des personnes françaises « d’origine étrangère », pas de problème, ce serait pour les autres. Oui mais jusqu’à qui, jusqu’à quand ?…

1ère, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème génération, où s’arrêterait-on ? A quel moment est-on ou serait-on considéré comme un français à part entière ? Y-a-t-il des origines qui apporteraient des points bonus ou des points malus ? Un français d’origine algérienne vaudrait-il plus ou moins qu’un français d’origine marocain ou qu’un français d’origine portugaise ? Un français d’origine espagnole vaudrait-il plus ou moins qu’un français d’origine italienne ?… On pourrait aller loin ainsi !

Si la France devait entrer dans un tel registre, elle n’aurait plus qu’à se cacher du monde entier. A vrai dire, le seul fait que ce débat ait lieu dans notre pays devrait donner mal à l’estomac à chacun d’entre-nous. Ce n’est malheureusement pas le cas et cela montre le degré de délitement des valeurs républicaines et l’absence d’enseignement contemporain des philosophes des Lumières puisque ce débat n’est pas en soi un tabou absolu.

sos ostracismeA vrai dire, cela n’est que le prolongement d’un mal bien français, l’ostracisme. En sociologie, ce mot  dépeint une forme d’exclusion sociale qui survient dans certains groupes sociaux ou dans certains environnements géographiques.

La France est pleine de ce mal que chacune ou chacun a probablement pu ressentir un jour. Dans une école, dans une entreprise, dans une assemblée, dans une association, dans une ville, etc. il y a tant d’endroits où ce type de comportements collectifs et/ou individuels se produisent qu’il serait étonnant qu’une seule personne n’ait pas ressenti ce mal qui soit disant n’existe pas ! Il est en effet de bon ton pour le groupe en général de refuser la simple possibilité de ce sentiment car cela serait admettre pour le groupe ou l’individu  le sentiment de peur, celui du refus de la découverte ou que sais-je encore.

Ce sentiment parcourt pourtant bien la France du nord au sud et de l’est à l’ouest, comme si il était typiquement français d’avoir peur de l’autre, envie de repousser l’autre en se disant qu’ainsi on est mieux protéger pour son confort, son quotidien, ses ambitions, ses certitudes ou ses fantasmes.

L’ostracisme est bien le mal profond qui ronge la France, des grandes villes aux plus petits villages, des villes nouvelles aux bourgades séculaires. L’ostracisme est bien ce mal qui trouve son ressort dans le défaut d’éducation civique et citoyenne de l’enseignement national.

L’ostracisme est ce mal inexprimé duquel se nourrissent les pires déviances que sont racisme et xénophobie. Malheureusement, l’ostracisme est peu sensible aux plus beaux et plus vibrants discours car il  sait toujours trouver en lui les pires ou les plus infimes justifications. Il n’y a guère que l’éducation de longue haleine et la fermeté qui puissent le faire reculer.

L’ostracisme est ce sentiment individuel, inavouable qui peut tous nous guetter un jour et qui peut faire que l’on est tous les Roms de quelqu’un ou de quelque part.

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4 Responses to On est tous les Roms de quelqu’un ou de quelque part

  1. Iker Bonpland on 30 août 2010 at 04:48

    Superbe Yannick,

    continue comme ça!!!

    Ton blog est un bien nécessaire et en tant que professeur d’espagnol, écrivain et chercheur, mettant en exergue dans mes oeuvres, entres autres, les valeurs de la transculturation, du bilinguisme, du métissage, et le respect des cultures amérindiennes, je ne peux que saluer ton article!!!

    Pour tous ceux qui pensent qu’une autre France est possible, je vous renvoie moi-aussi au Siècle des Lumières et à Aimé Bonpland, l’explorateur rochelais mort à Corrientes, en Argentine, en 1858, grand défenseur du peuple guarani et qui apprit cette langue et à la fin de son « voyage sans retour », en avait oublié le français…

    C’est peut-être ce qui attend certains d’entre nous, l’exil, et l’acculturation positive, car cette France, ce n’est plus la nôtre…

    Voir à ce sujet cet excellent roman de Bonpland, qui, si l’on pouvait le ressusciter, serait le premier à affronter le néo-fascisme de Mr Sarkosy!!!

    Courthès, Eric, « LE VOYAGE SANS RETOUR D’AIMÉ BONPLAND, EXPLORATEUR ROCHELAIS », Paris, L’Harmattan, Collection L’autre Amérique, avril 2010, http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=31196

    Merci de diffuser largement…

    Bien à toi.

    Iker Bonpland

  2. Suzette GREL on 30 août 2010 at 08:54

    Rien à ajouter, rien à supprimer!
    merci pour ces lignes de vérité qui devraient nous faire bouger…

  3. BOYER on 2 septembre 2010 at 22:44

    Ultramarins, Ultramarines,

    Sarkozy ca suffit ! Vous qui comme moi êtes originaires des DOM TOM,réveillez vous.
    Dites votre honte pour le comportement de nos footballeurs lors du mondial 2010.
    Dites votre indignation devant la brutalité des expulsions de femmes, d’enfants qui sont nés roms.
    Défendez les valeurs de la France, exigez le respect des droits de l’homme, refusez ces injustices.
    Nous sommes tous des ROMS rappelons-le au secretaire d’etat en charge de l’outremer.
    Relevons la tête agissons. Nous sommes tous des Républicains d’Outre Mer Solidaires.

  4. GdeC on 10 septembre 2010 at 07:05

    @yannick : bon, cette fois, ok, je partage davantage. Nous sommes sur la même ligne de front. Vive la résistance ! quelle que soit son visage…. du moment qu’elle soit douce.

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