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	<title>Yannick Serrano &#187; Conseil constitutionnel</title>
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		<title>Retirons à Nicolas Sarkozy la nationalité française</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Aug 2010 08:48:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fin de l&#8217;égalité absolue devant la loi: le président vient de définir deux catégories de Français. Les Français français. Et les Français d’origine étrangère. Les membres du Conseil Constitutionnel, qui prennent l’habitude de rendre des arrêts courageux, ou au moins assez iconoclastes, vont se frotter les mains. Voilà un cas des plus simples! Si jamais Nicolas Sarkozy s’entête à mettre en pratique ses viriles menaces de Grenoble sur la déchéance de la nationalité française, il y a fort à parier qu’on va se bousculer au bureau des saisines. Professeurs de droit, avocats, partis politiques, citoyens… Le recours au Conseil ne sera plus une opportunité. Mais un devoir civique. Car le chef de l’Etat ne vient pas moins que de définir deux catégories de Français. Les Français français. Et les Français d’origine étrangère, lesquels seraient soumis à des obligations plus contraignantes que les premiers. «La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police, d’un militaire de la gendarmerie (…)», a déclaré, le 30 juillet, le président de la République, en installant le nouveau préfet de l’Isère. Bien sûr, vendredi, l’été politique, ce mois d’août de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption alignleft" style="width: 550px"><img class=" " src="http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/node-story/sarko-securite_0.jpg" alt="" width="540" height="297" /><p class="wp-caption-text">Photo: A Tremblay-en-France. REUTERS/Benoit Tessier </p></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #800080;"><strong>Fin de l&#8217;égalité absolue devant la loi: le président vient de définir  deux catégories de Français. Les Français français. Et les Français  d’origine étrangère.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Les membres du Conseil Constitutionnel, qui prennent l’habitude de rendre  des arrêts courageux, ou au moins assez iconoclastes, vont se frotter les  mains. Voilà un cas des plus simples! Si jamais Nicolas Sarkozy s’entête à mettre en pratique ses viriles menaces de Grenoble sur la déchéance de  la nationalité française, il y a fort à parier qu’on va se bousculer au  bureau des saisines. Professeurs de droit, avocats, partis politiques, citoyens… Le recours au Conseil ne sera plus une opportunité. Mais un devoir civique.</p>
<p style="text-align: justify;">Car le chef de l’Etat ne vient pas moins que de définir deux catégories de Français. Les Français français. Et les Français d’origine étrangère,  lesquels seraient soumis à des obligations plus contraignantes que les premiers. «<em>La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie  d’un fonctionnaire de police, d’un militaire de la gendarmerie (…)</em>», a déclaré, le 30 juillet, le président de la République, en installant le  nouveau préfet de l’Isère.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, vendredi, l’été politique, ce mois d’août de la vacance, avait déjà virtuellement commencé. D’abord, les élus, les observateurs n’ont pas  trop réagi. Nicolas Sarkozy et certains membres du gouvernement les ont  habitués à chasser sur les terres du Front national, selon la formule usuelle, sur  le chapitre sécuritaire, et, à force, ils n’y prêtent pas toujours  attention. C’est à peu près tous les jours, ces temps-ci. La même semaine, c’était  au tour des «<a href="http://www.slate.fr/story/25519/que-veulent-dire-les-mots-roms-tsiganes-et-gens-du-voyage" target="_blank"><strong><em>gens du voyage</em></strong></a>» d’être  désignés à la peur des braves gens, et ce, depuis l’Elysée-même. «<em>Discours usé</em>», a d’abord répondu  Benoit Hamon, le porte-parole du PS. «<em>M. Le Pen et sa fille n’ont plus  besoin de parler,</em> a poursuivi Noël Mamère (les Verts)<em>, la copie parle à  leur place</em>».</p>
<h2 style="text-align: justify;">Un président anticonstitutionnel</h2>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, l’affaire est grave, et normalement, hors somnolence estivale, elle  pourrait même valoir poursuites en justice au contrevenant. Le premier magistrat  du pays, gardien de notre démocratie et des règles républicaines, ne vient  rien de moins que de contester le socle même de notre loi de commune  appartenance. La base sacrée, forgée à la Libération, entre la Charte du Conseil National  de la Résistance (CNR), la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 et la Constitution de 1958. Le CNR proclamait «<em>l’égalité absolue de tous  les citoyens devant la loi</em>». Oui, mais si nous ne sommes plus citoyens  de même valeur? S’il existe des grades dans la nationalité française? S’il nous faut refaire le chemin jusqu’au premier Français légitime de l’Histoire –sous Clovis?– pour déterminer qui est illégitime?</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’alors, les Français sont tous Français. En bloc. Incolores. Non  différenciables. Il est même interdit, dans ce pays, de produire des statistiques sur les  origines des Français. Depuis la guerre, depuis que le régime de Vichy a arraché  leur citoyenneté à des milliers de personnes, juives en majorité, depuis que  la mémoire collective porte cette honte, de naissance ou de circonstances,  nous sommes tous Français. Point. Français, c’est tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Français d’un coup. Non à l’essai, probatoires ou, <strong><a href="http://www.jean-luc-melenchon.fr/2010/07/pas-touche-a-la-nationalite/" target="_blank">comme le dit Jean-Luc Mélenchon</a></strong>, président du parti de gauche, «<em>Français conditionnels</em>». Il  n’existe pas, pour la loi, de Français de fraîche date. Ou alors, la loi est  illégale.</p>
<h2 style="text-align: justify;">Qui peut-on renvoyer?</h2>
<p style="text-align: justify;">Aucun président de la République n’a insinué un doute menaçant comme Nicolas  Sarkozy vient de s’oublier à le faire. Vous, nous, êtes-vous, sommes-nous  vraiment Français? Le suis-je, moi, dont les aïeux, nés Boggio, viennent  d’Italie? Trois générations. Est-ce suffisant pour enfin respirer? Ou peut-on encore me renvoyer? Et où? En Italie, aucune trace de moi. Les enfants de la guerre d’Algérie, les Portugais, Polonais, Espagnols? Les Arméniens de 1915? Polanski, le cinéaste? Et Sarkozy, ce chef de l’Etat inconséquent? Son père, apatride, a été naturalisé. Dehors, Sarkozy, s’il tue un gendarme?</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, les propos de Grenoble ne sont que des mots –mais il y a des mots qui  tuent, non? Des mots, c’est vrai, destinés d’abord à tenter de récupérer les électeurs partis au Front national. Nicolas Sarkozy, deux tiers  Français, un tiers Hongrois, en «<em>chasse</em>» estivale.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est aussi affaire de principe. Du principe des principes, pour qui  chérit la terre de France. Le chef de l’Etat n’a pas l’intention de chasser les  Français d’origine portugaise, même si ceux-ci se mettaient à faucher des  policiers. Il vise les derniers Français enregistrés comme tels, venus d’Afrique, et  surtout du Mahgreb. Les Arabes. Leurs enfants, les beurs, synonymes de voyous,  dans le lexique sécuritaire. Il l’explique, dans son discours de Grenoble: «nous subissons les conséquences de 50 ans d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration». Peut-être. Mais  pour l’heure, c’est le président de la République qui transgresse la loi. Mal intégré lui-même, ces jours-ci. Heureusement, il ne s’agit pas d’un  président 100% français. On peut toujours le renvoyer en Hongrie. Ou en refaire un  apatride.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.slate.fr/story/25725/sarkozy-retrait-nationalite" target="_blank"><em>Philippe Boggio</em></a></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright" src="http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/auteur/philippe_boggio_0.jpg" alt="" width="120" height="120" />Ancien grand reporter au Monde, est l&#8217;auteur de nombreux ouvrages  parmi lesquels les biographies de Coluche (Flammarion, 1991 et 2006), de  Bernard-Henri Lévy (La Table Ronde, 2005) et de <a href="http://livre.fnac.com/a2642144/Philippe-Boggio-Johnny?PID=903" target="_blank">Johnny Hallyday (Flammarion 2009)</a>.</p>
</blockquote>
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		<title>Mars 2014 : miracle, l&#8217;UMP remporte les 22 régions métropolitaines</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Mar 2010 22:19:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est un succès inespéré que vient de remporter l&#8217;UMP aux élections régionales. En dépit de la crise qui ferme les usines et gonfle le chômage, en dépit des réformes qui tardent ou qui patinent, en dépit du solide discrédit dont pâtit Nicolas Sarkozy dans l&#8217;opinion, en dépit d&#8217;un score national calamiteux, en dépit de tous ces vents mauvais, le parti du président a remporté&#8230; les vingt-deux régions métropolitaines. On lui prédisait une déroute. Il vient non seulement de sauver l&#8217;Alsace et la Corse, mais de reconquérir plusieurs régions, et non des moindres : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d&#8217;Azur, Auvergne, Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Centre. Grands et petits chefs de la droite jubilent de ce miracle soigneusement préparé depuis quatre ans. Arrêtons là la plaisanterie, puisque ce n&#8217;en est pas vraiment une. Mais simplement l&#8217;application aux résultats du 14 mars 2010 du nouveau mode de scrutin régional qui &#8211; si la réforme envisagée va à son terme &#8211; sera inauguré en 2014. Comparaison n&#8217;est pas raison, objecteront immédiatement les esprits rigoureux. A juste titre. Si elle fait l&#8217;objet d&#8217;un projet de loi approuvé par le conseil des ministres du 21 octobre 2009, cette réforme électorale n&#8217;a même pas encore été discutée par le Parlement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-1072" title="hold-up-studio-1217346547-holduplogo-crop-90-393" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-content/uploads/2010/03/hold-up-studio-1217346547-holduplogo-crop-90-393-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" />C&#8217;est un succès inespéré que vient de remporter l&#8217;UMP aux élections régionales. En dépit de la crise qui ferme les usines et gonfle le chômage, en dépit des réformes qui tardent ou qui patinent, en dépit du solide discrédit dont pâtit Nicolas Sarkozy dans l&#8217;opinion, en dépit d&#8217;un score national calamiteux, en dépit de tous ces vents mauvais, le parti du président a remporté&#8230; les vingt-deux régions métropolitaines.</p>
<p style="text-align: justify;">On lui prédisait une déroute. Il vient non seulement de sauver l&#8217;Alsace et la Corse, mais de reconquérir plusieurs régions, et non des moindres : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d&#8217;Azur, Auvergne, Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Centre. Grands et petits chefs de la droite jubilent de ce miracle soigneusement préparé depuis quatre ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrêtons là la plaisanterie, puisque ce n&#8217;en est pas vraiment une. Mais simplement <strong>l&#8217;application aux résultats du 14 mars 2010 du nouveau mode de scrutin régional qui &#8211; si la réforme envisagée va à son terme &#8211; sera inauguré en 2014.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comparaison n&#8217;est pas raison, objecteront immédiatement les esprits rigoureux. A juste titre. Si elle fait l&#8217;objet d&#8217;un projet de loi approuvé par le conseil des ministres du 21 octobre 2009, cette réforme électorale n&#8217;a même pas encore été discutée par le Parlement et encore moins examinée par le Conseil constitutionnel, qui pourrait y trouver de sérieux motifs de censure.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, elle chamboule complètement le paysage régional et départemental et invente le &laquo;&nbsp;conseiller territorial&nbsp;&raquo;, élu commun à ces deux collectivités locales. Enfin, elle instaure un mode de scrutin totalement baroque, à un seul tour, au terme duquel 80 % desdits conseillers territoriaux seront élus au scrutin uninominal dans le cadre des cantons, tandis que les 20 % de sièges restants seront attribués à la proportionnelle en fonction des suffrages obtenus par les candidats affiliés à des listes départementales. Un véritable &laquo;&nbsp;scrutin Shadok&nbsp;&raquo;, conforme à la devise &laquo;&nbsp;Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?&nbsp;&raquo;, selon la formule de Laurent Fabius.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces objections sont évidemment fondées. Il n&#8217;empêche : l&#8217;objectif affiché de cette réforme est de permettre aux candidats arrivés en tête au premier et unique tour de scrutin de remporter la victoire, même avec moins du tiers ou à peine plus du quart des voix.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Appliquée, dans son esprit, aux résultats du 14 mars, elle permettrait donc à la droite parlementaire de faire bonne figure. Quand bien même elle a réalisé, avec 26,18 %, le plus mauvais score de son histoire depuis le début de la Ve République.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En résumé, malgré un vote sanction cinglant sur le plan national, ce nouveau mode de scrutin régional aurait rendu possible un joli hold-up électoral au niveau régional. Espérons simplement que, lors de son examen au Parlement, chacun saura soit s&#8217;y opposer, soit l&#8217;amender suffisamment pour éviter une telle arnaque démocratique.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #c0c0c0;"><a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/15/mars-2014-miracle-a-l-ump-par-gerard-courtois_1319245_3232.html" target="_blank">source</a></span></p>
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		<title>Une Justice en crise et une République qui vacille !</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Feb 2010 22:08:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1026" title="images" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-content/uploads/2010/02/images.jpg" alt="" width="174" height="186" />La scène se passe début janvier 2010. Chaque année à cette période, se déroule un moment solennel qui est le grand rendez-vous de l&#8217;institution judiciaire, l&#8217;audience solennelle de rentrée de la cour de cassation. C&#8217;est le moment qui est choisi pour annoncer une série de nominations qui sont de coutume l&#8217;objet de discussions au plus haut niveau mais dont l&#8217;esprit global a par tradition été le consensus et l&#8217;intérêt supérieur de la Justice.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, 2010 a vu la rupture avec les us et a été l&#8217;acte solennel, et peut-être fondateur, du début d&#8217;une révolution de velours au sein de la maison Justice.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement s&#8217;est vu opposé un acte de désobéissance &laquo;&nbsp;civique&nbsp;&raquo; de la part du premier président de la plus haute des juridictions françaises, Vincent Lamanda. Celui-ci a refusé de nommer  à la tête de la chambre criminelle le magistrat qui était placé sous les &laquo;&nbsp;bons auspices&nbsp;&raquo; du président de la république, fait unique qui lui vaudra probablement quelques retours de bâtons ultérieurs mais qui devrait aussi être un appel d&#8217;air pour un mouvement de fond tôt ou tard.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;insoumis s&#8217;est vu relayé par le procureur général, Jean-Louis Nadal qui s&#8217;en est pris quant à lui au projet de réforme de la procédure pénale dont la mesure phare est la <a href="http://www.yannickserrano.fr/2009/01/06/la-fin-du-juge-dinstruction-decidee-par-nicolas-sarkozy-et-la-politisation-de-la-justice/" target="_blank">suppression du juge d&#8217;instruction</a>. A force de se faire marcher dessus à chaque niveau, la justice entame une révolte qui veut probablement alerter l&#8217;opinion sur l&#8217;état de délabrement de la république française, l&#8217;emprise du pouvoir exécutif sur le judiciaire et certainement les risque que cela fait courir à la démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut croire que les caricatures de Nicolas Sarkozy sur les petits pois, parlant des juges en octobre 2007 : <em>&laquo;&nbsp;des petits pois se caractérisant par leur même couleur, même gabarit, même absence de saveur&nbsp;&raquo;</em> ne sont pas restées lettre mortes. D&#8217;ailleurs, en janvier 2008,  lors de l&#8217;audience solennelle de la cour de cassation, tiens donc encore, plusieurs magistrats avaient ostensiblement portés une cravate à petits pois, chère à Gilbert Bécaud&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire que le &laquo;&nbsp;malfaiteur&nbsp;&raquo; Sarkozy ne s&#8217;est pas arrêté là car ses hauts faits en matière de destruction de l&#8217;institution judiciaire, de destruction de son crédit et de son indépendance, de mise à profit de celle-ci à des fins personnels commencent à corser l&#8217;addition : suppression des avoués pour venir offrir la possibilité de constitution de grands pôles d&#8217;avocats d&#8217;affaires (cf. système américain), destruction du périmètre de l&#8217;exercice des huissiers de justice pour favoriser la constitution de vastes pôles financiers d&#8217;études d&#8217;huissiers, volonté de mise en accusation des magistrats par les citoyens, destruction de la carte judiciaire de proximité au mépris de toute considération de service public et de bon sens, <a href="http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/02/04/conseil-constitutionnel-pierre-joxe-rompt-avec-le-devoir-de-reserve_1301081_823448.html" target="_blank">pressions sur les jugements du conseil constitutionnel</a>, prisons en déshérence, paupérisation des services de l&#8217;application des peines, naufrage de l&#8217;informatisation des parquets, procureurs aux ordres, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela commence à faire lourd dans la volonté de mise au pas et dans l&#8217;utilisation du pouvoir à des fins politiques, partisanes et personnelles !</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="size-medium wp-image-1025 alignright" title="clearstream-2" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-content/uploads/2010/02/clearstream-2-300x239.jpg" alt="" width="300" height="239" />Le temps des caricatures possibles de l&#8217;apprenti dictateur n&#8217;est plus permis pour se mettre l&#8217;opinion publique dans la poche. Il faut dire que Rachida Dati n&#8217;est plus là pour focaliser l&#8217;attention médiatique qui masquait le dessin présidentiel, une justice sous tutelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet ensemble, disons le, très nauséabond, la satisfaction peut être celle de constater qu&#8217;au lieu d&#8217;atomiser la communauté judiciaire, pourtant peu encline traditionnellement à faire cause unique, celle-ci aurait tendance à se rassembler. C&#8217;est dire si ce milieu pourtant très feutré sent pointer les périls&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Même les avocats, habitués à faire bande à part, commencent à faire entendre leur voix ! Une des figures emblématiques du barreau bordelais déclarait il y a peu : « Je préfère un con indépendant à un compétent aux ordres ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire que le contexte judiciaire dans les territoires commence à être catastrophique pour les professionnels de justice mais aussi pour les justiciables.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour prendre un exemple que je connais bien, en Gironde (département le plus grand de France et  connaissant une des plus fortes pression démographique), la réforme de la carte judiciaire a vu la destruction des tribunaux de Lesparre, Blaye, Bazas et La Réole (et là je ne parle que de tribunaux, car il y a aussi les greffes, ces instances qui font entre autre que le citoyen lambda a droit une justice plus ou moins rapide&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le mémoire ampliatif que nous rédigions pour le Conseil d&#8217;Etat en juillet 2009 pour faire valoir les intérêts de l&#8217;Association de Défense du Service Public de la Justice en Sud Gironde (présidée par Bernard Castagnet, et dont le secrétaire général est Jean-Marie Darmian), nous devions répliquer à l&#8217;argumentaire suivant avancé par Rachida Dati : &laquo;&nbsp;<em>la réforme envisagée l’a été  afin de</em><em> rendre l’organisation judiciaire plus compréhensible pour le citoyen en rationalisant les implantations démographiques, économiques et sociales du pays. </em><em>{…} Enfin, la réforme de la carte judiciaire doit permettre d’avoir une justice à un coût optimisé pour le contribuable. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-1027" title="avocat_jeune_2" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-content/uploads/2010/02/avocat_jeune_2-234x300.gif" alt="" width="234" height="300" />Cette formidable réforme qui devait &laquo;&nbsp;favoriser des économies à grande échelle&nbsp;&raquo; pour &laquo;&nbsp;favoriser une justice mieux rendue&nbsp;&raquo; (Cf. Rachida Dati) ne va faire gagner un euro à l&#8217;État mais lui coûtera au mieux entre 400 et 500 millions d&#8217;euros pour une justice en lambeaux et de laquelle nombre de citoyens seront exclus car devant dans le meilleur des cas s&#8217;arrêter de travailler une journée entière pour une simple audience de 30 minutes à Bordeaux ou dans d&#8217;autres chefs lieux de départements.</p>
<p style="text-align: justify;">Songez au spectacle saisissant qu&#8217;offre par exemple la préfecture du Lot-et-Garonne. Dans la cour du palais, des préfabriqués ont été posés à la hâte, du fait de la réorganisation suscitée par la suppression du tribunal de grande instance de Marmande. Juste au moment où s&#8217;achevaient les travaux des locaux ultramodernes du pôle de l&#8217;instruction, pourtant promis à une prochaine disparition !&#8230; Qu&#8217;elle est triste la France sous Sarkozy.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Association de Défense du Service Public de la Justice en Sud Gironde a entamé depuis 2007 un combat de défense des intérêts des citoyens dans l&#8217;indifférence des médias, en dehors des traitements ponctuels dus à l&#8217;émotion d&#8217;annonces nationales et dans un oubli relatif de certains relais politiques&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons démontré dans les deux mémoires rédigés le Ministère de la Justice n’a tenu absolument aucun compte des incidences de cette réforme sur  des zones géographiques vastes et ayant connu des afflux massifs de population. Pour preuve, le Ministère de la Justice a lancé à marche forcée cette réforme sans attendre les décomptes définitifs du dernier recensement de la population dont nous faisons état et qui font ressortir dans les juridictions de Bazas et La Réole une augmentation sensible de la population.</p>
<p style="text-align: justify;">La<strong> </strong>Gironde est le plus vaste département de France avec 10.725 km<sup>2</sup>. Elle compte 1.376.137 habitants avec une densité de population de 128 hab./km<sup>2</sup>. 23% de la population a moins de 20 ans et 21,4% a plus de 60 ans. C’est un département attractif qui connaît un dynamisme démographique important et rapide comme en témoignent les chiffres du dernier recensement de population publié par l’INSEE, en outre, la population y est plus âgée que la moyenne nationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec la suppression des tribunaux d’instance de Bazas et La Réole, ce territoire n’accueillera plus aucun lieu de justice, obligeant les justiciables à se rendre à Bordeaux avec pour certaines communes plus de 163 km aller/retour à parcourir. Et là je ne parle même pas des personnes âgées ou invalides ni même des malheureux ne disposant d&#8217;aucun moyen de déplacement sérieux. Ce sont là 13 cantons du Sud-Gironde qui risquent voir la justice s&#8217;évaporer pour eux.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’heure du pétrole cher, de la compensation carbone et de la rationalisation des politiques publiques, cette mesure de suppression des tribunaux d’instance de Bazas et La Réole va à l’encontre de toute logique du service public de la justice, du principe d’égalité des citoyens face à la loi (figurant pourtant dans la constitution). Cela limitera en outre considérablement l’accès au droit pour quantités de personnes dans des zones ne disposant pas ou très peu de transports publics, ce pour un bassin de population de plus de 147 000 habitants et dont la croissance est constante. Je parle de vraies personnes, pas de statistiques ministérielles&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Concernant le tribunal d’instance de La Réole, le bâtiment dans lequel il exerce est laissé à sa disposition par la commune de La Réole, il n’y a aucune charge concernant son occupation,  son budget de fonctionnement s’élève approximativement à 20.000 euros par an.</p>
<p style="text-align: justify;">Le transfert de cette juridiction, avec l’indemnisation éventuelle des fonctionnaires de la justice, représentera une charge supérieure, il n’y a donc aucun élément justifié d’économie dans la suppression du Tribunal d’Instance de La Réole si ce n&#8217;est un charcutage de tribunaux dépendant de la cartographie politique&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Je rappelle au passage que Dominique Perben lui-même (UMP), ex-Garde des Sceaux, lorsqu’il présentait en 2002 son projet de loi d’orientation et de programmation pour la justice qui allait aboutir à la création des juges de proximité établissaitt une relation de cause à effet entre proximité des tribunaux et recours à un juge.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 3 février 2010, le Conseil d’Etat a examiné en séance publique les recours frappant les décrets relatifs à la carte judiciaire. Nous attendons les conclusions du Conseil d&#8217;Etat (jugement en délibéré) concernant les deux recours déposés sur la suppression des tribunaux de Bazas et La Réole mais comme vous l&#8217;aurez deviné sous l&#8217;ère Sarkozy, on a quelques craintes sur le bien fondé des jugements&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont en tout cas les habitants des communes des cantons de Saint-Symphorien, Villandraut, Captieux, Grignols, Auros, Langon, Saint-Macaire, La Réole, Monségur, Sauveterre de Guyenne, Targon et Créon qui seront contraints de faire des dizaines ou centaines de kilomètres pour se rendre au Tribunal d’Instance de Bordeaux pour des affaires mineures ou qui simplement abandonneront la Justice.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez dit République ?</p>
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		<title>La réforme des collectivités locales inconstitutionnelle?</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jan 2010 12:53:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
				<category><![CDATA[Au Premier Plan]]></category>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est la thèse que je défends auprès de mes amis depuis de nombreux mois, texte à l&#8217;appui, et qui m&#8217;a fait me heurter parfois à certains d&#8217;entre-eux. Ayant pris la peine de lire, anoter des textes indigestes, d&#8217;en débattre avec des amis juristes ou responsables politiques, il apparaissait clair en effet que certains points des réformes en préparation ne pouvaient que rentrer en conflit direct avec la constitution. C&#8217;est donc avec une certaine satisfaction que j&#8217;ai pu lire aujourd&#8217;hui dans les colonnes de l&#8217;express un entretien avec  Pascal Jan, vice-président du Cercle des Constitutionnalistes et professeur à l&#8217;IEP de Bordeaux. Il soulève directement plusieurs points  cruciaux que j&#8217;avais relevé et il met aussi l&#8217;accent sur un volet des métropoles que j&#8217;avais également perçu. Pascal Jan aborde simplement des points précis des projets gouvernementaux qui pourraient leur faire rencontrer avec douleur, à nouveau, le chemin du conseil constitutionnel. Puisque c&#8217;est un expert qui parle, prenons la peine de le lire&#8230; Selon vous, les textes préparés par le gouvernement pourraient se heurter à des obstacles constitutionnels. Lesquels? Il y en a trois. Le premier concerne la parité. Aujourd&#8217;hui, on compte 49% de femmes élues dans les conseils régionaux et 13% dans les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<p><img class="alignleft" src="http://placedeletape.files.wordpress.com/2009/02/conseil-constitutionnel-entree1203756267.jpg" alt="" width="360" height="246" />C&#8217;est la thèse que je défends auprès de mes amis depuis de nombreux mois, texte à l&#8217;appui, et qui m&#8217;a fait me heurter parfois à certains d&#8217;entre-eux. Ayant pris la peine de lire, anoter des textes indigestes, d&#8217;en débattre avec des amis juristes ou responsables politiques, il apparaissait clair en effet que certains points des réformes en préparation ne pouvaient que rentrer en conflit direct avec la constitution.</p>
<p>C&#8217;est donc avec une certaine satisfaction que j&#8217;ai pu lire aujourd&#8217;hui dans les colonnes de l&#8217;express un entretien avec  Pascal Jan, vice-président du Cercle des Constitutionnalistes et professeur à l&#8217;IEP de Bordeaux. Il soulève directement plusieurs points  cruciaux que j&#8217;avais relevé et il met aussi l&#8217;accent sur un volet des métropoles que j&#8217;avais également perçu.</p>
<p>Pascal Jan aborde simplement des points précis des projets gouvernementaux qui pourraient leur faire rencontrer avec douleur, à nouveau, le chemin du conseil constitutionnel. Puisque c&#8217;est un expert qui parle, prenons la peine de le lire&#8230;</p></div>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong>Selon vous, les textes préparés par le gouvernement pourraient se heurter à des obstacles constitutionnels. Lesquels?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y en a trois. Le premier concerne la parité. Aujourd&#8217;hui, on compte 49% de femmes élues dans les conseils régionaux et 13% dans les conseils généraux. Avec l&#8217;institution du nouveau mode de scrutin cantonal à un tour prévu pour les futurs conseillers territoriaux, ce taux pourrait passer à 22%, ce qui marquerait un léger progrès dans les départements, mais un très fort recul dans les régions. Or, la Constitution, dans son article 1, dispose que &laquo;&nbsp;la loi favorise l&#8217;égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives.&nbsp;&raquo; Il y aurait là une contradiction évidente.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous estimez également que le projet de loi remet en cause l&#8217;identité des assemblées régionales et départementales&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout à fait. Le gouvernement prévoit donc de créer un conseiller territorial, qui siègerait à la fois comme représentant de la région et du département. Or, le département et la région sont inscrits de manière séparée dans la Constitution. Le Conseil constitutionnel pourrait donc considérer que la création du conseiller territorial unique contrevient à l&#8217;article 72 de la loi fondamentale, qui stipule : &laquo;&nbsp;Les collectivités territoriales de la République sont les communes, les départements, les régions, les collectivités à statut particulier et les collectivités d&#8217;outre-mer régies par l&#8217;article 74.&nbsp;&raquo; C&#8217;est le second point litigieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et quel est le troisième?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le projet de loi prévoit que les métropoles peuvent demander la délégation de compétences économiques aux départements (zones d&#8217;activité) et aux régions (aides aux entreprises) et qu&#8217;en cas d&#8217;absence d&#8217;accord dans un délai de 18 mois, ces compétences reviennent automatiquement aux métropoles. Cette disposition complexe contrevient selon moi au principe d&#8217;intelligibilité de la loi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En revanche, le scrutin à un tour ne vous paraît pas inconstitutionnel, contrairement à la position de certains de vos collègues&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non. Car si le Conseil constitutionnel en décidait ainsi, il tuerait purement et simplement la réforme alors qu&#8217;il a plutôt tendance à privilégier de simples corrections. Par ailleurs, cela reviendrait pour lui à constitutionnaliser un mode de scrutin, ce qu&#8217;il s&#8217;est toujours refusé de faire, pour laisser aux législateurs une grande liberté dans ce domaine. Pour ces deux motifs, je ne crois pas à une censure sur cette question.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lexpress.fr/region/la-reforme-des-collectivites-locales-inconstitutionnelle_843195.html" target="_blank">à lire ici</a></p>
</blockquote>
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		</item>
		<item>
		<title>Les socialistes s&#8217;opposent aux ventes à la découpe de l&#8217;éducation, réaffirmons l&#8217;impérieuse nécessité d&#8217;une laïcité intransigeante</title>
		<link>http://www.yannickserrano.fr/2009/10/08/les-socialistes-sopposent-aux-ventes-a-la-decoupe-de-leducation-reaffirmons-limperieuse-necessite-dune-laicite-intransigeante/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=les-socialistes-sopposent-aux-ventes-a-la-decoupe-de-leducation-reaffirmons-limperieuse-necessite-dune-laicite-intransigeante</link>
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		<pubDate>Thu, 08 Oct 2009 20:43:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Histoires Socialistes]]></category>
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		<description><![CDATA[J&#8217;avais écrit il y a quelques jours un article pour remercier Michèle Delaunay de son travail d&#8217;opposition sur la loi Carle. Avec plusieurs amis, du local au national et par des biais multiples, nous avons œuvré pour convaincre les députés socialistes de prolonger leur refus de la loi Carle par un indispensable recours devant le Conseil Constitutionnel. ne pas le faire eu été en effet un renoncement qui serait revenu à voter cette loi scélérate. Je crois que nous pouvons dire que nous avons remporté une forme de victoire. Toutes les associations et leurs représentants, tous les relais de défense de la laïcité, souvent discrets peuvent être remerciés de leur travail car ils ont eu à n&#8217;en pas douter une influence déterminante sur le choix des socialistes de solliciter l&#8217;avis du Conseil Constitutionnel sur la Loi Carle. Comme quoi le travail paye quelquefois. Je veux penser que chacun à notre niveau et selon nos moyens, nous avons été utiles. Il me semble que nous avons contribué également à aider les députés socialistes qui militaient en faveur de ce recours, isolés face à certains fileux. Ce soir, on peut rendre hommage aux parlementaires socialistes qui ont bataillé, notamment Michèle Delaunay. Elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">J&#8217;avais écrit il y a quelques jours un article pour remercier Michèle Delaunay de son travail d&#8217;opposition sur la loi Carle. Avec plusieurs amis, du local au national et par des biais multiples, nous avons œuvré pour convaincre les députés socialistes de prolonger leur refus de la loi Carle par un indispensable recours devant le Conseil Constitutionnel. ne pas le faire eu été en effet un renoncement qui serait revenu à voter cette loi scélérate.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-927" title="modification-loi-1905" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-content/uploads/2009/10/modification-loi-1905-300x268.jpg" alt="modification-loi-1905" width="300" height="268" />Je crois que nous pouvons dire que nous avons remporté une forme de victoire. Toutes les associations et leurs représentants, tous les relais de défense de la laïcité, souvent discrets peuvent être remerciés de leur travail car ils ont eu à n&#8217;en pas douter une influence déterminante sur le choix des socialistes de solliciter l&#8217;avis du  Conseil Constitutionnel sur la Loi Carle. Comme quoi le travail paye quelquefois. Je veux penser que chacun à notre niveau et selon nos moyens, nous avons été utiles. Il me semble que nous avons contribué également à aider les députés socialistes qui militaient en faveur de ce recours, isolés face à certains fileux.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce soir, on peut rendre hommage aux parlementaires socialistes qui ont bataillé, notamment Michèle Delaunay. Elle pourrait être inspirée de prolonger son engagement précieux par une conférence régionale &laquo;&nbsp;Laïcité 2009 : Renaissance de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale&nbsp;&raquo;, comme je le lui ai d&#8217;ailleurs suggéré. Les socialistes s&#8217;honoreraient à organiser un tel événement à Bordeaux avant la fin de l&#8217;année, cette ville est un haut lieu historique de certaines luttes,  un haut lieu des Lumières également. C&#8217;est une proposition que je fais donc ouvertement à la fédération du Parti Socialiste de la Gironde.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous le voyons bien, dans tous les domaines de la vie publique la laïcité est au cœur de l&#8217;actualité mais elle est aussi au cœur des attaques de la sphère publique. Notre vigilance ne doit pas diminuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sujet va très vite revenir parle biais du recours au conseil constitutionnel mais aussi par l&#8217;entremise de la mission parlementaire dite &laquo;&nbsp;sur la burqa&nbsp;&raquo;. Il est très important d&#8217;avoir des débats là dessus car ils peuvent nous éclairer, enrichir nos points de vue et nous faire appréhender certaines facettes d&#8217;un sujet que l&#8217;on pourrait négliger. J&#8217;ai moi-même évoluer sur cette question après des échanges avec certains associatifs, et élus. Au final, c&#8217;est Marc Blondel qui aura à priori scellé mon sentiment.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous livre son point de vue, essentiel selon moi.</p>
<div style="text-align: justify;">
<p><em>&laquo;&nbsp;La question du port de la Burqa dans la rue. Indiquons tout d’abord notre étonnement que l’on puisse discuter de ce vêtement sans débattre de tous les autres vêtements prescrits par les autres religions.</em></p>
<p><em>&laquo;&nbsp;il est indéniable que le port imposé de la burqa ou du niqab est un symbole de l’oppression. Mais en quoi le port de la soutane pour les prêtres, de la robe de bure pour les moines, de la robe et de la cornette pour les religieuses, du schtreimel, du spodik ou du caftan pour certains juifs est-il moins oppressif que le port de la burqa pour certaines musulmanes ?</em></p>
<p><em>Rappelons que ce sont toujours les dictatures qui ont voulu imposer un mode de vie et des modes vestimentaires. En 1872, le tsar </em><em>Alexandre II a interdit, en Pologne, alors sous occupation russe, le port des papillotes et des longs manteaux (costume traditionnel) pour les juifs. Le Code civil de Napoléon Ier interdisait le port du pantalon pour les femmes. De 1967 à 1974, la Grèce des colonels a interdit les cheveux longs et la minijupe. L’Histoire regorge de ces tentatives totalitaires de vouloir régenter la vie des gens.</em></p>
<p><em>Interdire le port de la burqa, dans la sphère privé, est attentatoire aux libertés individuelles et démocratiques. Il semble aussi que nous soyons désormais dans une logique qui tend à restreindre toujours davantage la liberté de comportement des personnes. La population est toujours davantage surveillée, contrôlée, fichée. L’Histoire montre aussi qu’en renforçant sans cesse les pouvoirs du Pouvoir, on diminue toujours les libertés démocratiques des citoyens, les Elus républicains que vous êtes, ne peuvent être insensibles à cet environnement.</em></p>
<p><em>Et maintenant, la puissance publique va décréter comment les gens doivent s’habiller dans la rue ? Notre pratique de l’engagement politique et militant nous conduit, ensuite, à nous interroger : Comment ferez-vous appliquer cette décision, en cas de refus des personnes ? Une telle décision est à la fois inapplicable et source d’affrontements considérables. Le rôle du</em> <em>législateur n’est pas d’allumer des brûlots, mais de permettre que chacun puisse vivre en paix, selon ses choix et ses éventuelles convictions.</em></p>
<p><em>Le concept ne doit jamais précéder la preuve. Récusons les acrobaties juridiques de ceux qui, voulant interdire la burqa, et la seule burqa, pour les femmes musulmanes, en viennent à inventer des catégories juridiques aussi fumeuses qu’inexistantes.</em></p>
<p><em>Ainsi, certains tentent de remplacer la notion de </em><em>« sphères » publique et privée par la notion </em><em>« d’espaces » public et privé. La loi de 1901 a codifié la sphère privée et la loi de 1905 a délimité la sphère publique. Cette tentative de substitution lexicale n’est pas neutre. Le mot <strong>sphère</strong> –qui en géométrie est une figure correspondant à une surface fermée et qui au sens figuré, est donc un domaine limité, une étendue restreinte. Alors que <strong>l’espace</strong>, philosophiquement, serait un milieu idéal indéfini ; par exemple, l’immensité de l’espace céleste ou le champ de l’imagination. L’espace est indéfini par nature. En inventant, littéralement, la notion d’espace public dans lequel devrait s’appliquer la laïcité, uniquement d’ailleurs pour les musulmanes, on élargit tellement le principe de laïcité qu’on le rend inopérant. En étant partout, la laïcité ne serait plus nulle part. La laïcité est une frontière, avec de telles dispositions, on abolirait cette frontière qui est garante de la liberté de conscience pour tous.</em></p>
<p><em>Cela serait appliquer la définition théologique du Saint-Esprit à la nécessaire séparation des Eglises et de l’Etat : </em><em>« la circonférence est nulle part, le noyau partout et l’Esprit souffle où il veut .&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Rappelons quelques principes essentiels</span> :<br />
<img style="height: 11px; width: 8px;" src="http://www.fnlp.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11" /> La laïcité n’est pas une philosophie ni un art de vivre, sinon elle s’apparenterait à une religion, c’est un mode d’organisation politique des institutions. Elle vise, par la séparation des Églises et de l’État (loi de 1905), à distinguer institutionnellement le domaine de l’Administration et des services publics du domaine privé de la vie des citoyens.<br />
<img style="height: 11px; width: 8px;" src="http://www.fnlp.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11" /> La laïcité, comme principe politique d’organisation, s’applique aux institutions et non aux individus. C’est cette claire distinction, mise en œuvre par la loi sur la liberté d’association du 1er juillet 1901, et par la Loi du 9 décembre 1905 qui garantit la non-ingérence des conceptions métaphysiques dans le domaine public pour mieux garantir la liberté d’opinion et de comportement dans le domaine privé.</p>
<p>Dans cette acception, il est logiquement républicain et laïque d’interdire tout signe d’appartenance religieux à l’École publique et pour les agents du service public. C’est ce qu’ont fait la loi Goblet de 1886, la Loi de 1905 et les circulaires Jean Zay de 1936 et 1937. En revanche, la loi n’a pas à dicter les modes vestimentaires dans le domaine privé, ou tout autre comportement, tant que ceux-ci ne sont pas une menace pour la vie d’autrui.</p></div>
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		<title>Place à l&#8217;enseignement confessionnel, adieu laïcité</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 21:41:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je voudrais rendre ce soir un vibrant hommage à une députée que l&#8217;histoire parlementaire retiendra bien au-delà des &#171;&#160;minutes&#160;&#187; que les archives nationales lui consacreront. Sur un sujet difficile et requérant tout à la fois sens technique, sens politique et verbe juste, elle démontré qu&#8217;elle possédait la fibre des grands parlementaires. Mieux, l&#8217;espace d&#8217;un débat, elle a justifié, s&#8217;il en était besoin, que ses électeurs pouvaient être fiers de leur frêle bout de femme à la gouaille bien arrimée. Je veux parler de Michèle Delaunay, députée socialiste de la Gironde. Elle est assurément une solide parlementaire d&#8217;une République qui pourrait presque espérer en posséder davantage face aux innombrables godillots qui ont voté un texte inique pour l&#8217;éducation républicaine et la laïcité. La Loi Carle, adoptée dans l&#8217;anonymat médiatique au Sénat comme à l&#8217;Assemblée Nationale, n&#8217;a fait la &#171;&#160;une&#160;&#187; d&#8217;aucun quotidien, elle n&#8217;a été traitée dans aucun grand journal télévisé du soir et pourtant elle fait basculer notre République dans un système de reconnaissance et de financement de l&#8217;enseignement qui se veut désormais &#171;&#160;équitable&#160;&#187; entre le public et le privé. J&#8217;espère que mes lecteurs sauront mesurer la portée du mot &#171;&#160;équitable&#160;&#187; car il s&#8217;agit bien d&#8217;une révolution de velours qui s&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright" src="http://www.yagg.com/wp-content/uploads/2009/01/woman.jpg" alt="" width="301" height="450" />Je voudrais rendre ce soir un vibrant hommage à une députée que l&#8217;histoire parlementaire retiendra bien au-delà des &laquo;&nbsp;minutes&nbsp;&raquo; que les archives nationales lui consacreront. Sur un sujet difficile et requérant tout à la fois sens technique, sens politique et verbe juste, elle démontré qu&#8217;elle possédait la fibre des grands parlementaires. Mieux, l&#8217;espace d&#8217;un débat, elle a justifié, s&#8217;il en était besoin, que ses électeurs pouvaient être fiers de leur frêle bout de femme à la gouaille bien arrimée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je veux parler de <a href="http://www.michele-delaunay.net/delaunay/index.php" target="_blank">Michèle Delaunay</a>, députée socialiste de la Gironde. Elle est assurément une solide parlementaire d&#8217;une République qui pourrait presque espérer en posséder davantage face aux innombrables godillots qui ont voté un texte inique pour l&#8217;éducation républicaine et la laïcité.</p>
<p style="text-align: justify;">La Loi Carle, adoptée dans l&#8217;anonymat médiatique au Sénat comme à l&#8217;Assemblée Nationale, n&#8217;a fait la &laquo;&nbsp;une&nbsp;&raquo; d&#8217;aucun quotidien, elle n&#8217;a été traitée dans aucun grand journal télévisé du soir et pourtant elle fait basculer notre République dans un système de reconnaissance et de financement de l&#8217;enseignement qui se veut désormais &laquo;&nbsp;équitable&nbsp;&raquo; entre le public et le privé. J&#8217;espère que mes lecteurs sauront mesurer la portée du mot &laquo;&nbsp;équitable&nbsp;&raquo; car il s&#8217;agit bien d&#8217;une révolution de velours qui s&#8217;est jouée dans les velours du parlement avec d&#8217;innombrables complices tempétueux ou silencieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Michèle Delaunay a su s&#8217;emparer avec un rare brio d&#8217;un sujet dont pourtant des personnalités mieux qualifiées qu&#8217;elles à priori auraient pu ou dû se faire les portes parole. Mais comme il ne semble plus guère à la mode de parler de laïcité depuis que Nicolas Sarkozy s&#8217;est accordé le droit de la requalifier de &laquo;&nbsp;positive&nbsp;&raquo; et que les chantres de sa défense sont devenus atones, Michèle Delaunay a su remarquablement reprendre le flambeau du socialisme et du sens républicain. Elle en a presque réveillé son camarade Jean Glavany, très discret jusque là.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous épargnerai les références que j&#8217;ai déjà traitées, je vous laisserai, en bons espions avisés, effectuer une enquête méthodique en commençant par ce blog.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alors Michèle, je salue tes convictions, ta force, ton sens du devoir et ton à propos.Espérons que les parlementaires de gauche trouveront maintenant la force de déposer le recours qui s&#8217;impose devant le conseil constitutionnel.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Voici le compte-rendu de son intervention. </strong><strong>(très long</strong></em> <strong>mais très&#8230; instructif)</strong><img title="Lire la suite…" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gif" alt="" /> <span id="more-908"></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Parité de financement entre écoles publiques et privées pour l’accueil des élèves hors de leur commune de résidence</strong></span></p>
<p><!-- ZZTAGZZ  BIBARD_13_1319  --></p>
<p style="text-align: center;"><em><strong>Discussion d’une proposition de loi adoptée par le Sénat (dite Loi Carle) et validée par le Gouvernement</strong><br />
</em></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Madame Michèle Delaunay</span> :<br />
</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission des affaires culturelles, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, c’est avec un grand sens de la responsabilité que les députés socialistes, radicaux et citoyens abordent ce texte relatif au financement des écoles élémentaires privées accueillant des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence. Avec un grand sens de la responsabilité, mais aussi avec pragmatisme. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Beaucoup d&#8217;entre nous gèrent une commune ou une collectivité. Tous connaissent à la fois le prix et le coût de l&#8217;enseignement. Tous en connaissent aussi l&#8217;importance décisive, pour le présent et pour le futur. Être pragmatique signifie pour eux éprouver chaque jour l’impérieuse nécessité de la mixité scolaire, si nous ne voulons pas voir notre équilibre social nous exploser à la figure dans un délai très court. Tous enfin sont guidés par un grand sens de la responsabilité mais aussi par la conscience de ce qui est à la base de leur engagement : le service de la République.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tous, sur ces bancs, nous savons que l’école est, avec la santé et la justice, l’un des trois piliers de notre système politique, l’un des piliers de notre « vivre ensemble » et la clef de notre avenir. Pour notre part, nous voulons que, sans avoir à employer de mots, tous les Français, et d&#8217;abord les plus jeunes, le sachent aussi.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deux pages, trois articles et un titre presque aussi long que le texte lui-même : c&#8217;est toujours un signe… Ce qui se conçoit bien s&#8217;énonce clairement, mais surtout rapidement. Ce titre de neuf lignes ne dit rien d&#8217;autre que l&#8217;ambiguïté de ce texte, qu&#8217;une fois de plus vous présentez non comme un projet mais comme une proposition de loi, ce qui n&#8217;est pas insignifiant.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Juste mise en adéquation des textes aux faits ou texte fondamentalement, radicalement politique, cachant derrière chaque point-virgule une possible et dangereuse évolution de notre système scolaire ? Vous le savez : quand on s&#8217;interroge, c&#8217;est bien souvent qu&#8217;on a déjà répondu. Et sur tous ces bancs – nous l&#8217;avons constaté en commission – la réponse est finalement semblable, même si elle ne conduit pas toujours à la même attitude.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deux pages et trois articles, mais derrière eux un siècle et demi d&#8217;histoire, qu&#8217;il ne s&#8217;agit ni de ranimer ni de raviver, mais seulement de comprendre au regard des enjeux d&#8217;aujourd&#8217;hui, qui sont, permettez-moi de vous le dire, radicalement différents de ceux qui, en 1959, ont présidé à la rédaction de la loi Debré : cinquante ans ont passé.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;histoire ne me retiendra pas longtemps car, dans cet hémicycle, nous la connaissons, même si ce n&#8217;est plus le cas de tous nos concitoyens. De cette histoire, je ne retiendrai donc que quelques repères pour que ceux qui nous entendent ou qui nous liront au-delà de la demi-circonférence de notre assemblée puissent en situer les avancées ou les reculs.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La loi Debré de 1959 définit, d’une part, des établissements publics et, d’autre part, des établissements privés conventionnés, financés par l&#8217;État et liés par contrat avec lui sous réserve d&#8217;obligations. La loi Guermeur fixe en 1977 une contribution forfaitaire versée par les communes par élève et par an. Puis, en 1985, une disposition prise au Sénat pose le principe de la participation de la commune de résidence aux frais de scolarité dans une école publique d’une autre commune, sans arbitrage préfectoral en cas de désaccord du maire. Jusqu&#8217;en 2004, donc, la possibilité de financement concernant les enfants non résidents se fait par convention.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;article 89 de la loi du 13 août 2004, né d&#8217;un malentendu, l&#8217;intention de son auteur étant tout autre que son application, est relatif à la prise en charge par les communes des frais de fonctionnement des classes élémentaires hors du territoire de résidence des enfants. Cet article – beaucoup s’en souviennent – a été adopté comme « réputé conforme » sans avoir été examiné par les députés. Il institue une obligation de financement du privé à hauteur du public ; il prévoit une intervention du préfet à défaut d&#8217;accord entre les communes ; aucune référence n&#8217;est faite à des conditions limitatives alors qu&#8217;elles existent pour le public.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous le savez, le décret d&#8217;application n&#8217;est jamais sorti, mais une simple circulaire – deux en réalité, en 2005 et 2007 – ne levant en aucun cas les ambiguïtés. Le Conseil d&#8217;État n&#8217;a d’ailleurs toujours pas statué sur la dernière de ces circulaires.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous n&#8217;ignorez pas non plus que, le 28 février 2008, le tribunal administratif de Dijon a annulé une délibération du conseil municipal de Semur-en-Brionnais qui avait refusé de participer aux frais de scolarisation de trois enfants résidant dans la commune mais inscrits dans une école élémentaire privée sous contrat située sur le territoire d&#8217;une autre commune.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La commune invoquait, d&#8217;une part, l&#8217;absence d&#8217;accord préalable de son maire et, d&#8217;autre part, l&#8217;existence dans sa commune d&#8217;une garderie et d&#8217;une cantine. Le tribunal administratif lui a donné tort, considérant que la notion de capacité d&#8217;accueil suffisante ne pouvait être retenue dans la mesure où les établissements privés ne sont pas soumis à la carte scolaire et sont choisis principalement en fonction de leur caractère propre. Il existe donc bien une divergence d&#8217;interprétation, qui suscite plus que de simples inquiétudes et a des conséquences lourdes et tangibles.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le sort d&#8217;un article fondé sur un malentendu et ne répondant pas aux intentions de son auteur, à l&#8217;origine de circulaires ambiguës sur lesquelles le Conseil d’État n&#8217;a toujours pas tranché et ouvrant la voie à des contentieux, même si ceux-ci sont dans la pratique peu nombreux, n&#8217;est il pas purement et simplement d&#8217;être abrogé ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous l&#8217;avons proposé à deux reprises, dont la dernière en novembre 2007 par la voix de Jean Glavany, dont je salue le travail. Vous avez, comme chaque fois, refusé de débattre sur cette proposition de loi et opposé une fin de non-recevoir. Vous ne faites mine aujourd’hui d&#8217;entendre notre demande qu&#8217;en l&#8217;incluant dans une proposition de loi qui, au contraire, en confirme le principe ; est-ce loyal ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais revenons au texte et à son titre. Dans le titre même de cette proposition de loi, on parle de parité entre écoles privées et écoles publiques. Où avez vous vu que cette parité soit une obligation constitutionnelle ? Quel sens donnez-vous à ce mot : égalité de droits ? de devoirs ? de chiffres ? Il n’y a de parité qu’à égalité d’obligations et de charges.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je prendrai un exemple à Bordeaux, où le manque d’équipements sportifs se fait cruellement sentir. L’enseignement privé, qui bénéficie de l’usage des équipements sportifs publics a-t-il l’obligation, en cas de carence du public, de mettre à disposition des enfants ses salles de sport et ses équipements ? Non !</strong></p>
<p><strong>Cette dissymétrie dément ce que vous affirmez ! Mais retenons ce mot de parité. La loi satisfait-elle à ce principe ? Trouvons-nous point par point cet équilibre des formes que vous réclamez ? </strong></p>
<p><strong>C’est précisément au nom de cette parité que nous réclamerons que l’avis du maire soit requis avant que le financement soit acté.</strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. C’est anticonstitutionnel !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. Ah bon ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Quelle justification, monsieur le député, pouvez-vous avancer pour ne pas l&#8217;exiger pour une école privée, quand cette obligation existe pour une école publique ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. La liberté !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. La liberté de qui ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Je connais la réponse : rien ne peut entraver la liberté de l&#8217;enseignement. Mais pourquoi dans un cas et pas dans l’autre ? C’est une simple affaire de logique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et surtout, comment pouvez-vous ainsi acter la rupture de l&#8217;école avec la République ? Comme l’hôpital, l&#8217;école publique, laïque et républicaine accueille tous les enfants sans distinction, quels que soient leur milieu social, les revenus et le statut de leurs parents, leur religion ou leur capital culturel, au sens où Bourdieu l&#8217;entend. L&#8217;école privée, non.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. Elle est soumise aux mêmes obligations !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Ou, si elle le fait, elle le fait en pratiquant une forme de ségrégation, sans doute non intentionnelle, mais effective.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. Pas du tout ! (Protestations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. On y retrouve d’un côté les élèves issus de milieux aisés et de l&#8217;autre – c&#8217;est-à-dire dans d&#8217;autres écoles – ceux issus de milieux défavorisés, orientés vers des établissements dits d&#8217;insertion.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette proposition de loi essaie de nous faire accroire que financer à parité la scolarisation dans le public ou le privé est un devoir. Mais soyons clairs : la parité n&#8217;a ici aucun fondement juridique. En arrivera-t-on un jour à rembourser les notes de taxi de ceux qui n&#8217;aiment pas prendre le bus ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ce sont les inégalités déjà réelles, parfois criantes en matière d&#8217;éducation que nous risquons encore d&#8217;aggraver. Ce serait, à Bordeaux, ne pas éduquer à Caudéran comme dans le quartier du Grand-Parc, comme si d&#8217;un côté l&#8217;éducation était une exigence et de l&#8217;autre une simple possibilité… Telles sont les conséquences que pourrait avoir votre proposition de loi.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Même si ce principe – non constitutionnel – de parité était appliqué, l’enseignement privé ne devrait en aucun cas percevoir plus pour son fonctionnement que l’enseignement public : je vous invite, mes chers collègues de droite, à relire la loi Debré de 1959.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Aujourd’hui, c’est pourtant le cas : le secteur privé en zone d’éducation prioritaire bénéficie de 100 postes supplémentaires, alors que le public en reçoit 167. Si ce principe de parité, dont vous usez et abusez, était respecté, c’est de 383 postes supplémentaires que l’enseignement public devrait bénéficier !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ce que vous organisez en réalité avec ce texte, c’est tout simplement le glissement progressif de la loi vers le chèque scolaire – je parodie, vous ne m’en voudrez pas, le beau titre d’Alain Robbe-Grillet.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Où allons-nous, en effet, s’il n’y a aucune limitation, aucune référence, je dirais même aucune démarche officielle à faire pour obtenir le financement de la République pour la scolarisation de son enfant – sinon vers la remise d’un chèque, d’un pass-éducation, une sorte de ticket-restaurant du savoir, et dans bien des cas, de l’ignorance ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Marie-Odile Bouillé et M. Pascal Deguilhem</span>. Exactement !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Qui bientôt saura que la scolarisation est obligatoire, que c’est un devoir autant qu’un droit ? Qui saura que ce devoir n’a pas été instauré par une communauté, religieuse ou pas, ou par une entreprise à fins lucratives, mais par la République – et que celle-ci en assure la charge du fait même qu’elle est la République ? Est-ce que bientôt un distributeur, aux couleurs de quelque sponsor, viendra délivrer ce chèque ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais surtout, comment ne pas prendre en pleine figure le parallélisme de cette proposition de loi avec le texte de la loi portant réforme de l’hôpital – sans pour autant jamais en prononcer le nom ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La démarche est, hélas ! similaire : en cas de « carence » de l’école publique –ce mot est bien souvent utilisé aujourd’hui – on ne comble pas cette carence, mais on transfère la demande et les moyens vers l’école privée. Allons plus loin. Il ne s’agit même plus de combler la carence, mais de l’organiser : des milliers d’emplois ont été détruits dans le secteur public de l’éducation ; c’est un plan social pire encore que celui qu’a subi le ministère de la défense.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment le maire d’une petite commune qui se débat pour conserver son école, ses classes, après son bureau de poste, peut-il accepter cet aspirateur à élèves qu’est l’obligation de financer le départ des enfants qui en auront les moyens vers l’école privée voisine ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment un maire de banlieue, qui se bat pour maintenir un équilibre social dans sa commune et un équilibre scolaire dans ses classes, peut-il accepter cet aspirateur à enfants « les plus nantis », comme on dit ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je n’ai aucunement l’intention d’attaquer de quelque manière dogmatique que ce soit cette politique que pourtant je réprouve. J’espère simplement, chers collègues, que vous prendrez conscience du danger de cette loi.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je suis pourtant obligée de constater, depuis 2002, une série d’actions contre l’école publique, en faveur du privé. Depuis 2002, le Gouvernement a supprimé plus de 50 000 postes dans les écoles publiques ; il a supprimé la carte scolaire, mettant à mal la mixité sociale ; il menace la maternelle ; il abandonne l’éducation prioritaire ; il offre aujourd’hui des subventions au secteur privé pour qu’il s’installe dans les quartiers défavorisés : une dotation spécifique, avec la création de cent emplois supplémentaires pour les établissements privés situés dans les zones défavorisées, a en effet été créée par le plan « Espoir Banlieues » de Fadela Amara.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Savez-vous vraiment où vous allez ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Oui, encore une fois, je parlerai du transfert du public vers le privé, au détriment des parents et des enfants. Dans la pratique, ce que nous voyons, c’est la facilitation de l’évasion scolaire : des maires qui se battent bec et ongles pour maintenir leurs classes sont condamnés à financer ceux qui désertent ces classes, risquant ainsi d’en entraîner la fermeture.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Parlons chiffres : 30 à 40 % des élèves du privé, soit 400 000 élèves, sont aujourd’hui scolarisés dans une école implantée hors de leur commune. Le forfait communal peut varier de 400 à 1 500 euros. Ainsi, la somme globale versée par les communes à l’enseignement privé pourrait s’élever à 500 millions d’euros. Et qui dit que cette somme ne s’accroîtra pas ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. C’est totalement inexact !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Bérengère Poletti</span>. Et c’est un connaisseur qui parle !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Je sais que certains d’entre vous, à droite de cet hémicycle, sentent les risques que nous prenons. Je sais que vous êtes plusieurs à penser, notamment lorsque vous êtes maires d’une petite commune : « J’ai passé vingt-six ans à lutter contre l’évasion scolaire. Dans ma circonscription, les deux collèges dont la capacité d’accueil est de 1 000 élèves n’en reçoivent plus que 400. » Et je pourrais vous donner, hélas ! plusieurs exemples bordelais de situations similaires.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Enfin, nous ne pouvons ne pas nous interroger sur les intérêts cachés, et pourtant réels, de cette proposition de loi. L’enseignement privé y est-il fortement favorable au nom de l’intérêt général, au nom de valeurs religieuses, au nom de la volonté de faire mieux que le service public – ou au nom d’une logique libérale visant le profit ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Permettez-moi de vous citer monseigneur Claude Dagens qui disait en 2007, en parlant autant, d’ailleurs, de l’éducation que de la santé : « Il n’y a plus de sens pour que l’Église occupe ce terrain, sinon au risque de se laisser instrumentaliser au service d’une logique de privatisation, en mettant à la disposition des privilégiés des systèmes privés de soins ou d’éducation dont l’inspiration catholique n’est plus qu’une source d’inspiration lointaine, et finalement inopérante, qui risque de produire un contre-témoignage. » Qui peut rester indifférent à ce regard aiguisé d’un homme d’Église sur ce qui est en train de se passer dans notre société, et, ajoutons-le, dans l’Église ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chers collègues de la majorité, vous avez déposé des amendements similaires aux nôtres, exigeant en particulier l’accord du maire préalablement au financement de la scolarisation hors résidence. Vous confirmez ainsi que la meilleure réponse aux problèmes de notre école serait la suppression pure et simple de l’article 89, sans autre faux compromis.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je vous demande donc, au nom de la République qui nous réunit, au nom de ses principes, de retirer cette proposition de loi qui n’a pas lieu d’être parce qu’elle dément la force que pourrait avoir l’abrogation pure et simple de l’article 89, parce qu’elle est excessivement coûteuse à terme et dangereuse pour notre pacte social. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale.</span> Madame, la députée, je voudrais d’abord rappeler que la parité est prévue par la loi Debré de 1959, que j’ai eu l’occasion d’évoquer tout à l’heure. Elle est la conséquence du libre choix, qui est garanti par la Constitution. C’est dans cet esprit que cette proposition de loi a été élaborée et qu’elle vous est aujourd’hui proposée.</p>
<p>Je ne peux pas laisser dire que cette proposition reviendrait en quelque sorte à mettre à disposition de l’enseignement privé des chèques en blanc adressés pour paiement aux communes, qui auraient à financer coûte que coûte, sans limitation… (Protestations sur les bancs du groupe SRC.) C’est ce que vous avez dit, madame la députée, et c’est ce qui justifie mon intervention.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand.</span> On va y revenir !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale.</span> Le texte encadre très précisément les cas où les communes auront à régler le financement de la prise en charge par l’enseignement privé d’un élève qui réside sur leur territoire. Ces cas sont très précis, et ce sont les mêmes que pour l’enseignement public. Il y a donc parité stricte, et il n’y a pas de fuite en avant qui amènerait les maires, désormais, à payer systématiquement pour les élèves scolarisés dans l’enseignement privé.</p>
<p>M. Pascal Deguilhem. Sauf que…</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Luc Chatel</span>, <span style="text-decoration: underline;">ministre de l’éducation nationale</span>. Il n’est pas non plus possible de laisser dire qu’il n’y a pas parité – suivant un rapport 80/20, puisque tel est la proportion entre l’enseignement public et l’enseignement privé dans notre pays – pour les créations et les suppressions de postes. Nous respectons systématiquement la proportionnalité. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. C’est faux, absolument faux !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale</span>. Monsieur Glavany, nous respectons strictement ce rapport à la fois pour les créations comme pour les suppressions de postes !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. C’est faux !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale</span>. Dans le cadre du plan « Espoir Banlieues » de Mme Amara, donc dans le cadre d’une dotation globale nationale, l’enseignement privé a choisi de créer un certain nombre de postes dans les zones urbaines sensibles, les zones d’éducation prioritaire. C’est sa liberté ! Mais au total, le rapport 80/20, dans les créations comme dans les suppressions, est respecté.</p>
<p>Vous évoquez enfin la casse sociale de l’éducation ; j’aimerais simplement vous rappeler deux ou trois chiffres. D’abord, le budget de l’éducation nationale n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui : c’est le premier budget de l’État…</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Heureusement !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale</span>. …et il est en progression, dans un contexte budgétaire que vous connaissez tous. (Exclamations sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p>{&#8230;}</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Monsieur le ministre, nous aurons la discussion sur l’importance de l’effort consenti pour l’éducation au moment de l’examen du budget. Le seul regret que je puisse exprimer cet après-midi, c’est que si le budget de l’éducation nationale est le premier et le plus important de la nation, il aurait été bon de le discuter dans l’hémicycle et non dans une commission, un peu à la va-vite.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, je ne suis pas un constitutionnaliste mais il me semble que ce n’est ni la parité, ni le libre choix qui est inscrit dans la Constitution de notre pays, mais la liberté de l’enseignement, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, et nous verrons d’ailleurs quelles peuvent être les conséquences de cette nuance.</p>
<p style="text-align: justify;">J’en viens à l’explication de vote sur la motion qu’a brillamment défendue Mme Delaunay.</p>
<p style="text-align: justify;">Au départ de cette histoire, il y a un amendement, appelé amendement Charasse, qui tentait d’apaiser et même, autant que faire se peut, de régler les rapports entre l’enseignement public et l’enseignement privé. Mais cet amendement a été détourné de son objet, comme le reconnaît d’ailleurs son auteur. Et la machine s’est emballée.</p>
<p style="text-align: justify;">Le seul moyen de retrouver des rapports normaux entre enseignement public et enseignement privé – notamment pour que les maires puissent gérer leurs propres finances et favoriser la scolarisation dans des écoles qui, en dehors des enseignants, relèvent de leurs compétences – aurait été de supprimer l’article 89 de la loi de 2004. Vous avez refusé cette proposition, dont l’initiative revenait à notre collègue Jean Glavany. Pire, par le biais d’une proposition de loi du sénateur Jean-Claude Carle, vous reprenez aujourd’hui cet article 89, pour l’aggraver sur certains points.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour régler le problème, je vous demande, au nom du groupe que je représente cet après-midi, d’accepter que nous redéposions ensemble une proposition de loi tendant à supprimer l’article 89 ou, à tout le moins, de voter cette motion de rejet préalable.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. La parole est à M. Jacques Desallangre, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera cette motion parce qu’elle tend à écarter un texte hypocrite, un texte qui cadenasse, afin de le sécuriser juridiquement, une loi précédente. Au nom d’une égalité que l’on bafoue, le but est de financer l’école privée, de l’aider à mieux réduire les moyens de l’école publique, l’école de la République, celle qui accueille tous les enfants sans distinction d’origine sociale, de moyens, de confession.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous dites vouloir clarifier les règles et aider les collectivités locales mais, pour cela, vous proposez d’ôter à ces collectivités toute intervention dans la recherche d’une justification de la demande de dérogation par exemple.</p>
<p>Non, l’école privée et l’école publique n’ont pas le même rôle, les mêmes références, elles sont différentes et les traiter différemment n’est pas une offense faite au respect du principe d’égalité.</p>
<p>La proposition de loi qui nous est soumise organise le soutien dissimulé, mais bien effectif, à l’école privée, alors que c’est l’école publique qui, aujourd’hui, a un besoin urgent, significatif, de l’aide de l’État. Nous réclamons cette aide au nom des valeurs de la République et nous voterons donc la motion de rejet préalable.</p>
<p>{&#8230;}</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. <strong>On demande souvent au Gouvernement de faire preuve de sagesse. J’aimerais que les socialistes retrouvent la sagesse de leurs collègues sénateurs qui ont porté un autre regard sur ce texte.<br />
</strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Si nos amendements sont adoptés, nous verrons !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. Ils l’ont abordé dans un esprit d’ouverture qui aujourd’hui vous fait un peu défaut – mais peut-être allez-vous vous ressaisir au fil de la discussion.</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, le groupe Nouveau Centre votera contre cette motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. La parole est à M. Jacques Pélissard, pour le groupe de l’Union pour un mouvement populaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. J’ai écouté attentivement Mme Delaunay. Et très franchement, je n’ai relevé dans ses propos aucun argument qui milite en faveur de la motion de rejet.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, tous les principes auxquels nous sommes attachés, la liberté de choix des parents, la parité de traitement…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Michel Ménard.</span> Elle n’est pas respectée !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay.</span> Eh non ! Vous ne m’avez pas écoutée.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. …y compris dans l’application de l’article L.212-8 du code de l’éducation nationale, et enfin la concurrence (« Ah ! » sur les bancs du groupe SRC.) équilibrée entre l’école publique et l’école privée, sont au rendez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. La concurrence, vous l’avez dit !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. Mais oui !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pascal Deguilhem</span>. Quel aveu !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. « Je me suis aperçu qu’un certain nombre de maires de communes de résidence incitaient les familles à envoyer leurs enfants à l’école privée de la commune voisine pour éviter le paiement de la participation. » Voilà ce que disait Michel Charasse en juillet 2004.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Vous n’avez que Michel Charasse comme référence ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. L’idée est d’avoir un dispositif équilibré, qui préserve la liberté et la parité.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces conditions, la motion de rejet ne peut être que repoussée. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;"><em>(La motion de rejet préalable, mise aux voix, n&#8217;est pas adoptée.)<br />
Discussion générale</em>
</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. Dans la discussion générale, la parole est à M. Yves Durand.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Monsieur le ministre, monsieur le rapporteur, on aurait pu espérer que ce texte fut un texte d’apaisement – comme d’ailleurs avait voulu l’être l’article 89 …</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany.</span> Cherchez l’erreur !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. …avant qu’il ne soit, malheureusement, dévoyé – mais la proposition de loi qui nous est transmise par nos collègues sénateurs ne me paraît pas aller dans ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord, parce que si l’on respecte l’esprit de la loi de 1959, dite loi Debré, que l’on ait été pour ou contre à l’époque, on doit considérer, monsieur Pélissard, que l’enseignement public et l’enseignement privé ne sont pas concurrents.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Robert Lecou</span>. Absolument !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. Ils font partie du service public d’éducation, chacun de leur côté, avec les mêmes droits, et normalement, si le mot « parité » a un sens, les mêmes devoirs.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Ce qui n’est pas le cas.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. En effet, ce n’est pas le cas. Premier problème, essentiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette proposition de loi ne va pas non plus dans le sens de l’apaisement parce que, au-delà des rapports entre l’enseignement privé et l’enseignement public, que nul ne veut envenimer – personne ici ne songe à rallumer une guerre scolaire qui a été largement évacuée –, la question est bien de donner à l’institution scolaire, publique et privée, les moyens de permettre l’égalité des chances dans toutes les communes. Or cette proposition de loi contient deux dispositions qui vont totalement à l’encontre de cet objectif.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>D’une part, cette proposition de loi organise ce que j’appellerai l’exode scolaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Bien sûr !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Désormais, il n’y aura plus de véritable contrainte puisqu’il n’y aura plus besoin de l’accord du maire. Les trois autres contraintes pour justifier des dérogations scolaires, à savoir les raisons médicales, le fait que les parents travaillent ailleurs et la scolarisation du frère ou de la sœur dans l’autre commune ne sont guère significatives : en tant que maire, je reçois dix demandes tous les jours. Dès lors, les parents qui voient leur école rurale ou périurbaine devenir de plus en plus petite…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay.</span> De plus en plus pauvre.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. …et de plus en plus pauvre, vont vouloir mettre leurs gosses dans la commune voisine, plus urbaine, où ils travaillent le plus souvent. Ainsi, vous allez assécher, désertifier des écoles rurales qui sont pourtant le seul endroit où un lien social entre les enfants peut encore se tisser.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Très juste !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Il en sera de même dans les quartiers de banlieue dits défavorisés. Des classements d’écoles se baladent un peu partout, vous le savez. Nous assisterons à un assèchement parce que les meilleurs éléments des écoles de ces quartiers défavorisés, pour lesquelles les maires s’efforcent de garder l’excellence, vont partir dans les écoles de centre-ville, sachant que, derrière, il y a le collège, le lycée et tout le cursus scolaire qui permet, paraît-il, une meilleure réussite des enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous me dites, monsieur le ministre, que c’est pareil dans le public. Certes, à la différence notable que l’accord du maire ne figure pas, pour le privé, dans la proposition de loi sénatoriale.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette première atteinte à la parité est d’autant plus grave que vous avez supprimé la carte scolaire, ce qui renforce la possibilité d’exode des élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">En second lieu, vous allez encourager ce qui est peut-être le pire ennemi de l’école : le développement du consumérisme scolaire chez beaucoup de parents.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay.</span> Très juste !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand.</span> À partir du moment où l’accord du maire n’est plus requis, vous créez un lien immédiat entre la famille et l’établissement et non plus entre la famille et l’établissement par l’intermédiaire d’un représentant de la République, en l’occurrence le maire.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Exactement !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Cela favorisera inéluctablement le développement du consumérisme scolaire. On choisira son établissement comme on le veut, à la carte. Mme Delaunay a dénoncé à juste titre la perspective du « chèque scolaire », qui figurait d’ailleurs dans le programme d’un certain candidat à l’élection présidentielle. Cette idée, qui était dans les têtes, va commencer à se concrétiser dans les textes.</p>
<p style="text-align: justify;">La proposition de loi partait d’une bonne intention, je veux bien l’admettre, ce qui a sans doute influencé nos collègues sénateurs, du moins certains d’entre eux,…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Michel Ménard</span>. Je ne le crois pas !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Ils sont candides !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. …mais il suffit de la mettre en perspective avec d’autres mesures comme la suppression de la carte scolaire pour s’apercevoir qu’elle risque, sinon de rallumer la guerre séculaire entre le public et le privé qui fait partie de l’histoire de la République mais qui, aujourd’hui, parce que tout le monde y a mis du sien, s’est éteinte,…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Robert Lecou</span>. Très bien !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand.</span> …au moins de détruire le seul endroit où, quel que soit le quartier, quelle que soit la commune, tous les enfants peuvent se retrouver, se réunir, travailler ensemble, se comprendre. Cette base même du vivre ensemble est pourtant le fondement de notre République.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pourquoi, au-delà du public et du privé, ce texte est particulièrement grave, et voilà pourquoi nous pensons voter contre – nous aviserons au terme de la discussion. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, avant d’aborder à proprement parler la proposition de loi relative au financement de l’école privée, je souhaite vous soumettre une question relative au travail parlementaire et tenant plus particulièrement à l’application de l’article 40 de la Constitution. Nous subissons depuis des années dans l’opposition l’application draconienne de cet article qui censure nos propositions et nos amendements avant même que nous n’en débattions au fond. Le Gouvernement et la majorité nous l’opposent sans savoir si nos propositions sont légitimes et judicieuses.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque la question de la revalorisation du rôle du Parlement s’est posée, nous avons proposé l’abrogation de l’article 40 afin de donner à l’initiative parlementaire toute son ampleur. Vous avez rejeté notre demande. Aujourd’hui, les propositions de loi émanant de la majorité se multiplient. L’article 40 trouve ainsi une seconde jeunesse, car il devrait aussi s’appliquer, dans toute sa rigueur, à vos propositions.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais vous semblez bénéficier de passe-droits. En effet, bien que directement contraire à l’article 40 de la Constitution, cette proposition de loi a miraculeusement passé sans encombres la première lecture.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay.</span> Très juste !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. <strong>Le Sénat aurait dû relever cette inconstitutionnalité et déclarer irrecevable son article 1er, qui établit une contribution de la part des communes. Il s’agit donc bien – je cite l’article 40 – de « la création ou l’aggravation d’une charge publique ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Eh oui !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. L’article 1er n’est donc pas constitutionnellement recevable. Mais vous avez bénéficié de la cécité momentanée de la commission des finances du Sénat qui a fait comme s’il n’en était rien. J’ai donc saisi le président de notre commission des finances de cette inconstitutionnalité, conformément à l’article 89 de notre nouveau règlement. Le président Migaud, dont on connaît et reconnaît la qualité, s’est déclaré incompétent au prétexte que la proposition de loi avait déjà été examinée par le Sénat.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettez-moi de vous dire que je ne partage nullement l’interprétation erronée qui fut faite de l’article 89 de notre règlement. Et je souhaite que le Conseil constitutionnel puisse rétablir la portée stricte de l’article 89. Le quatrième alinéa de cet article dispose en effet que « les dispositions de l’article 40 de la Constitution peuvent être opposées à tout moment aux propositions de loi et aux amendements ». Le premier alinéa traite du dépôt devant le bureau de nos propositions de loi. Le deuxième est relatif aux amendements en commission. Le troisième s’applique aux amendements en séance. II n’existe aucun alinéa spécifique relatif aux propositions de loi provenant du Sénat. Ces propositions de loi restent des propositions de loi et sont soumises au même régime juridique. Les conditions de leur recevabilité sont donc les mêmes. Le fait que l’irrecevabilité de celle que nous examinons ait été couverte par la cécité du Sénat et son vote ne saurait enlever à l’article 1er son caractère inconstitutionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucune disposition constitutionnelle, aucune décision du Conseil, rien dans notre règlement ne précise que les propositions de loi déjà examinées par le Sénat n’ont plus à respecter l’article 40 de la Constitution.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettez-moi de prolonger le raisonnement de la commission des finances jusqu’à l’absurde. Rien dans la Constitution ne réserve un sort particulier à l’article 40. Son régime et sa portée sont les mêmes que ceux des autres articles. Le raisonnement de la commission des finances sur l’application de l’article 40 devrait être le même pour l’ensemble de la Constitution. Nous serions ainsi privés de la possibilité de contester la constitutionnalité d’une proposition ou d’un projet de loi dés lors qu’il a déjà été examiné et voté par l’une des chambres. C’est ridicule !</p>
<p style="text-align: justify;">Le président de notre commission des finances aurait donc dû déclarer irrecevable votre proposition de loi, mais peut-être n’a-t-il pas voulu vous faire subir ce châtiment deux fois dans la même journée, au risque de créer de fâcheux précédents contra legem. En effet, votre proposition de loi suivante sur le vote électronique est tout aussi irrecevable. Cependant, je ne souhaite pas que s’instaure cette « jurisprudence » qui voudrait qu’une proposition de loi inconstitutionnelle soit exonérée de toute sanction juridique dès lors qu’elle est votée en première lecture par le Sénat.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le fond, votre proposition de loi dite « Carle » est également contraire à plusieurs dispositions de la Constitution. Elle vise à asseoir et élargir le financement des écoles privées par les communes et l’impôt. Vous prétendez ainsi éviter une nouvelle guerre scolaire, mais c’est oublier un peu vite que, dans cette guerre scolaire, chaque partie a largement sa part de responsabilité, et au premier chef l’enseignement confessionnel. Devrions-nous lui donner satisfaction pour éviter de nouvelles tensions ? Car votre proposition de loi va bien plus loin que la loi dite « Debré » de décembre 1959 qui impose aux communes l’obligation de financer les dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat se trouvant sur leur seul territoire pour les enfants domiciliés dans leur commune.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce principe était largement appliqué sans contestation majeure depuis plus de vingt ans jusqu’à ce que l’article 89 de la loi de 2004 cherche à étendre le financement obligatoire des dépenses de fonctionnement aux écoles privées placées sur le territoire de communes voisines. Cet article 89 fut source d’interprétations divergentes et de contentieux à la suite de demandes parfois extravagantes.</p>
<p style="text-align: justify;">La proposition d’aujourd’hui prétend mettre un terme à cet imbroglio juridique, mais elle renforce en fait les nouvelles obligations créées par l’article 89 au bénéfice des écoles privées implantées sur le territoire de communes autres que celle de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi accorder un traitement égalitaire alors qu’il n’y a pas identité entre les systèmes publics et privés ? L’enseignement public est sectorisé pour éviter les phénomènes de ghettoïsation alors que l’enseignement privé ne l’est pas. L’école publique accueille tous les élèves alors que le privé les sélectionne souvent. L’école publique est gratuite alors que l’école privée l’est rarement. L’école publique est laïque alors que l’école privée est le plus souvent confessionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">La loi impose déjà une part de financement public pour le fonctionnement des écoles privées, mais la parité de traitement n’a pas à s’imposer comme le laisse supposer le titre de la proposition de loi. Nous proposerons d’ailleurs par amendement de modifier ce titre afin d’écarter toute idée de parité ou d’égalité entre enseignement public et privé. Si jamais vous persévérez dans cette idée de traitement égalitaire, nous vous proposerons alors un amendement visant à s’assurer que l’enseignement privé bénéficiaire des fonds publics respecte scrupuleusement les valeurs de la République laïque.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous souhaitez que l’enseignement privé bénéficie des fonds publics. Assurez-nous alors qu’il respecte les mêmes obligations en matière de refus des communautarismes – notamment par l’interdiction des signes ostensibles d’appartenance religieuse –, de respect de la liberté de conscience, de la liberté de croire et de ne pas croire, de la promotion de la stricte égalité des sexes ! En votant cet amendement, nous mesurerons l’attachement républicain de chacun de nous au-delà des latéralisations partisanes.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous vous proposerons également des amendements de suppression car, dans la proposition qui nous est présentée, l’accord du maire n’est ni demandé ni requis alors que les finances de la collectivité locale seront directement engagées. Le maire ne pourra même pas vérifier au préalable que les conditions légales sont respectées. Le préfet, se substituant au conseil municipal et au maire, pourrait ainsi obliger la collectivité à financer.</p>
<p style="text-align: justify;">Par leur caractère obligatoire et automatique ces dispositions législatives contreviennent au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales. Elles font de surcroît primer l’intérêt particulier sur l’intérêt général. Comment justifier auprès des contribuables qu’une commune se voie obligée de fermer une classe ou une école car quelques parents auraient décidé de placer leurs enfants dans la commune voisine pour des raisons de convictions religieuses, au demeurant tout à fait respectables ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les décisions de fermeture tiennent parfois à la présence d’un seul ou de deux enfants. Cette proposition risque d’accentuer les fermetures de classes et d’écoles publiques. Est-ce l’objectif indirectement poursuivi ? Ce serait préoccupant car, quand l’école publique ferme ses portes, c’est le processus d’intégration à la communauté des citoyens et la République laïque qui régressent. Vous organisez la concurrence scolaire sur tout le territoire. C’est la fin de la sectorisation, car les écoles publiques seront concurrencées par les écoles privées limitrophes. C’est un véritable marché de l’enseignement primaire que vous créez et qui provoquera une concurrence entre les communes alors que nous avons besoin de complémentarité et de dialogue.</p>
<p style="text-align: justify;">En sécurisant juridiquement et en élargissant les cas de financement de l’école privée par des fonds publics, combien de millions d’euros supplémentaires seront-ils versés au privé ? Vous organisez un transfert de fonds publics vers le privé alors que certains villages ou regroupements réclament la création d’écoles ou de classes. Tout l’argent que vous souhaitez donner au privé pourrait utilement être consacré à l’enseignement public afin de renforcer et d’améliorer les conditions d’accueil.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Exactement !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Vous prétendez par ailleurs encadrer les cas dans lesquels la commune aura l’obligation de contribuer aux dépenses de l’école privée de la commune voisine. Cette contribution serait due dans quatre hypothèses, dont certaines relèvent de la convenance personnelle.</p>
<p>Le premier motif porte sur l’absence de capacité d’accueil dans la commune de résidence. Ce critère pourrait sembler justifié, mais ce serait oublier un peu vite le principe issu du préambule de la Constitution de 1946 qui dispose que « l’organisation de l’enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés, est un devoir de l’État ». Il devrait, en conséquence, n’y avoir aucune commune ou regroupement de communes dépourvu d’école publique.</p>
<p>Par ailleurs, l’alinéa que je viens de citer impose que l’enseignement soit laïque. Les collectivités locales ne peuvent donc pas sous-traiter leurs obligations scolaires à des associations rattachées à un culte, comme c’est le plus souvent le cas des établissements privés, avec parfois des débordements auxquels je reviendrai en défendant l’un de mes amendements.</p>
<p>Le second motif tiendrait aux obligations professionnelles des parents, lorsqu’ils résident dans une commune qui n’assure pas directement ou indirectement la restauration et la garde des enfants. Mais que recouvre réellement cette catégorie ? S’agit-il uniquement des cas ou les deux parents ont des horaires décalés, ou bien est-ce déjà la porte ouverte aux convenances personnelles ? Pourquoi la proposition n’impose-t-elle pas que la garderie et le service de restauration soient bien assurés dans l’école d’accueil ?</p>
<p>Enfin, le regroupement de la fratrie est l’exemple même du motif pour convenance personnelle. Il suffit qu’une famille ait, pour une raison relevant de son seul choix, scolarisé son premier enfant dans une école privée d’une autre commune pour que la scolarisation de l’ensemble de la fratrie dans ce même établissement soit imposée à la commune de résidence.</p>
<p>L’interprétation large de ces trois « motifs légitimes » recouvre la quasi-totalité des enfants scolarisés dans l’enseignement privé en dehors de leur commune de résidence.</p>
<p>Par ailleurs, lorsque le financement n’est pas rendu obligatoire, il pourra néanmoins être assuré à titre facultatif. Nous sommes en présence d’une atteinte directe aux principes de laïcité et d’égalité. Le choix de subventionner une association rattachée à une religion ou à un culte serait contraire au principe constitutionnel de laïcité selon lequel « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » – article 2 de la loi du 9 décembre 1905.</p>
<p>Attaché aux principes de laïcité de la République et d’égalité des citoyens, je vous appelle, mes chers collègues, à rejeter cette proposition de loi, car elle porte en elle des ferments de désagrégation de l’école républicaine et laïque. Restons attachés à l’adage « à l’enseignement public, fonds publics ; à l’enseignement privé, fonds privés » ! Cet adage ne reflète malheureusement pas le droit applicable depuis les lois Debré, mais pour ma part je reste fidèle aux valeurs défendues par ma famille politique républicaine de gauche, qui s’est toujours élevée contre la loi de 1959 et les accords ultérieurs avec l’enseignement privé.</p>
<p>Je souhaiterais, en cas d’adoption de ce texte, que nous soyons assez nombreux pour prolonger notre engagement républicain et laïque par une saisine du Conseil constitutionnel, qui ne manquera pas de censurer les atteintes les plus flagrantes aux principes de l’article 40, de libre administration des collectivités locales, d’égalité et de laïcité. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à M. Yvan Lachaud.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. Apaisement, c’est le mot qui doit définir ce débat, et traduire l’esprit de cette proposition de loi visant à garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat quand elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence.</p>
<p>C’est en effet l’apaisement qui, depuis la loi Debré de 1959 – et malgré quelques crises –, a le plus souvent caractérisé les relations entre l’école publique et l’école privée, permettant aux « deux écoles » de cohabiter sereinement, ce qui est la volonté du peuple.</p>
<p>C’est notamment l’institution d’un principe de parité qui a permis cet apaisement, en consacrant la possibilité pour le service public de l’éducation d’être mis en œuvre non seulement par des établissements publics, mais également, dans des conditions fixées par la loi et par le contrat qui les unit à l’État, par des établissements privés.</p>
<p>Le succès de l’école privée sous contrat, qui ne se dément pas année après année, se manifeste par le fait qu’un grand nombre de familles choisissent cet enseignement librement et sans contrainte. Cela montre bien que l’immense majorité de nos concitoyens est attachée à la coexistence de ces deux écoles, publique et privée, qui contribuent chacune à sa manière à la réalisation des objectifs fixés par la nation.</p>
<p>Aujourd’hui, au moment où nous abordons la question du financement des écoles primaires privées, le Nouveau Centre veut affirmer la nécessité de respecter deux exigences aussi fondamentales l’une que l’autre.</p>
<p>D’abord, la liberté de l’enseignement doit être pleinement garantie, ce qui suppose que les conditions de financement des établissements privés sous contrat permettent l’exercice effectif de cette liberté.</p>
<p>Ensuite, la parité entre public et privé sous contrat doit être respectée, car elle a permis aux deux formes d’enseignement d’être non plus rivales, mais complémentaires.</p>
<p>Reconnaissons-le, il résultait de l’état du droit applicable avant l’entrée en vigueur de la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 un déséquilibre certain en défaveur des écoles élémentaires privées sous contrat d’association. Il était temps d’y mettre fin, en inscrivant dans la loi un nouveau régime de financement des classes élémentaires sous contrat par les communes de résidence.</p>
<p>Le Nouveau Centre considère que la proposition de loi institue, de manière réaliste et pragmatique, un compromis juridiquement fondé et politiquement équilibré.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Frédéric Reiss, rapporteur</span>. Merci !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. Celui-ci respecte les intérêts de chacune des parties. Il garantit en effet aux écoles élémentaires privées sous contrat d’association qu’elles seront traitées à égalité avec les écoles publiques, préservant l’exigence de parité qui est le fondement de la loi Debré. Cependant, il n’impose pas aux communes des obligations financières qui mettraient en péril leur équilibre budgétaire.</p>
<p>Le nouveau régime de financement respecte le principe de parité. Il prévoit qu’une commune versera une contribution pour un élève d’une classe élémentaire sous contrat uniquement dans le cas où elle l’aurait versée pour un élève inscrit dans une école publique. Cependant, il respecte également le libre choix de l’enseignement en excluant tout accord du maire pour scolariser un élève, ce qui correspond à la définition même de la liberté d’enseignement. (Protestations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p>Une contribution est ainsi exigible dans quatre cas : l’absence de capacités d’accueil dans la commune de résidence ou dans le regroupement pédagogique intercommunal auquel elle participe ; la nécessité de scolariser l’enfant dans une autre commune du fait des obligations professionnelles de ses parents et de l’inexistence d’un service de garde et de restauration ; la nécessité de scolariser l’enfant dans une autre commune pour des raisons médicales ; enfin, la scolarisation d’un frère ou d’une sœur dans la commune d’accueil.</p>
<p>Sur le premier point, monsieur le ministre, vous nous avez apporté un éclaircissement nécessaire en précisant que la notion de regroupement pédagogique intercommunal n’a de sens que dans le cadre d’un établissement public de coopération intercommunale. Elle ne s’applique donc à un regroupement pédagogique intercommunal que s’il est adossé à un EPCI.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la notion de fratrie, nous avons appelé votre attention sur la nécessité de la définir précisément, dans les décrets d’application,…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay.</span> C’est nécessaire !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud.</span> …puisque l’évolution de la société, marquée par le développement des foyers monoparentaux et des familles recomposées, l’a rendue plus floue.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Michel Ménard</span>. Il va falloir pratiquer des tests ADN !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. Allons donc ! Vous savez bien que ce n’est plus d’actualité !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. Il paraît essentiel d’imposer aux communes des obligations claires et d’assurer aux écoles privées des financements garantis. C’est pourquoi nous avons affirmé notre volonté de n’apporter notre soutien qu’à un texte légitime et équilibré, comme celui qui nous est présenté. Il permet en effet de respecter pleinement la parité en construisant deux régimes de financement parallèles, propres l’un au public, l’autre au privé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Nouveau Centre votera la proposition de loi, en espérant que la clarification des relations entre les écoles primaires sous contrat et les écoles primaires publiques permettra de restaurer un apaisement nécessaire, et de traiter équitablement tous les enfants de la nation, quelle que soit l’école qu’ils fréquentent, que leurs parents ont encore le droit de choisir. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à M. Jacques Grosperrin.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin.</span> Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, grâce à cette proposition de loi, nous avons aujourd’hui l’opportunité de mettre un terme à ce que notre rapporteur, Frédéric Reiss, a qualifié à juste titre de « feuilleton juridique et politique lié à l’interprétation de l’article 89 de la loi du 13 août 2004 ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voilà en mesure de clore définitivement un chapitre de notre vie démocratique qui n’a entraîné que des débats partisans, au mépris de ce qui constitue l’essence même de notre mandat de députés : la protection des citoyens. La loi doit viser, non à protéger des intérêts particuliers ou une idéologie, si respectable soit-elle, mais à servir le plus grand nombre, l’intérêt général qui dépasse toujours les intérêts particuliers. Dans les textes que nous élaborons, faute d’atteindre toujours notre but, notre devoir est du moins de ne pas nuire et de ne pas créer d’inégalités. Tel est bien l’enjeu de ce débat.</p>
<p style="text-align: justify;">Il concerne 300 000 élèves non résidents en France. Si l’on compte leurs parents, ce sont près d’un million de nos concitoyens qui attendent de nous, non que nous menions un débat théorique ou d’arrière-garde, plein de disputes ou d’excès, mais que nous mettions enœuvre des solutions pratiques qui les aident dans leur vie de tous les jours.</p>
<p style="text-align: justify;">Monsieur le ministre, vous avez très justement rappelé, jeudi 24 septembre, en visitant deux établissements privés sous contrat d’association avec l’État en Seine-Saint-Denis – le groupe scolaire catholique de l’Assomption à Bondy et le groupe scolaire juif de l’Alliance aux Pavillons-sous-Bois – que 20 % des élèves scolarisés le sont dans des établissements privés. Dans notre pays, un enfant sur cinq est donc accueilli dans un établissement sous contrat. Or environ 35 % des enfants scolarisés dans le privé sont des élèves non résidents. C’est dire que nous débattons aujourd’hui du sort, de la quiétude et de la sécurité juridique d’un nombre important de nos concitoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ignorons quelle est la sensibilité politique de leurs proches et quel bulletin ils mettront dans l’urne aux prochaines élections.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yvan Lachaud</span>. Bien sûr !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. Cela n’a d’ailleurs aucun intérêt. Mais notre devoir est d’apporter une solution aux difficultés qu’ils rencontrent. L’heure n’est plus aux joutes verbales mais à une action concrète qui relaiera toutes celles que nous menons avec nos concitoyens dans nos circonscriptions respectives. Ne parlons donc pas de remise en cause du service public de l’éducation ni même de suppression de postes : il s’agit seulement de mettre en place un dispositif assurant la parité pour tous.</p>
<p style="text-align: justify;">La loi Debré du 31 décembre 1959 a en effet posé entre l’enseignement public et l’enseignement privé un principe de parité qui, nous l’avons souvent rappelé, a été réaffirmé par les accords Lang-Cloupet de 1992. Parce que ce principe a été régulièrement battu en brèche, la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et aux responsabilités locales a rendu obligatoire la participation aux frais de fonctionnement en étendant aux écoles privées sous contrat la procédure de règlement des conflits prévue pour les écoles publiques. Cependant, parce que l’article 89 n’a pas posé de conditions à la contribution de la commune de résidence pour les écoles privées, des problèmes d’interprétation ont surgi. À l’évidence, les circulaires de 2005 et de 2007 ne suffisaient pas pour que le dispositif soit appliqué à tous.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelles que soient nos idées et notre appartenance politiques, nous ne pouvons accepter qu’une loi ne soit pas appliquée uniformément à tous nos concitoyens, que son universalité soit violée par les uns ou par les autres et que, de ce fait, un élève soit traité différemment en fonction de la commune dont il est l’administré. Il est grand temps de faire respecter pour tous le principe constitutionnel de la liberté de l’enseignement.</p>
<p style="text-align: justify;">La commission des affaires culturelles, familiales et sociales a eu à cœur de trouver une solution de compromis, et le Sénat a adopté le texte qui nous est soumis.</p>
<p style="text-align: justify;">La problématique est somme toute très simple. Bien que nous ayons calqué le régime de financement des classes élémentaires sous contrat d’association sur celui des classes élémentaires publiques, en vertu du fameux article L. 442-5 du code de l’éducation, et que, parallèlement, le problème du financement des dépenses de fonctionnement relatives à la scolarisation d’enfants domiciliés dans une autre commune que celle où est implantée l’école ait été abordé à l’article L 212-8 du code de l’éducation, aucun dispositif analogue n’a été prévu dans tous les cas pour les établissements sous contrat.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, on se heurte à deux écueils : l’absence de procédure de médiation ou de résolution des litiges en cas de désaccord entre deux communes, et l’absence de moyen juridique et coercitif pour imposer à une commune de respecter ses engagements financiers liés à la participation, lorsqu’elle en a pris.</p>
<p>L’article 89 de la loi du 13 août 2004 est venu résoudre ces difficultés mais, voulant trop bien faire, nous n’avons pas exposé de manière suffisamment explicite que le principe de la contribution des communes devait s’appliquer avec les restrictions qui ont cours dans toutes les écoles publiques.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. C’est juste !</p>
<p>M. Jacques Grosperrin. Une lecture objective des circulaires du 2 décembre 2005 et du 27 août 2007 ne suffisant pas à assurer une solidité juridique réelle, il nous a paru opportun d’ouvrir un véritable débat et de garantir par un texte minutieusement élaboré l’avenir juridique de ce type de situation.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur du dispositif, deux problèmes suscitent nombre de débats.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier concerne évidemment l’autorisation préalable du maire de la commune de résidence. II faut rappeler que, si cette autorisation est requise pour la scolarisation dans un établissement public, elle n’est pas nécessaire pour les élèves scolarisés dans des établissements privés. Certains nous interrogent donc sur cette rupture d’égalité entre écoles privées et publiques. (« À juste titre ! » sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Le second problème est relatif à la notion de fratrie. L’article L. 212-8 du code de l’éducation édicte une obligation de participation financière dans trois cas de figure, notamment « l’inscription d’un frère ou d’une sœur dans un établissement scolaire de la même commune ». Le nouveau texte, même s’il prévoit quatre cas, reprend ces dérogations et réaffirme le caractère obligatoire de la contribution de la commune.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne la fratrie, les nouvelles dispositions prévoient le cas où la scolarisation de l’élève dans une autre commune trouve son origine dans l’inscription d’un frère ou d’une sœur dans la même commune. Mais doit-on inclure dans la fratrie la famille recomposée ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Et les cousins ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. Monsieur le ministre, je vous remercie de répondre à ces deux questions.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le reste, je considère en conscience que la proposition de loi saura aplanir les difficultés rencontrées par nos concitoyens. C’est pourquoi je vous demande, mes chers collègues, de l’adopter immédiatement pour que, la nouvelle rentrée scolaire devant générer irrémédiablement de nouvelles inégalités, ses dispositions bénéficient rapidement au plus grand nombre. (Applaudissements sur les bancs des groupes UMP et NC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. La parole est à M. Jean Glavany.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, dans l’histoire déjà longue et tumultueuse des relations entre l’État et l’enseignement privé, l’article 89 de la loi du 13 août 2004 aura fait couler beaucoup d’encre et de salive.</p>
<p style="text-align: justify;">Permettez-moi, à ce stade de nos travaux, une simple remarque méthodologique pour en appeler à la sagesse collective. Tâchons d’éviter que des initiatives individuelles brouillonnes n’aboutissent à des dispositions législatives aux conséquences incommensurables, sans qu’aucune évaluation globale suffisante ait été entreprise. Hier, nous avons tiré un chèque de plusieurs centaines de millions d’euros sur les collectivités locales au profit de l’enseignement privé, après avoir permis qu’une secte soit récemment amnistiée. (Protestations sur les bancs du groupe UMP. – Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste.</span> Ce n’est pas le même style !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany.</span> Mais c’est la même chose : les initiatives individuelles sans évaluation collective produisent les mêmes résultats.</p>
<p>Depuis 2004, nous n’avons pas cessé d’alerter la majorité, l’Association des maires de France et le Gouvernement sur les conséquences dramatiques pour les communes, notamment les petites communes rurales, de l’article 89 de la loi du 13 août 2004. Je me souviens avoir défendu dans cet hémicycle, au nom du groupe socialiste, à l’automne 2007, une proposition de loi visant à abroger purement et simplement cet article. Que n’ai-je entendu alors ! D’après le porte-parole de l’UMP – il s’agissait de M. Guy Geoffroy –, les socialistes n’avaient rien de plus urgent à faire, en période de crise, que de raviver la guerre scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, ils essayaient simplement d’appeler votre attention sur une disposition législative aux conséquences néfastes, pour pouvoir la corriger ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, on la corrige, à l’initiative de l’Association des maires de France, dont le président, que je salue, avait pris l’engagement devant le bureau, il y a plusieurs années déjà, de tout faire pour cela. Vous pourriez donc me dire : « Vous devez être content, monsieur Glavany, l’article 89 est abrogé. On a pris conscience du problème. » Je suis content qu’il soit abrogé, même si je ne suis pas trop content de moi d’avoir mis tant d’années à vous convaincre – je pensais y parvenir plus vite. Et je suis content qu’on prenne enfin le problème à bras-le-corps.</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, je ne suis pas satisfait, pas plus que ne le sont mes collègues socialistes, qu’une fois de plus la droite prenne prétexte de cette rectification pour faire pencher le balancier du mauvais côté…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. Mais non !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. C’est quoi, le mauvais côté ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. …qui n’est pas celui de l’équilibre.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, depuis le début de la discussion, vous n’avez qu’un mot à la bouche, celui de parité. Ce mot, je le conteste formellement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) Et je le conteste d’abord du point de vue constitutionnel, car la Constitution ne protège pas la parité entre les groupes, elle protège l’égalité entre les citoyens. (« Très bien ! » sur les bancs des groupes SRC et GDR.) C’est en raison de cet obstacle que nous avions dû, il y a quelques années, modifier la Constitution pour introduire la parité entre hommes et femmes. Cela devrait vous faire réfléchir. En effet, en raison de ce principe de parité, le dispositif que vous faites adopter aujourd’hui, monsieur le ministre, est fragile sur le plan constitutionnel. Y aura-t-il ou non un recours de la part des parlementaires ? Nous verrons. Mais il y en aura forcément un, et plus vite que vous ne le croyez, puisque désormais les citoyens peuvent demander devant les juridictions la saisine du Conseil constitutionnel – ce qu’ils ne vont pas manquer de faire. Et puisque vous ne tenez pas compte des avertissements que nous vous lançons à ce stade, je crains bien que nous ne soyons obligés de nous retrouver très vite pour corriger ce caractère anticonstitutionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette parité, je la conteste également dans ses modalités telles que vous les mettez en place. Mme Delaunay et M. Durand l’on dit : vous parlez de parité, mais vous vous gardez bien de la mettre en œuvre, notamment en ce qui concerne l’accord préalable du maire. Cet accord est requis pour le public, il ne l’est pas pour le privé : où est la parité ?</p>
<p>Cette parité, je la conteste enfin comme l’a fait M. Desallangre en me référant au préambule de la Constitution de 1946 : « l’organisation de l’enseignement public gratuit et laïc à tous les degrés est un devoir de l’État ». Mais pour remplir ce devoir, on fait preuve de plus ou moins de volonté politique. Et, monsieur le ministre, je vous ai déjà interpellé, aimablement, à ce sujet : vous remplissez ce devoir d’État à géométrie variable. Si vous donniez aujourd’hui à l’éducation nationale tous les moyens dont elle a besoin pour assumer cette tâche, (« Bien sûr ! » sur les bancs des groupes SRC et GDR.) si la lutte contre l’échec scolaire était une vraie priorité, si le combat contre la reproduction des inégalités sociales et de la ségrégation par l’institution était mené efficacement, nous pourrions baisser la garde. Mais tout ce que nous voyons va dans le sens opposé. Cela nous inquiète beaucoup et nous rend extrêmement vigilants.</p>
<p>Monsieur le ministre, pour faire face à ce devoir d’État, chaque responsable politique définit ses priorités. Le principe de parité va brider ceux d’entre eux qui voudraient donner la priorité à l’éducation nationale au nom de leurs convictions. Vous, vous faites l’inverse, vous favorisez l’enseignement privé. Lors de la dernière rentrée, vous avez supprimé un poste pour deux élèves dans l’enseignement public et un poste pour trois élèves dans l’enseignement privé. C’est cela que vous appelez la parité ? Il en va de même des créations de postes.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay.</span> C’est la parité : une blanche vaut deux noires !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany.</span> Cette année, le privé, avec 3700 élèves de plus, a bénéficié de la création de 93 équivalents temps plein, soit un poste pour 39 élèves ; le public, avec 59 700 élèves de plus, a eu 160 équivalents temps plein, soit un pour 357.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. C’est révélateur.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany.</span> C’est parce que, dans la gestion quotidienne, vous ne mettez pas en œuvre ce principe de parité que je conteste…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Très juste.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany.</span>… que nous serons vigilants. Je le répète : nous nous retrouverons tôt ou tard pour corriger le dispositif anticonstitutionnel que vous mettez en place. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. La parole est à M. Jacques Pélissard.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard.</span> Au commencement, ce fut une affaire d’Auvergnats. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Michel Ménard.</span> Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup que les problèmes commencent !&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard.</span> Non un auvergnat isolé, mais plusieurs maires, dont le village n’a pas d’école et qui, soucieux des fonds publics, dirent à leurs administrés : « Ne mets pas tes enfants dans une école publique voisine, car on va le facturer à notre commune, mets-les plutôt dans une école privée. ». D’autres maires, dont les communes possèdent des écoles publiques, s’aperçurent du déséquilibre de la situation que créait ce flux d’élèves vers les écoles privées. Intervint alors un dernier acteur, un sénateur auvergnat lui aussi, que je connais bien, et qu’on ne peut pas suspecter de cléricalisme aigu, mais qui est un vrai porteur, au sens noble, de la valeur de laïcité, valeur de la République. Il rédigea un amendement qui devint l’article 89 de la loi du 13 août 2004. Sa réaction aboutit à un texte un peu maximaliste et à toute une série de difficultés.</p>
<p style="text-align: justify;">Très rapidement, dans tous les départements de France, les associations de gestion des établissements privés se mirent à adresser aux maires des demandes de prise en charge, voire directement des factures, pour des élèves qui fréquentaient leurs établissements, contournant ainsi le nécessaire filtrage par le préfet. Très vite également, l’Association des maires de France alerta les ministres de l’éducation nationale et de l’intérieur. Sous l’égide de ce dernier et du directeur de cabinet, M. Guéant à l’époque, nous avons entamé une négociation et, le 16 mai 2006 ? nous sommes parvenus à un accord équilibré. Celui-ci a ensuite été repris dans une instruction du ministre de l’intérieur aux préfets.</p>
<p style="text-align: justify;">Je résume cet accord. Une commune qui n’a pas d’école publique verse une participation pour la scolarisation d’un enfant dans une école publique voisine, en application de la loi Chevènement du 21 janvier 1985 ; en application de l’amendement Charasse, si elle a des enfants scolarisés en vertu du libre choix des parents, elle doit verser une participation également à l’école privée. Dans le cas d’une commune sans école publique sur son territoire, il y a donc parité ou égalité, peu m’importe le terme, en tout cas approche équilibrée entre le public et le privé. Prenons maintenant le cas d’une commune qui a une école publique sur son territoire. Vous le savez, monsieur le ministre, les maires se passionnent pour leurs écoles, investissent, les équipent désormais en informatique, construisent même des logements sociaux pour y faire venir des enfants. Dans la proposition de M. Carle, traduisant le protocole d’accord du 16 mai 2006, ces communes n’ont pas à payer pour les enfants scolarisés dans une école publique d’une autre commune sauf dans les trois cas prévus par l’article L 212.8 du code de l’éducation nationale et – c’est là une grande avancée que je souligne à l’intention de nos collègues de gauche – elles ne payent pas non plus pour la scolarisation d’enfants dans une école privée d’une autre commune, sauf dans les mêmes cas d’exception. C’est une approche équilibrée qui permet de soutenir cette proposition.</p>
<p style="text-align: justify;">L’AMF a indiqué à plusieurs reprises que ce texte était nécessaire et correspondait à son attente. Son bureau comporte 36 membres : 18 de droite et 18 de gauche. Nous nous efforçons de dégager des consensus et des convergences en son sein. Ce texte a été passé au crible et le bureau de l’AMF, dans sa diversité, a donné son accord sur l’équilibre qu’il instaure.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte, dis-je, était nécessaire. Il y a bien eu des instructions ministérielles aux préfets, différentes circulaires. Mais on ne peut modifier une loi par circulaire. L’accord du 16 mai 2006 restait en quelque sorte dans l’apesanteur juridique. Pour modifier l’article 89 de la loi du 13 août 2004, il fallait une disposition législative. Nous l’avons dit à votre prédécesseur à plusieurs reprises. Finalement, nous avons bénéficié du « concours » du tribunal administratif de Dijon qui, le 28 février 2008, a décidé qu’une circulaire ne pouvait entraver l’application de la loi et a donc imposé à la commune de Semur-en-Brionnais de participer aux frais de scolarisation d’un enfant dans une école privée de la commune de Marcigny. Ce jugement a inspiré à M. Carle sa proposition de loi, que le Sénat a votée le 10 décembre 2008 à l’unanimité avec l’abstention du seul groupe communiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte apporte une solution équilibrée qui met fin à une phase de contentieux. Sachez que cet été, j’ai reçu cinq recours contre la ville de Bron émanant d’associations de gestion d’établissements privés. Par ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lyon du 19 juillet 2009, ces recours ont été rejetés pour défaut d’urgence. Mais tous les maires sont exposés à ce risque de contentieux et il fallait absolument sortir de cette situation.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Michel Ménard.</span> Il suffit de voter l’article 3, à l’exclusion des autres !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard.</span> La proposition respecte également le principe fondateur du libre choix des parents de scolariser leurs enfants dans le public ou le privé. C’est donc un principe d’équité, d’égalité de traitement s’agissant des dépenses de fonctionnement, tandis que, bien entendu, les dépenses d’investissement sont à la charge des communes pour les seules écoles publiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte de compromis et d’équilibre permet de résoudre une série de difficultés et d’apaiser les inquiétudes des maires en cette période de rentrée scolaire. Ils l’attendaient et je vous demande de le voter. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. La parole est à Mme Marie-Odile Bouillé.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Marie-Odile Bouillé.</span> Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, notre débat est profondément politique car il s&#8217;agit de légiférer sur les liens historiques et, j&#8217;oserai dire, organiques qui unissent la commune et l&#8217;école.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces liens sont en permanence menacés par des attaques répétées de groupes d&#8217;intérêt communautaristes ou adeptes de la privatisation de l&#8217;école, qui veulent mettre en concurrence l&#8217;enseignement public et l&#8217;enseignement privé. Disons-le d’entrée de jeu sans ambiguïté : nous refusons cette logique marchande de l’éducation.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, elle aurait pour conséquence l&#8217;effacement de la spécificité de l’enseignement public, et nous risquerions de voir s’instaurer la décentralisation de l’éducation au niveau des régions et l&#8217;accroissement des inégalités entre les enfants. Le comble serait atteint si l’État se faisait le complice de cette logique et que la loi favorisait clairement le financement des écoles privées. À ce titre, le récent décret concernant l’accord relatif aux diplômes universitaires signé entre le Vatican et l&#8217;État français est un coup bas de plus contre l&#8217;enseignement public.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Excellent rappel !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Marie-Odile Bouillé.</span> Quant à l&#8217;enseignement privé – rappelons que, dans notre pays, il est quasi exclusivement catholique –, une étude européenne a révélé, il y a quelques années, que c’était en France que son financement était le mieux assuré.</p>
<p style="text-align: justify;">Or l’article 89 de la loi de 2004 est l’une des raisons, parmi d&#8217;autres, de cet enrichissement. Cela explique sans doute la colère de certaines autorités catholiques à l&#8217;idée de voir cet article abrogé.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, non : privé et public ne sont pas la même chose. Les publics accueillis ne sont pas les mêmes et les valeurs ne sont pas les mêmes. Certes, le choix de mettre son enfant dans une école privée revient aux parents, mais il n&#8217;est en aucun cas acceptable qu’il en résulte une obligation de financement pour une commune. Ce serait ni plus ni moins que la négation du principe constitutionnel de libre administration des collectivités locales.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce serait aussi bafouer le principe de l&#8217;égalité des citoyens. En effet, l&#8217;élève de l&#8217;école publique qui souhaite s’inscrire dans une école publique située dans une autre commune que celle où il réside doit obtenir l&#8217;accord de cette dernière alors que l’élève d’une école privée n’a nul besoin de cet accord préalable : quelle iniquité ! L&#8217;article 89 a donc créé une situation de concurrence déloyale entre le public et le privé, au profit de ce dernier. En effet, si la loi Carle nous propose un habillage de l’obligation de financement en la restreignant à quatre cas, elle ne prévoit pas d’accord préalable de la commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne voulons pas de ces aménagements à la marge qui ne règlent en rien les différences de traitement que l&#8217;État continue d’opérer au profit de l&#8217;école privée. Ce que nous voulons, c&#8217;est l&#8217;abrogation pure et simple de l’article 89 ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à M. Christian Vanneste.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. Il va nous parler de laïcité : on en rigole d’avance !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste.</span> Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le but de l&#8217;école n&#8217;est pas l&#8217;école. Ce sont les élèves, leur formation, leur épanouissement. C&#8217;est la nation, son avenir et son adaptation aux évolutions du monde.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. C’est vrai !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. L&#8217;école n&#8217;est qu&#8217;un moyen que nous devons rendre plus propre à atteindre ces deux objectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le disait Deng Xiaoping : « Peu importe qu&#8217;un chat soit noir ou gris s&#8217;il attrape les souris. » Dès lors qu&#8217;un établissement scolaire remplit sa fonction, qu&#8217;il soit public ou privé a peu d&#8217;importance. Le caractère propre est un choix des consciences. La qualité pédagogique est l&#8217;essentiel pour le service public auquel, je vous le rappelle, l’enseignement privé sous contrat est associé. Je suis d’ailleurs totalement d’accord avec les propos de M. Durand à ce sujet.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand.</span> Seulement à ce sujet ! (Sourires sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Les programmes et le niveau de formation des maîtres sont désormais les mêmes. Mais, par le passé, lors de la scolarisation des générations du baby-boom, l&#8217;État a bénéficié des qualités pédagogiques acquises par la pratique des maîtres du privé, mal rémunérés et, aujourd&#8217;hui encore, victimes de la disparité des retraites.</p>
<p style="text-align: justify;">Liberté et égalité, les deux premiers principes de la République ne sont qu&#8217;imparfaitement réalisés à l&#8217;école.</p>
<p style="text-align: justify;">La liberté de l&#8217;enseignement a pourtant été reconnue par le Conseil constitutionnel, le 23 novembre 1977, et si la liberté est un droit, c&#8217;est aussi un atout. Les parents sont le mieux à même de choisir l&#8217;école qui convient à leurs enfants, tout comme une école libre de choisir sa ligne pédagogique sera plus capable qu’une autre de s&#8217;adapter au terrain. Mais cette liberté est niée dans les faits par la toise absurde des 20 % qui, j’insiste sur ce point, empêchera à coup sûr que se produise l’exode vers l’école privée dont certains parlaient tout à l’heure. Elle est également niée par l’étrange contradiction entre les lois Falloux, Goblet et Astier, source d’inégalités pour les écoles et les familles en matière d&#8217;investissement. Enfin, elle est remise en cause par les limites de la prise en charge des élèves scolarisés en dehors de leur commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette liberté est aussi insuffisante dans l&#8217;enseignement public, qui devrait bénéficier de plus d&#8217;autonomie pour les établissements, de la généralisation et du renforcement du chef d&#8217;établissement. (Exclamations sur les bancs des groupes SRC et GDR.) Si l&#8217;enseignement privé est surtout privé de moyens, l&#8217;enseignement public a besoin de liberté et d&#8217;autorité. L&#8217;excellente idée d&#8217;un chèque-éducation pourrait rendre réelle une liberté aujourd’hui virtuelle. (« Et voilà ! Nous y sommes ! » sur les bancs du groupe SRC)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pascal Deguilhem</span>. C’est l’enseignement à la carte !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. Chaque famille, munie de ce chèque, choisirait son école, qui disposerait des deniers publics en proportion des inscrits. (Exclamations sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand.</span> M. Vanneste ose dire tout haut ce que la droite pense tout bas.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Michel Ménard</span>. Cela a le mérite de la clarté !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. Cette méthode idéale se heurte à des réalités : le maintien nécessaire de l&#8217;équilibre des emplois et des investissements, et la difficulté d&#8217;harmoniser les interventions des collectivités, entre elles, et avec les vœux des parents. Cette tâche serait facilitée si une seule collectivité, la région par exemple, avait seule compétence en matière de formation.</p>
<p>Mais, pour l&#8217;heure, nous en sommes à chercher un équilibre légitime, non entre le public et le privé, mais entre la liberté d&#8217;enseignement et les intérêts de la gestion communale.</p>
<p>Avant l&#8217;amendement Charasse, un élève scolarisé dans le privé hors de sa commune de résidence, ne pouvait exiger le soutien financier de celle-ci. Cette commune pouvait à la fois contrarier le libre choix de l&#8217;école et en tirer avantage ; elle pouvait percevoir l&#8217;impôt sans rendre le service ! L&#8217;enseignement privé est souvent une bonne affaire pour les deniers publics : un élève du privé pèse davantage dans le budget des familles et moins sur les finances publiques. Ces dernières ignorent la majorité des investissements de l’école privée, d’ailleurs étrangement moins lourds pour le même service.</p>
<p>La démarche du sénateur Charasse était donc rationnelle : il souhaitait mettre un terme à l&#8217;abus d&#8217;un certain nombre de maires de communes de résidence qui incitaient les familles à envoyer leurs enfants à l&#8217;école privée de la commune voisine pour éviter le paiement de la participation.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant une réticence illégitime, mais compréhensible, a perduré après le vote de l&#8217;article 89 de la loi de 2004 et nous conduit au compromis d&#8217;aujourd&#8217;hui. Celui-ci acte la prévalence de l&#8217;intérêt communal sur la liberté de choix puisque celle-ci est limitée. Si le plafonnement au coût d&#8217;un élève scolarisé dans le public, activités périscolaires non comprises, paraît justifié, la capacité d&#8217;accueil demeure, en revanche, un obstacle à la liberté de choix, puisqu&#8217;elle fonde l&#8217;accord du maire. En 1985, le Conseil constitutionnel avait pourtant rappelé qu&#8217;il n&#8217;appartenait pas aux collectivités de s&#8217;opposer au libre choix de l&#8217;école. Le petit nombre des contentieux, et une interprétation large des motifs de dérogation, professionnels, familiaux et médicaux, doivent cependant nous rendre confiants.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte est un compromis entre deux thèses : celle de la liberté de choix de l&#8217;école et celle de la prévalence de l&#8217;intérêt communal. Les arguments en faveur de cette dernière sont parfois mauvais – c’est le cas de la libre administration des collectivités publiques – et parfois bons. Je pense au risque de ghettoïsation ou à la question de la surcapacité des moyens, cités par Pierre Cardo. (« Ah ! » sur les bancs des groupes SRC et GDR.) Cette proposition de loi voit donc le principe de la liberté amendé par le réalisme.</p>
<p style="text-align: justify;">L’égalité est un autre principe essentiel qui continuera à être négligé. Dans le meilleur cas, les parents qui optent pour le privé ne pourront le faire que dans la limite des 20 % octroyés, et dans des locaux dont l&#8217;investissement sera à leur charge, y compris pour les dépenses que la loi rend obligatoires, comme celles relatives à l&#8217;accès aux handicapés.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes donc très loin de la parité, mais aussi très loin de la guerre scolaire parfois évoquée par certains avec une évidente nostalgie. (Exclamations sur les bancs des groupes SRC et GDR.) Mais je remarque qu’ils sont, Dieu merci, de moins en moins nombreux.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Michèle Delaunay</span>. Dieu merci !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand.</span> M. Vanneste veut sauver la France au nom du Sacré-Cœur !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à Mme Sylvia Pinel.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Sylvia Pinel</span>. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la proposition de loi que nous examinons est à la fois technique et profondément symbolique. Permettez-moi de m&#8217;attarder sur ces deux aspects.</p>
<p style="text-align: justify;">En 2004, le sénateur Charasse avait déposé un amendement, dont l&#8217;intention initiale était d’éviter que les maires de certaines communes rurales n’encouragent les enfants d&#8217;âge scolaire à fréquenter les écoles privées des communes avoisinantes pour lesquelles ils ne payaient pas de contribution. L&#8217;application, que je qualifierais d’abusive, de cette disposition aboutit, à l&#8217;inverse, à rendre obligatoire une ancienne possibilité de contribution au financement des écoles privées, hors du territoire de la commune, précédemment fixée par voie conventionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon ceux qui défendent cette proposition de loi, elle vise à mettre fin à un flou juridique né de cette interprétation de l’article 89 de la loi du 13 août 2004. Les promoteurs du texte proclament même qu&#8217;avec lui il sera mis un terme à une inégalité de traitement entre les établissements publics et les établissements privés sous contrat d&#8217;association.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela est malheureusement faux, et ce texte porte en lui deux écueils majeurs. Tout d’abord, si elle réduit le déséquilibre né de la loi du 13 août 2004, cette proposition de loi est loin d’y remédier. Ensuite, un second écueil réside précisément dans le fait que ce texte sanctuarise ces inégalités.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, je me permets d&#8217;évoquer à cette tribune d&#8217;autres déséquilibres entre le public et le privé sous contrat. Les établissements publics et privés sous contrat d&#8217;association remplissent des missions de service public : c&#8217;est un fait. Je note néanmoins que les premiers sont les seuls à le proposer gratuitement, et cela, depuis les lois Ferry. Je note également que seuls les établissements privés pratiquent la sélection des élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre une école gratuite et une autre payante ; entre une école de toutes les filles et tous les fils de la République, et une école de certains, devrait-il y avoir un traitement identique de la part des pouvoirs publics ? Je ne le pense pas. Devrait-on faire courir à notre école publique une course à handicap ? Au contraire, il me semble qu’elle devrait être privilégiée.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, ces éléments pourraient, à eux seuls, justifier que l&#8217;obligation de financement par les communes de résidence ne s&#8217;applique que pour les établissements publics.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les modalités de ce texte sont techniques – et rendues plus complexes encore si l&#8217;on y ajoute les EPCI des regroupements pédagogiques intercommunaux et le mécanisme de calcul des contributions –, ses implications sont, quant à elles, éminemment symboliques.</p>
<p style="text-align: justify;">Imaginez, chers collègues, un village rural français dont l’école vient d’être fermée en raison du manque d&#8217;élèves et, comme c’est souvent le cas, du désengagement de l&#8217;État. Voici que cette commune se trouverait dans l’obligation de financer l’école privée qui, de surcroît, se trouve dans du village voisin ! C’est la triple peine !</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne s&#8217;agit pas de remettre en cause la liberté d&#8217;enseignement – comme vous, j&#8217;y suis attachée –, mais nous devons nous interroger sur les orientations que nous voulons donner au service public français de l&#8217;éducation.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il ne faut pas rallumer la guerre scolaire », nous disent les initiateurs du texte, et je souscris à leurs propos. Dans ce but, évitons donc les réformes qui soufflent sur ces braises. Une solution simple et vraiment équilibrée serait de supprimer purement et simplement l’article 89 afin de revenir à la situation antérieure à la loi d’août 2004 et de ne pas remettre en cause le principe de libre administration des collectivités locales.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, les débats parlementaires m&#8217;ont permis de noter l&#8217;absence d&#8217;un terme devenu tabou. Dans les textes, dans les rapports, dans les argumentaires, il n&#8217;est jamais fait mention de la laïcité. Si la « laïcité positive » consiste à occulter la laïcité, il faudrait songer à changer cette épithète.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;article 1er de notre Constitution ne proclame-t-il pas : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » ? Pour les radicaux de gauche, cette proposition de loi constitue la dernière attaque contre le principe de laïcité.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Si seulement c’était la dernière !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Sylvia Pinel.</span> Elle fait suite à la reconnaissance, en catimini, de l&#8217;équivalence des diplômes délivrés par les établissements d&#8217;enseignement supérieur catholique et – je n&#8217;y reviens pas – au dramatique discours de Latran. Je le qualifie de dramatique, tant il est une insulte à la laïcité, car, pour nous, l&#8217;instituteur remplace avantageusement le curé dans la transmission du savoir et dans l&#8217;éducation citoyenne de nos enfants. (Très bien ! sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Or l&#8217;on constate que petit à petit, loi après loi, le Gouvernement déconstruit et saccage notre bel édifice républicain, au mépris de nos valeurs, au mépris de l&#8217;histoire et des luttes qui ont permis son édification.</p>
<p>Sous des vernis techniciens, cette proposition de loi nous montre, s&#8217;il le fallait, qu&#8217;aujourd&#8217;hui encore, la République reste à construire.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. Le privé, c’est aussi la République !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Sylvia Pinel</span>. Au nom de cette conception de la République, laïque et sociale, solidaire et humaniste, nous demandons l’abrogation de l’article 89 de la loi du 13 août 2004 et le retrait des autres articles de cette proposition de loi. Pour toutes ces raisons, les députés radicaux de gauche et apparentés voteront contre ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à Mme Martine Pinville.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Martine Pinville</span>. Monsieur le président, monsieur le ministre, chers collègues, La proposition de loi que nous examinons poursuit un double objectif. Il s&#8217;agit de reconnaître, de fait, une mission de service public aux écoles privées, qui sont pourtant des structures n’ayant pas les mêmes obligations que les écoles publiques, et de contraindre les communes à financer des écoles privées situées en dehors de leur territoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, cette proposition de loi, si elle devait être adoptée, poserait deux problèmes majeurs. Elle instaurerait un libre marché scolaire au détriment de l&#8217;enseignement public laïc auquel nous sommes nombreux à être attachés, et elle remettrait en cause la libre administration des communes en n’offrant pas au maire la possibilité de refuser préalablement un accord de financement.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis son adoption, l’article 89 de la loi du 13 août 2004 n’a cessé de faire débat. En effet, jamais les communes n&#8217;ont pu mesurer les limites de son champ d&#8217;application et donc l&#8217;étendue précise de leurs nouvelles obligations. L&#8217;abrogation de l’article 89 était et demeure nécessaire, et nous aurions dû nous en tenir là. Il nous est au contraire proposé de définir des critères permettant de légitimer l&#8217;accueil des enfants dans une école privée hors de leur commune de résidence et de rendre obligatoire la participation de celle-ci au financement de leur scolarité. Les conditions liées aux obligations professionnelles des parents ou les raisons médicales évoquées dans cette proposition de loi sont des critères sujets à interprétations, quand ils ne sont pas contestables. Je suis prête à le parier : tous ces critères seront, pour certains parents demandeurs, la source d&#8217;arguments abusifs ou erronés.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est utile de rappeler que l&#8217;école publique est et doit rester celle de tous les citoyens. Elle, et elle seule, assume toutes les contraintes de service public :…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Exactement ! Il est bon de le rappeler !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Martine Pinville</span>. …à savoir la laïcité, qui est un fondement essentiel de la République, l&#8217;obligation d&#8217;accueillir tous les élèves sans conditions morales, philosophiques ou religieuses, ainsi que le principe de gratuité qui, aujourd&#8217;hui peut-être plus que jamais, est pour toutes les familles la garantie d&#8217;un égal accès à l&#8217;école.</p>
<p style="text-align: justify;">Au contraire, la proposition de loi aggravera le dualisme scolaire, en donnant des moyens supplémentaires à l&#8217;enseignement privé dont ne dispose plus l&#8217;enseignement public, soumis qu’il est à des contraintes budgétaires dont nous pourrons évaluer la portée lors de l’examen, dans quelques semaines, du projet de loi de finances pour 2010.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons rester vigilants et maintenir un lien fort entre l&#8217;État, les élus d&#8217;une commune et ses habitants. Moi-même élue d&#8217;une petite commune, Balzac, en Charente, je peux témoigner de la volonté de tous mes collègues élus municipaux, à la fois de maintenir une école dans leur commune et de s&#8217;inscrire dans une démarche de regroupement pédagogique intercommunal, afin d’éviter à nos enfants l’exode scolaire vers le chef-lieu de canton ou vers les villes. Or cette proposition de loi entraînera des dépenses d&#8217;éducation supplémentaires pour les communes : les banlieues doivent-elles payer pour les villes et les petites communes pour les petites villes ? À l&#8217;heure où les finances publiques locales sont exsangues, il paraît peu judicieux de leur imposer des charges supplémentaires qui auraient pour conséquence d&#8217;alourdir, à terme, la fiscalité des ménages.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, faciliter la scolarisation des enfants dans des établissements privés hors de la commune de résidence provoquerait l’éclatement scolaire, social et communautaire.</p>
<p>Nous sommes nombreux ici à plaider pour un renforcement des politiques tendant à promouvoir la mixité sociale : ne nous amusons pas à séparer nos enfants dès l&#8217;école primaire mais évertuons-nous, au contraire, à renforcer le lien entre l’ensemble de la jeunesse et la collectivité, seule garante de l&#8217;intérêt général.</p>
<p>Enfin, cette proposition de loi créera, pour toutes les communes, de nouvelles obligations au profit de l&#8217;ensemble des écoles privées implantées dans les communes environnantes. Or les communes concernées n&#8217;auront pas donné leur accord pour le contrat passé entre d&#8217;autres communes, les écoles privées situées sur le territoire de celles-ci et l&#8217;État.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Pélissard</span>. Si la commune a une école publique, elle ne paiera pas !</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Martine Pinville. La libre administration des communes, inscrite dans la Constitution, est, de ce fait, remise en cause. C’est le maire, de par la loi, ne l’oublions pas, qui procède à l’inscription des élèves à l’école publique de sa commune et non le directeur de l’école, comme cela se pratique fréquemment. Le maire n’aura donc plus le choix que de se soumettre à la volonté des familles, en vue de satisfaire des intérêts particuliers. Il est indispensable, je le répète, d’abroger l’article 89 de la loi du 13 août 2004. Quant à l’article 1er de la présente proposition de loi, il me paraît inutile et dangereux. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> La parole est à M. Pierre Cardo.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Un autre son de cloche !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. Pas nécessairement : il ne faut pas désespérer.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, ce texte aurait pu aller au bout de sa logique : tel n’est pas le cas.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que les textes précédents sont loin de résoudre tous les problèmes, notamment lorsque des maires, pour diverses raisons, refusent systématiquement de régler les frais de scolarité des enfants inscrits dans des écoles privées extérieures à la commune, alors que celle-ci n’a pas la possibilité de les accueillir. C’est sans aucun doute intolérable. Faut-il pour autant voter la proposition de loi telle qu’elle est rédigée ?</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de répondre à cette question, nous devons, à mon avis, nous interroger sur la situation actuelle des établissements situés non seulement en milieu rural, mais également dans les banlieues les plus en difficulté.</p>
<p style="text-align: justify;">Je tiens tout d’abord à souligner le fait qu’il n’est pas logique que le maire ne puisse pas donner son avis dans tous les cas de figure, notamment en cas d’inscription d’un enfant dans le privé. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jean Glavany</span>. Très bien, monsieur Cardo !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. J’ai décidé de ne participer à aucun bal, que ce soit celui des idéologues ou celui des faux culs ! Je dis ce que je pense sur des sujets qui me paraissent importants à la fois pour l’avenir de l’école et pour celui de la République, qui se trouve, à mon avis, en grande difficulté. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Nous sommes des idéologues, pas des faux culs !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. Faites votre choix !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Yves Durand</span>. Il est déjà fait !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. le président</span>. Laissez M. Cardo s’exprimer.</p>
<p style="text-align: justify;">Poursuivez, mon cher collègue.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. Si je me contente de rappeler des problèmes déjà existants dans le cadre des textes actuels, est-ce une raison pour que la proposition de loi ne soit pas l’occasion de les résoudre ? Si on doit voter une loi, autant qu’elle soit intelligente !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Marie-Odile Bouillé</span>. Très bien !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître que lorsqu’une commune ne peut pas accueillir les enfants, elle doit participer aux frais d’inscription dans des établissements, publics ou privés, situés à l’extérieur de son territoire. Il n’en est pas moins vrai que les dérogations posent de vrais problèmes. Pour être, depuis vingt-six ans, maire d’une commune de banlieue, dans le collège de laquelle j’ai scolarisé mes propres enfants, je peux vous assurer qu’en raison des textes déjà existants le taux des dérogations atteint 60 %. C’est pourquoi je ne saurais être favorable à un texte qui ne prévoit pas les garde-fous nécessaires – ce qu’il aurait dû faire.</p>
<p style="text-align: justify;">Au contraire, en prévoyant qu’on puisse se passer de l’accord du maire et en rendant, pour la commune, la dépense obligatoire, la logique du texte va trop loin !</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne toujours les dérogations,…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Pour convenances personnelles !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo.</span> …n’oublions pas que, pour diverses raisons, un grand nombre d’élèves sont d’ores et déjà dispensés de la pratique du sport ou d’autres activités. Pensez-vous que nous serons d’accord avec des médecins qui, refusant la mixité dans le cadre, notamment, de certaines activités sportives, accepteront de fournir en ce sens des dispenses aux élèves qui le leur demanderont ? Alors que nous nous sommes battus pour l’école laïque, autoriserons-nous de tels dérapages ? Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres !</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre disposition est particulièrement dangereuse, celle qui autorise l’inscription d’un enfant dans l’établissement que fréquente son frère ou sa sœur.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Cette disposition existe déjà.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. Le fait que l’aîné d’une fratrie soit scolarisé dans une école élémentaire privée de la commune voisine permet déjà d’inscrire automatiquement dans le même établissement l’ensemble de la fratrie, mais, de surcroît, la commune d’origine sera désormais obligée de payer ! Ainsi, à partir du moment où l’aîné d’une fratrie sera inscrit dans un établissement privé, sans l’accord de la ville,…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Desallangre</span>. Les autres suivront !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. …les autres suivront, et si l’aîné a été inscrit sans dérogation, ses frères et sœurs, eux, l’obtiendront.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Exactement !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pierre Cardo</span>. L’addition de toutes ces dispositions me conduit à penser que le maire devrait au moins être autorisé à donner son avis. Certes, il est nécessaire de prévoir des garde-fous contre les maires qui ne sont pas objectifs – ce pourrait être le préfet ou l’inspecteur d’académie. En revanche, monsieur le ministre, il serait très dangereux de laisser le texte en l’état. La situation est déjà suffisamment préoccupante, du fait que, partout, on annonce l’ouverture de la carte scolaire et que les gens y croient. Or voilà que ce texte, tel qu’il est rédigé, va accroître le flux des départs et donc le nombre de fermetures d’écoles, si bien que, comme c’est du reste déjà le cas, ce sont ceux qui n’auront pas les moyens d’inscrire leurs enfants à l’extérieur de la commune ou la possibilité de se déplacer, qui resteront coincés chez nous. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Je le répète : cette proposition de loi aurait dû être l’occasion de prévoir des garde-fous permettant de pallier les conséquences des textes antérieurs et de prévenir les effets qu’elle ne manquera pas de provoquer. Tel n’est pas le cas. C’est la raison pour laquelle je ne la voterai pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Si seulement tous pouvaient suivre vos réflexions !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. Il sera le seul !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. Non !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Jacques Grosperrin</span>. Il n’y a pas d’idéologues chez nous !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Première nouvelle !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. le président.</span> Monsieur Rogemont, la parole est à Mme Martine Martinel, et à elle seule.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Mme Martine Martinel</span>. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, monsieur le rapporteur, la proposition de loi que nous examinons est un remède à un vrai problème, avec, toutefois, des effets secondaires redoutables pour l’enseignement public déjà mis à mal. Le principe de parité de la loi Debré entre enseignements public et privé, quelque jugement qu’on porte à son sujet, avait au moins le mérite de ne pas favoriser le privé au détriment du public. Depuis 2007, le Président Sarkozy et le Gouvernement favorisent l’enseignement privé de façon unilatérale. Faut-il rappeler le plan « Espoir banlieues », qui a provoqué la création d’un fonds d’intervention spécifique permettant l’ouverture en banlieue d’écoles privées là où la manne publique devrait servir massivement au financement de l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">La proposition de loi du sénateur Jean-Claude Carle, dans son intitulé comme dans sa justification, cherche, au nom de la liberté, à poser un principe de parité de traitement entre les écoles publiques et privées. Or, si nul ne remet en cause la liberté de choisir son école, il revient à l’État d’assurer sa mission républicaine d’excellence de l’enseignement public partout et pour tous.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui, comme l’État se dédouane de ses engagements, les écoles publiques sont fermées dans les communes rurales et on altère méthodiquement les moyens les plus efficaces pour former les enfants et les enseignants. Alors que chacun connaît les défis que l’école a à affronter, les moyens donnés ne seront pas suffisants pour les relever. On ne lui permettra pas, en tout cas, de le faire, en proposant des aménagements censés répondre à un problème d’insécurité juridique, moins important qu’on ne le prétend, ni en laissant la collectivité payer pour des choix qu’elle n’a pas tranchés.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette proposition de loi renforce le risque, déjà évoqué sur tous les bancs, d’une aggravation de l’hémorragie scolaire, provoquée par l’abandon de la carte scolaire. En effet, de nombreux maires, en raison de la réputation des établissements situés sur le territoire de leur commune ou des préjugés qui y sont attachés, voient leur population multiplier les dérogations plus ou moins fantaisistes en vue d’inscrire leurs enfants dans l’établissement d’une autre commune. Ce phénomène est grave car il a des effets dévastateurs : la relégation de la pauvreté dans certaines communes qui en supportent la charge, la diminution de la mixité scolaire et, en prime, la prise en charge, par la commune victime de cette évasion, d’une partie de son coût.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si les auteurs de cette proposition de loi veulent, de façon louable, lever l’ambiguïté de l’article 89 de la loi du 13 août 2004, les conséquences de ce texte interdiront toute solution satisfaisante.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, il y a quelque tartuferie à prôner un enseignement de qualité pour tous et à présenter, comme M. Martin Hirsch lors de son audition devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation, la lutte contre l’échec scolaire comme une priorité, quand, dans le même temps, on fait adopter un lundi, en toute discrétion, une proposition de loi qui s’inscrit dans un mouvement de fond en transférant une mission publique au privé, au risque, comme l’a souligné M. Cardo dans le rapport, d’encourager l’évasion scolaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Monsieur le ministre, il ne s’agit pas, pour reprendre vos propres mots, d’une pétition de principe. Il ne s’agit pas non plus de ranimer la guerre scolaire ou de participer à un quelconque bal des faux culs – je cite M. Cardo. Il s’agit de refuser un texte qui met à mal l’égalité devant l’école, principe auquel tous les républicains que nous sommes sont attachés.</p>
<p>M. Pierre Cardo. Les faux culs sont ceux qui ne scolarisent jamais leurs enfants dans le public.</p>
<p>M. le président. La parole est à M. Pascal Deguilhem, dernier orateur inscrit et qui sera donc un jour le premier au paradis.</p>
<p>M. Marcel Rogemont. Nous défendons la laïcité, monsieur le président, il ne saurait être question de paradis !</p>
<p>M. Pascal Deguilhem. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission, monsieur le rapporteur, chers collègues, nous arrivons au terme de la discussion générale et, même si on l’a maintes fois rappelé, j’insiste sur le fait que notre priorité reste de mettre fin à nos désaccords sur l’interprétation de l’article 89 de la loi du 13 août 2004.</p>
<p>Aux risques induits par ce flou juridique, nous préférons bien entendu un cadre législatif sûr, juste et équilibré, comme l’a encore rappelé récemment l’arrêt du tribunal administratif de Dijon, qui a mis à mal l’accord conclu entre l’AMF, que vous présidez, monsieur Pélissard, et le secrétariat général de l’enseignement catholique.</p>
<p>Or le présent texte, qui tend à garantir la parité de financement entre les écoles publiques et privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence, est trop déséquilibré pour être juste.</p>
<p>M. Jacques Pélissard. Quand il n’y a pas d’école !</p>
<p>M. Pascal Deguilhem. Tout à fait.</p>
<p>Le dispositif proposé, adossé au principe de parité, sur lequel je reviendrai, prévoit qu’une commune aura à verser une contribution pour une classe élémentaire d’un établissement privé sous contrat dans tous les cas où elle aurait dû la verser pour une classe du service public d’enseignement.</p>
<p>Cependant, les modalités que vous avez retenues pour encadrer cette obligation de contribution ne sont pas tout à fait les mêmes. Et la différence est importante…</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont.</span> Exactement !</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Pascal Deguilhem</span>. …car, en instituant une obligation de financement sans accord préalable de la commune de résidence,…</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">M. Marcel Rogemont</span>. Ce n’est pas normal !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pascal Deguilhem</span>. …vous faites une nouvelle concession à l’enseignement privé par la création d’un véritable « chèque éducation », cela dit sans vouloir rallumer une quelconque guerre scolaire. M. Vanneste nous en a donné un aperçu.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le service public, un accord préalable de la commune de résidence doit répondre à des critères dérogatoires définis. Pour le privé, rien de cela : on oblige, sans autorisation préalable, ces mêmes communes de résidence à prendre en charge les exigences des parents qui refusent le service public et scolarisent leurs enfants dans le privé hors de la commune. Au nom de la liberté d’enseignement, on piétine la libre administration des communes.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’à présent, le financement des établissements privés résultait d’un contrat passé entre une école, sa commune d’implantation et l’État. Demain, si votre proposition de loi recueille une majorité de voix, pour la première fois les communes de résidence financeront, au titre de la liberté d’enseignement, la scolarité d’enfants fréquentant une école privée hors de leur territoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Votre texte transforme le principe de liberté d’enseignement, qui n’impliquait jusqu’alors aucun financement public, en principe d’obligation de financement contraire aux textes fondateurs de l’école de la République, de l’école de Jules Ferry, outrepassant de loin la loi Debré de 1959. Cette loi, pourtant, consacrait déjà, à mon sens, une logique discriminatoire et dispendieuse en mettant à la charge des communes les dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat implantées sur leur territoire, et elles seules.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela ne suffisait pas et vous voulez créer de nouvelles obligations en instituant un droit d’accès au budget municipal, en imposant à la commune de résidence le paiement de la scolarité dans une école privée d’une autre commune. De la sorte, vous instituez une relation marchande entre les usagers et la commune, relation fondée sur le principe de la liberté d’enseignement. Toutefois, M. Cardo l’a rappelé, une telle relation marchande, même parée des atours du principe de parité, est une pratique dangereuse.</p>
<p style="text-align: justify;">En garantissant la parité, vous reconnaissez en effet de fait une mission de service public aux écoles privées, qui sont pourtant des établissements n’ayant aucune des obligations des écoles publiques – laïcité, obligation d’accueil de tous les élèves, continuité du service et gratuité pour les familles.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. N’importe quoi ! Vous n’y connaissez rien !</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Pascal Deguilhem</span>. Voilà la réalité, une réalité dangereuse, j’insiste, car en encourageant, par ce régime de faveur, la scolarisation dans des écoles privées, vous privilégiez les choix particuliers par rapport à l’intérêt général.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">M. Christian Vanneste</span>. C’est une insulte pour ceux qui travaillent dans les écoles privées !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. Elle est dangereuse pour des secteurs où l’enseignement public est déjà fort fragilisé – dans les banlieues difficiles comme dans les territoires ruraux, et je parle en connaissance de cause.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nombre de collègues maires de petites communes, je me suis efforcé, pendant plus de vingt ans, de trouver des solutions dans l’école et autour de l’école pour défendre les classes. En créant un regroupement pédagogique intercommunal, nous avons restructuré les classes, nous avons créé des garderies puis, dans la foulée, des centres de loisirs ;…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. Et alors ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. …nous avons adapté les transports pour rendre le meilleur service possible aux parents, qui travaillent pour la plupart en dehors de la commune ; nous avons créé de nouveaux restaurants scolaires ; enfin, nous avons mis à la disposition de l’école publique le personnel nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas tout : chaque fois qu’une demande de dérogation nous a été faite, nous nous sommes efforcés de trouver une solution permettant la scolarisation de l’enfant au sein de l’école publique de la commune.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, nous avons chaque fois bataillé pour maintenir dans nos communes l’école publique, laïque et gratuite.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. Le texte n’y changera rien !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. Mais si !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. Le texte est fondé sur le principe de liberté !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. Mais non ! Vous proposez la liberté pour les uns et des obligations pour les autres !</p>
<p style="text-align: justify;">Vous comprendrez aisément, monsieur le ministre, notre opposition à ce principe de parité qui n’en est pas un puisqu’il crée des conditions plus favorables pour les écoles privées.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Mais non !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. Au nom de la liberté, dites-vous, mais où est l’égalité et la liberté de choix pour les enfants et les parents des communes qui seront contraintes de fermer demain leur école malgré les efforts déployés, faute de moyens ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je vous remercie de bien vouloir conclure, mon cher collègue.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. Le texte ne va pas dans le bon sens. Depuis plus d’un siècle, depuis la répartition proportionnelle scolaire de 1905 jusqu’à la parité public-privé que vous proposez, les députés socialistes se sont toujours opposés à ce qu’ils considéraient comme de mauvais coups portés au service public d’éducation.</p>
<p style="text-align: justify;">À moins que vous ne repreniez plusieurs de nos amendements, nous resterons fidèles à ceux qui nous ont précédés sur ces mêmes bancs. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. Très juste !</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La discussion générale est close.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. J’ai bien entendu l’appel à l’apaisement, la volonté de renoncer à la guerre scolaire ; reste, mesdames, messieurs les députés du groupe SRC, que j’ai aussi entendu de nombreuses caricatures.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Absolument !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Je reviens par conséquent sur le fond du texte, même si Jacques Pélissard l’a fort bien expliqué, rappelant la situation très difficile dans laquelle les communes se trouvent.</p>
<p style="text-align: justify;">Un accord a été signé en 2006 entre l’AMF et le secrétariat général de l’enseignement catholique.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Tout à fait !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Or cet accord est juridiquement fragile ; c’est pourquoi, pour mettre un terme à cette insécurité – très bien décrite par M. Pélissard –, la proposition de loi reprend textuellement l’accord. Sans le présent dispositif, en effet, les tribunaux continueraient de condamner les communes à payer dans tous les cas et sans conditions.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne partage pas du tout le point de vue de M. Deguilhem : ce n’est pas la première fois que des communes vont payer pour la scolarité d’enfants inscrits dans l’enseignement privé dans des communes voisines ; la proposition de loi vise seulement à encadrer cette réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous craignez, monsieur Durand, l’assèchement des écoles des endroits défavorisés. Néanmoins, comme M. Pélissard l’a très bien souligné, le texte prévoit un verrou important : si une commune dispose d’une école sur son territoire, il n’y a pas d’obligation pour elle de payer.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Ce n’est pas ce que dit le texte !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Yves Durand entend ensuite soumettre le paiement de la contribution par la commune de résidence à l’autorisation du maire. Une telle disposition n’empêche toutefois pas l’élève d’être scolarisé dans la commune voisine.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. Exactement !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Soyons réalistes : la proposition de loi n’empêchera pas l’assèchement que vous craignez. (Murmures sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Desallangre a évoqué l’article 40 de la Constitution. Je ne reviendrai pas sur les raisons formelles que le président de la commission des finances a avancées pour ne pas s’opposer à l’examen du présent texte. J’ajouterai, sur le fond, que cette proposition encadre les dispositions en vigueur et se révèle moins favorable à l’enseignement privé que l’interprétation qui est faite de plusieurs dispositions de l’article 89 de la loi du 13 août 2004.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. Tout à fait !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Le dispositif proposé ne crée par conséquent aucune nouvelle dépense, bien au contraire.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez été nombreux à évoquer l’autorisation du maire.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Il s’agit de respecter le parallélisme des formes !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Cette autorisation soulève une question constitutionnelle relevée par plusieurs députés de la majorité. Si le maire donnait son avis, il s’immiscerait dans le choix d’une famille – liberté fondamentale garantie par la Constitution –, de se tourner vers l’enseignement public ou bien vers l’enseignement privé. (Murmures sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Si ça n’est pas faux-cul !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Cette liberté fondamentale ne saurait par conséquent être placée sous le contrôle du maire, à moins de rendre le dispositif inconstitutionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Alors, pourquoi demander l’autorisation dans un cas et pas dans l’autre ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. MM. Lachaud et Grosperrin, entre autres, m’ont interrogé sur la question des fratries.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Allez-vous répondre, monsieur le ministre ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Ce n’est pas à l’Oréal qu’on apprend la Constitution, manifestement !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Je reviendrai sur la Constitution, monsieur Glavany. J’ignore si on l’apprend chez l’Oréal, en tout cas je ne suis pas sûr que vous interprétiez très bien les décisions du Conseil constitutionnel. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Je ne méprise en rien ce qu’on apprend chez l’Oréal, je constate seulement que ce n’est certainement pas la Constitution !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. MM. Lachaud et Grosperrin m’ont à juste titre, disais-je, interrogé sur la question des fratries. Dans un souci de strict alignement sur les dispositions relatives au financement de la scolarisation dans le public, le texte reprend les termes de « frères et sœurs » qui figurent à l’article L. 212-8 du code de l’éducation. Cela ne signifie néanmoins pas que l’interprétation qu’en feront le pouvoir réglementaire et le juge administratif doit être restrictive.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet de la loi, à savoir la prise en compte des contraintes professionnelles des adultes composant un foyer, plaide au contraire, à mes yeux, pour une acception « contemporaine » de la fratrie, englobant les demi-frères, les demi-sœurs mais aussi l’ensemble des enfants qui vivent dans un même foyer, ce que vous avez appelé, monsieur Grosperrin, les familles recomposées.</p>
<p style="text-align: justify;">Monsieur Glavany – vous ne perdez rien pour attendre –, vous contestez la parité.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs députés du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche. Oui !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Je la conteste d’un point de vue constitutionnel !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Relisez donc les décisions du Conseil constitutionnel !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Je les lis manifestement plus souvent que vous !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Ainsi, le vingt-septième considérant de la décision du 13 janvier 1994 précise que la parité est une condition de la liberté d’enseignement.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Non !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. C’est l’avis du Conseil constitutionnel et c’est donc avec lui que vous n’êtes pas d’accord.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme vous, monsieur Glavany, Mme Bouillé nous a interpellés sur le fait que chaque fois que la majorité revenait sur les équilibres atteints en matière scolaire, elle faisait pencher la balance du côté de l’enseignement privé.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement, qui a adopté cette proposition de loi au Sénat ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Grosperrin. En effet !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Pas nous !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Non seulement la majorité sénatoriale mais également le groupe socialiste ! Cela signifie, monsieur Glavany, que l’on peut très bien…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Commettre des erreurs !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. …dépasser les clivages partisans. Du reste, l’avis du bureau de l’association des maires de France, ainsi que l’a rappelé Jacques Pélissard, en témoigne : nous pouvons nous retrouver sur certaines questions à condition de laisser l’idéologie et l’esprit politicien au vestiaire.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Nicolas Perruchot. Tout à fait !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Bla, bla, bla !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Enfin, monsieur Glavany, vous reprochez au Gouvernement de mener une lutte à géométrie variable contre l’échec scolaire ; mais qu’est-ce donc que l’accompagnement éducatif au collège, une réponse aux « orphelins de seize heures », ces élèves livrés à eux-mêmes entre seize et dix-huit heures, si ce n’est la lutte contre l’échec scolaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Répondez sur les suppressions de postes ! Je vais vous citer des chiffres !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Qu’est-ce que l’aide personnalisée, qui prend en charge un million d’élèves à l’école primaire, les élèves qui ont le plus de difficultés dans l’apprentissage de la lecture, sinon la lutte contre l’échec scolaire ? (Applaudissements sur les bancs des groupes UMP et NC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que l’ouverture d’internats d’excellence accueillant les enfants de milieux défavorisés pour les accompagner dans leur réussite scolaire, si ce n’est une politique de lutte contre l’échec scolaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">La réforme du bac professionnel en trois ans, c’est clairement une réponse à l’échec scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne peux donc pas vous laisser dire que le Gouvernement adopte, sur ce sujet, des positions à géométrie variable et qu’il abandonne la lutte contre l’échec scolaire, qui est au contraire au cœur de sa politique. (Applaudissements sur les bancs des groupes UMP et NC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. le rapporteur.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Avant de passer à l’examen des articles, je voudrais apporter un élément de réponse qui me semble de taille. Il faut en effet répondre à tous ceux qui s’arc-boutent sur l’accord initial du maire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Absolument !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. On a l’impression que, s’agissant de l’école publique, on demande toujours l’accord du maire, et que, s’agissant de l’école privée, on ne le lui demande jamais. Je pense qu’il y a là une grande confusion. L’accord préalable est requis, évidemment, lorsque la commune a la capacité d’accueil suffisante, mais pas toujours. Un décret en Conseil d’État précise que la commune, même dans ce cas, est tenue de participer financièrement à la scolarisation d’enfants résidant sur son territoire lorsque leur inscription dans une autre commune est justifiée par des motifs tirés des contraintes que nous avons déjà suffisamment entendues : les obligations professionnelles, l’inscription d’un frère ou d’une sœur, les raisons médicales. Tout cela est précisé en détail dans l’article R. 212-21 du code de l’éducation. Pour l’école publique, dans ce cas-là, on ne demande pas l’accord du maire. C’est de droit. Et la commune doit participer au financement des frais de scolarité.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. Ce n’est pas vrai !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Qui juge de la recevabilité de la demande, monsieur le rapporteur ?<br />
Discussion des articles</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte de la commission.<br />
Article 1er
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Michel Ménard, inscrit sur l’article.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. J’ai bien entendu notre collègue Pélissard rappeler que l’Association des maires de France s’était dite favorable à la proposition de loi. Je crois néanmoins qu’un certain nombre de maires qui sont membres du conseil d’administration de cette association ont raisonné en se disant que ce texte n’était pas très bon, mais qu’il en remplacerait un encore plus mauvais.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. C’est moins pire !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Oui, « c’est moins pire : donc prenons toujours ça, cela nous évitera quelques déconvenues ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cela ne veut pas dire que ce texte satisfasse une grande partie des maires.</p>
<p style="text-align: justify;">L’article 1er pose plusieurs problèmes. Vous dites qu’il garantit la parité. En fait, il ne la garantit pas. D’un côté, des dépenses obligatoires sont imposées au maire dans le cadre de la scolarisation dans l’enseignement privé. De l’autre, quand l’élève est scolarisé dans le public, l’accord du maire est nécessaire. Ce n’est pas la parité qui est mise en avant. L’enseignement privé est favorisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre problème, les conditions restrictives qui sont indiquées dans cet article : obligations professionnelles, fratrie, raisons médicales. Il me semble que cette rédaction est très imprécise. Elle peut largement ouvrir les possibilités d’inscription d’un enfant dans une école d’une autre commune, et en l’occurrence dans une école privée. Cette disposition prêtera d’ailleurs certainement à contentieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Troisièmement, cette proposition de loi réduit les pouvoirs du maire, allant ainsi dans le sens de la mise sous tutelle des collectivités locales que l’on constate depuis plusieurs mois et qui sera encore renforcée par le texte inscrit à l’ordre du jour du Sénat au mois de décembre.</p>
<p style="text-align: justify;">Des dépenses obligatoires sont imposées à la commune. C’est un coût supplémentaire particulièrement problématique pour les maires des petites communes, qui se battent pour maintenir leur école publique. Or on sait que, dans certaines d’entre elles, des investissements importants, des choix financiers difficiles sont nécessaires pour maintenir l’école communale. Il est regrettable de constater que ces maires vont devoir, d’un côté, continuer à investir au bénéfice de leur école publique, élément indispensable pour la vie de la commune, et, de l’autre, continuer la scolarisation dans des écoles privées, au bon vouloir des familles.</p>
<p style="text-align: justify;">Je dois rappeler ce que disait l’Association des maires ruraux de France.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. Mais elle aussi est d’accord avec ce texte !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Parlant de l’article 89 – mais ceci est toujours valable pour le présent texte –, elle jugeait « inacceptable que les finances communales puissent être engagées à leur insu par le choix de parents de scolariser leur enfant dans une école privée ».</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pascal Deguilhem. Eh oui !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Eh bien, c’est toujours vrai ! Même si vous réduisez le nombre de cas dans lesquels les maires seront obligés de financer – la proposition de loi est moins mauvaise à cet égard que l’article 89 –, c’est la même philosophie que l’on retrouve.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela rejoint d’ailleurs ce que nous a dit Pierre Cardo tout à l’heure. Chers collègues de la majorité, écoutez ce que dit votre collègue. C’est le témoignage d’un élu qui est confronté à l’exode scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, je voudrais dire que l’ensemble de l’opposition peut tout à fait approuver l’article 3 de cette proposition de loi.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Marcel Rogemont.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Tout d’abord, l’accord de l’AMF vise un texte qui s’imposait. L’AMF, et c’est tout à fait naturel, a défendu l’idée que cet article, mauvais en lui-même, devait être corrigé dans son application. Mais ce n’est pas parce que l’on essaie d’améliorer l’application d’un texte que, pour autant, l’on ne doit pas revenir sur le texte lui-même. Il est de la responsabilité de l’Association des maires de France de faire en sorte que les lois soient appliquées le plus justement possible, notamment eu égard aux intérêts des communes, mais il est de la responsabilité du Parlement de légiférer. Or la législation précédemment adoptée pose problème.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est tout à fait naturel que le libre choix des parents puisse s’exprimer, mais cela ne doit en aucun cas conduire à entamer les finances communales. Il faut rappeler que l’État prend en charge une bonne partie des dépenses liées à une école privée dès lors qu’elle est sous contrat d’association, et que, par ailleurs, les parents apportent de l’argent en plus. Cela crée déjà une distorsion entre l’enseignement public et l’enseignement privé.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Pélissard. C’est leur choix !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. C’est leur choix, en effet. C’est exactement ce que je suis en train de vous dire, cher collègue. Mais il ne faudrait pas que ce choix entame, de quelque façon que ce soit, les finances communales.</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxième point : à défaut de respecter le principe que je viens d’énoncer, c’est le strict parallélisme des formes entre le public et le privé qui doit s’imposer.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Bien sûr !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. À partir du moment où l’on adopte un dispositif visant à financer l’accueil des élèves scolarisés à l’extérieur de la commune, je ne vois pas pourquoi on n’applique pas strictement au privé les règles en vigueur pour le public.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, il y a un fait que je veux relever ici, et qui me conduira d’ailleurs à interroger le ministre. Il se trouve que, dans mon département, l’enseignement privé est extrêmement présent. Il est d’ailleurs de qualité, je le dis très nettement. La question n’est pas là. Mais puisque l’on me parle tout le temps de la liberté de choisir entre le public et le privé, je voudrais savoir ce que fait l’État dans les communes où l’on n’ouvre pas d’école publique alors qu’elles ont, a priori, les effectifs nécessaires pour le faire. On ne peut pas à la fois être les tenants de la liberté que doivent avoir les parents de choisir, et accepter une telle situation. Je demande expressément au ministre de me répondre, de me dire ce que fait l’État pour que ce principe de libre choix soit effectif.<br />
Rappel au règlement
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Jean Glavany.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Monsieur le ministre, dans votre réponse aux orateurs inscrits dans la discussion générale, vous avez dit une contrevérité flagrante. J’en suis navré, parce que j’ai beaucoup, beaucoup de respect, comme je le disais tout à l’heure – et je ne voudrais pas que vous le preniez comme une attaque personnelle –, pour l’entreprise privée dans laquelle vous avez exercé vos responsabilités. C’est un grand groupe multinational, qui fait beaucoup de bien à l’économie française (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), mais il se trouve que cela vous a donné plus de compétences pour aider le privé que pour aider le public.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Cette remarque est parfaitement déplacée !</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Marie-Louise Fort. Ça veut dire quoi ? Qu’il faut être fonctionnaire pour être député ou ministre ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Cela dit, il va falloir que vous donniez un grand coup de règle sur les doigts de vos collaborateurs, qui vont ont fait faire une énorme bourde. Il se trouve que la décision du Conseil constitutionnel de 1994, je la connais bien. Je ne suis pas un très vieux parlementaire, mais suffisamment ancien pour avoir mené bataille, avec quelques-uns ici, contre l’aggravation de la loi Falloux qui était portée à l’époque par M. Bayrou. Nous n’étions pas très nombreux, je m’en souviens. Je siégeais tout là-haut. J’ai mené cette bataille jour et nuit. Le recours devant le Conseil constitutionnel, je l’ai signé. Et j’étais d’ailleurs dans les rues de Paris, le 16 janvier 1994, avec beaucoup de mes amis – un million –, pour me réjouir de sa décision. C’est vous dire si je la connais, pour l’avoir suscitée et l’avoir espérée de toutes mes forces.</p>
<p style="text-align: justify;">Or le considérant 27, monsieur le ministre, dont vous avez dit tout à l’heure qu’il établissait le principe de parité, je l’ai ici sous les yeux. Il fait quatorze lignes. À aucun moment il ne mentionne le mot parité. Vos collaborateurs vous ont donc fait dire une grosse bêtise. Dans ce considérant, le Conseil constitutionnel affirme « que les aides allouées doivent, pour être conformes aux principes d’égalité et de liberté, obéir à des critères objectifs ». Il est bien question d’égalité ! Et cela change tout. Car si la Constitution protège l’égalité entre les citoyens, elle ne protège pas la parité. Dans la décision du Conseil constitutionnel, il n’y a pas le mot parité et vos collaborateurs n’ont pas le droit de manifester leur désapprobation.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu’il en soit, j’ai, je le répète, la décision sous les yeux : le mot parité n’y figure pas. Alors, qu’on ne nous provoque pas ici. Je vais à l’instant même vous remettre cette décision en mains propres, monsieur le ministre. Il n’y a pas le mot parité. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Et vous direz à vos collaborateurs d’arrêter ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. le ministre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Monsieur Glavany, je crois que nous pouvons débattre dans l’apaisement, dans l’écoute et le respect mutuels, même si ce sont des débats passionnés et passionnants.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Je suis dans le respect. À condition que l’on respecte la vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. Oui. Ce que je voudrais simplement vous dire, monsieur Glavany, c’est que la décision du Conseil constitutionnel que j’ai évoquée tout à l’heure, le fameux considérant 24,…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Vous avez dit 27, tout à l’heure.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale. …répondait à une critique sur la parité en évoquant l’égalité. Vous devriez être d’autant plus satisfait. C’est l’égalité qui est inscrite dans cette décision.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la parité, je rappelle que c’est l’un des points essentiels de la loi de 1959, dite loi Debré, qu’aucun des gouvernements que vous avez soutenus n’a jamais voulu remettre en question. Enfin, ils ont essayé, dans les années quatre-vingt, mais ils ont vite oublié. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. C’est un autre problème !<br />
(suite)
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 14.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Le présent amendement tend à supprimer l’article 1er, que nous considérons comme totalement à rejeter, alors que M. Reiss y voit une solution de compromis qui s’inscrit dans la philosophie de la loi Debré de 1959. Or, en créant pour les communes de nouvelles obligations au bénéfice des écoles privées implantées sur d’autres communes, la proposition va beaucoup plus loin que la loi Debré, qui n’a vocation à régir que les rapports entre les établissements d’enseignement privés et l’État. En plus d’organiser une contribution obligatoire des communes pour les écoles privées situées hors de leur territoire – avec lesquelles elles n’ont donc pas de contrat –, le texte prévoit un financement facultatif qui correspond tout bonnement à un chèque éducation. Les montants seront énormes puisqu’on estime à près d’un tiers les écoliers du privé scolarisés en dehors de leur commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Les députés du groupe communiste, républicain et du parti de gauche ne voient aucun motif légitime au financement par les communes de résidence ou d’accueil des écoles privées sous contrat d’association avec l’État. Nous considérons que ces fonds publics ne peuvent pas être utilisés pour donner à l’enseignement privé des moyens dont ne dispose malheureusement pas l’enseignement public, qui a toutes les contraintes de service public : laïcité, obligation d’accueil de tous les élèves, continuité du service et gratuité pour les familles.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Frédéric Reiss, rapporteur de la commission des affaires culturelles et de l’éducation ».</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Je ne soutiens évidemment pas l’argumentation de M. Desallangre. Comme je l’ai précisé dans mon intervention liminaire, la situation actuelle n’est satisfaisante pour personne, ni pour les maires, qui aimeraient connaître leurs obligations légales, ni pour les écoles privées, qui ignorent le montant des financements dont elles bénéficieront.</p>
<p style="text-align: justify;">La suppression de l’article 1er n’est pas compatible avec la nécessité, aujourd’hui, de légiférer. Cet article met précisément en place le nouveau dispositif calquant les modalités de financement d’un élève inscrit dans une école privée sur celles d’un élève inscrit dans une école publique.</p>
<p style="text-align: justify;">L’amendement a été repoussé par la commission.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Cette proposition de loi se propose de compléter l’article 89 de la loi d’août 2004 afin, comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises depuis le début de la discussion, de mettre fin aux contentieux que nous connaissons aujourd’hui, en revenant à une lecture de la loi qui sera conforme au compromis qui avait été trouvé entre l’Association des maires et le secrétariat général de l’enseignement catholique, et qui permettra ainsi de limiter la participation de la commune au cas où celle-ci serait obligatoire pour un élève scolarisé dans le public.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour toutes ces raisons, le Gouvernement ne peut être que défavorable à cet amendement de suppression.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 14 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 1.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à Mme Michèle Delaunay.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Permettez-moi un préalable sur ce passionnant débat sur les mots que nous venons d’avoir. Le mot « parité » est en effet mal utilisé puisque, étymologiquement, il concerne des pairs. Mieux vaudrait l’utiliser comme on le fait pour les genres entre personnes et non pas entre articles de loi. D’ailleurs, dans la suite du texte que M. Glavany avait en main, il est dit que l’égalité contrevient à la parité. Je crois donc que nous devrions être très sourcilleux sur ces termes, en particulier quand ils apparaissent dans le titre d’une loi.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre remarque concerne la liberté de l’enseignement, qui n’est autre que la liberté d’enseigner. Cette expression n’a pas, à de multiples reprises sur d’autres bancs, été utilisée de cette manière.</p>
<p style="text-align: justify;">J’en viens à l’amendement n° 1, sur lequel beaucoup a déjà été dit, et j’indique à M. Lachaud, de manière apaisée et sans passion, deux raisons pour soutenir cet équilibre entre les conditions faites à l’école publique et à l’école privée. La première c’est que, s’agissant du parallélisme des formes, de l’identité des conditions, d’un côté, vous soutenez cette parité, dont nous avons dit ce que nous pensons, et, d’un autre côté, vous la rendez bancale.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde raison est celle que j’ai soutenue dans la motion de rejet préalable : cela rompt le lien avec la République et avec le maire qui va financer. Il est nécessaire qu’il soit requis par principe, mais aussi tout simplement pour valider les critères. Nous venons de voir qu’il pouvait être outrepassé, que ces conditions peuvent être interprétées de manière différente. Je crois que l’obligation faite au maire de valider ces critères et de donner son avis au nom de l’autorité publique, au nom de ce qu’il représente, est tout à fait indispensable.</p>
<p style="text-align: justify;">Je dois dire que, si vous acceptiez cet amendement, avec beaucoup de volonté de conciliation nous reverrions positivement notre vote.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Selon l’article L. 212-8 du code de l’éducation, l’autorisation du maire n’intervient que dans le cas où il existe des capacités d’accueil dans la commune de résidence. Celle-ci peut d’ailleurs participer aux frais de fonctionnement si elle a préalablement donné son accord à l’inscription de l’enfant. Nous sommes là dans le domaine de l’école publique.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucun accord préalable du maire n’est nécessaire pour les dérogations liées aux obligations professionnelles des parents, aux fratries ou à des raisons médicales. L’article L. 212-8 est très clair à ce sujet. Il précise même : « À défaut d&#8217;accord entre les communes intéressées sur la répartition des dépenses, la contribution de chaque commune est fixée par le représentant de l&#8217;État dans le département après avis du conseil départemental de l&#8217;éducation nationale. »</p>
<p style="text-align: justify;">Le ministre l’a indiqué tout à l’heure, une telle disposition serait, de mon point de vue aussi, contraire à la Constitution. Il est clairement inscrit, dans la décision du Conseil constitutionnel du 13 janvier 1994, « si le principe de libre administration des collectivités locales a valeur constitutionnelle, les dispositions que le législateur édicte ne sauraient conduire à ce que les conditions essentielles d&#8217;application d&#8217;une loi relative à l&#8217;exercice de la liberté de l&#8217;enseignement dépendent de décisions des collectivités territoriales et, ainsi, puissent ne pas être les mêmes sur l&#8217;ensemble du territoire ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les réponses sont claires et la commission a rejeté cet amendement.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Pour compléter l’avis du rapporteur, j’avoue que je m’interroge sur les conséquences qu’aurait l’adoption d’un tel amendement pour les finances d’une commune. S’il n’y avait plus d’école dans la commune, par exemple, y aurait-il obligation d’en rouvrir une pour un seul élève ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Allons !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Cela rejoint la question de M. Rogemont tout à l’heure. Je rappelle que l’ouverture d’une classe doit correspondre à un besoin scolaire reconnu.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. C’est combien d’élèves, un besoin scolaire reconnu ? Trente ? Quarante ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. C’est dans cet esprit que l’éducation nationale adapte sa carte scolaire aux besoins répartis sur l’ensemble du territoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre conviction, et nous en avons discuté avec le rapporteur, c’est que cet amendement entraînerait la suppression de l’obligation pour les communes de participer aux frais de scolarisation des élèves que leurs parents auraient choisi de placer dans l’enseignement privé. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas y être favorables.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Yvan Lachaud.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yvan Lachaud. Je voudrais revenir sur les propos de Mme Delaunay s’agissant de la liberté et de l’obligation de signature du maire. Faisons un parallélisme des formes avec les crèches, qu’elles soient communales ou associatives. Que je sache, dès lors que la CAF reconnaît une crèche en tant que telle, il y a participation communale sans pour autant que le maire ait à autoriser l’inscription d’un enfant dans la crèche associative privée. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Ce n’est pas la même chose, l’école est obligatoire !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yvan Lachaud. Il y a un parallélisme des formes entre ce qui dépend de la commune, ce qui est du domaine public, et ce qui est du domaine privé.</p>
<p style="text-align: justify;">Je comprends que vous puissiez vous offusquer – c’est une vieille bataille que la liberté de l’enseignement.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Ce n’est pas du tout la même chose, ce que vous dites est inexact !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yvan Lachaud. Puisque cela ne vous dérange pas pour les crèches, alors qu’il y a obligation pour une commune, pourquoi cela vous dérange-t-il pour l’enseignement privé ? Allez plus loin, dites pourquoi cela vous dérange !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Marcel Rogemont. Aucune commune n’est obligée de payer une crèche. Vous racontez des sottises !</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Yves Durand.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. Je remercie M. Lachaud de son intervention, qui a dévoilé la volonté profonde qui se cache derrière ce texte.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yvan Lachaud. La vôtre !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. C’est exactement ce qu’il faut faire si l’on veut rallumer la guerre scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais revenir sur votre réponse dans la discussion générale, monsieur le ministre, pour m’étonner que vous opposiez l’obligation de payer pour la scolarité d’un élève et l’accord du maire – que nous voulons nécessaire pour les élèves du privé comme pour les élèves du public – au libre choix des familles. Je trouve que cette réflexion est extraordinairement dangereuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Tout à fait !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. Vous proposez, pour les uns, la liberté sans accord du maire et, pour les autres, la nécessité, quoi que vous en disiez parce que c’est ainsi que cela se passe, de l’avis du maire. Au fond, vous nous demandez d’accepter de payer le restaurant à ceux qui ne veulent pas aller à la cantine avec l’argent de ceux qui ne peuvent pas se le payer et qui sont obligés d’aller à la cantine. Ce n’est ni la parité ni l’égalité !</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi nous voulons l’accord du maire, et que nous insistons sur cet amendement qui nous paraît essentiel. Beaucoup d’entre nous l’ont fait, je l’ai développé dans mon intervention, M. Cardo l’a repris. Ce dernier n’appartient pas à notre groupe, mais il partage nos préoccupations. Comme moi, il est maire d’une commune de banlieue et il voit comment cela se passe quand il n’y a pas accord ni discussion entre les maires, quelle que soit leur couleur politique, pour qu’il y ait dans l’enseignement public une répartition à peu près convenable et républicaine des difficultés scolaires, de façon à les résoudre ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">Si vous n’acceptez pas cet amendement, que vous le vouliez ou non, derrière l’idée de liberté de choix des familles, il y a en vérité le chèque scolaire, auquel s’est référé M. Vanneste tout à l’heure. Je crains qu’il ne dise tout haut ce que vous pensez tout bas.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 1 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 26 rectifié.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Par cet amendement, nous nous élevons contre la tentative, à l’alinéa 3 de l’article 1er, de permettre le financement d’une école privée dans le cas où la commune de résidence ne disposerait pas elle-même des capacités d’accueil dans une école publique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui apparaît logique au premier abord est en réalité fallacieux. Cette disposition omet de prévoir que la commune d’accueil puisse elle-même disposer d’une école publique aux capacités d’accueil suffisantes. Avec une telle omission, vous organisez bien le financement des écoles privées au détriment des écoles publiques. C’est d’autant plus gênant qu’une commune a toujours une école publique située soit sur son territoire, soit sur celui d’une commune voisine – je me réfère à ce que disait en 2007 le président de l’association des maires ruraux de France.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous omettez de préciser que c’est la politique du Gouvernement qui organise la carence pour mieux légitimer la privatisation de l’enseignement,…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Franck Gilard. C’est quelque peu manichéen !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. …car les capacités d’accueil sont bien définies à l’article L. 212-8 du code de l’éducation. Elles sont considérées comme suffisantes lorsque la commune de résidence dispose des locaux nécessaires mais aussi des postes d’enseignement. Et le préambule de la Constitution de 1946 prévoit bien que « L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État. »</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. La possibilité de scolariser son enfant dans une école publique est offerte à toutes les familles. Il n’y a aucun désengagement de l’État au profit de l’école privée et au détriment de l’école publique. De plus, vous balayeriez avec votre amendement la notion de RPI, qu’il faut certes préciser, mais non ignorer.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet amendement a été repoussé par la commission car il revient à empêcher les parents d’inscrire leurs enfants dans une école privée, même quand la commune ne dispose pas des capacités d’accueil. En réalité, il s’agit effectivement d’une rupture. Et là, c’est de la parité entre le public et le privé.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Vous savez bien qu’ils le peuvent.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Même avis défavorable.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 26 rectifié n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 15.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Les alinéas 3 et 6 de la proposition de loi prévoient un dispositif qui ne prend pas en considération la possibilité que les contraintes rencontrées par les familles puissent être résolues dans une école publique de la commune d’accueil.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi permettrait-on à un établissement privé d’exiger un financement au motif qu’il proposerait, contrairement à l’école publique de la commune de résidence, la restauration et la garde des enfants, alors même qu’un établissement public le proposerait également ?</p>
<p style="text-align: justify;">Faut-il considérer cet oubli comme une volonté cachée de privatiser l’enseignement, en mettant en œuvre un chèque éducation ? Ce projet correspond, à nos yeux, à une aspiration libérale d’ouvrir en grand les portes d’un marché de l’éducation, qui est estimé très haut.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dispositif proposé joue également sur le fait que, pour des raisons financières, certaines communes peuvent rencontrer des difficultés à proposer restauration et garde des enfants dans les écoles publiques. Si ces communes donnent plus aux écoles privées, elles auront encore moins de moyens pour proposer ces services dans leurs écoles publiques.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Cet amendement, ici encore, est contraire à la liberté de l’enseignement, puisque cela reviendrait à obliger les parents à inscrire leur enfant dans une école publique, même s’ils se trouvent dans l’un des trois cas de dérogation prévus par la loi.</p>
<p style="text-align: justify;">Avis défavorable de la commission.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Nous pensons que cet amendement reviendrait à mettre en cause la liberté de choix des parents. Le Gouvernement y est donc défavorable.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 15 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 16.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Cet amendement rédactionnel vise à préciser que la contribution de la commune de résidence ne revêt un caractère obligatoire que lorsque aucun des critères de restauration et de garde des enfants n’est satisfait par l’une de ses écoles publiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Si vous adoptez cet amendement, le financement ne pourra donc être revendiqué si une école publique de la commune de résidence propose l’un de ces deux services.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Nous nous trouvons dans le domaine réglementaire. Cela figure déjà dans l’article R. 212-21.</p>
<p style="text-align: justify;">Avis défavorable de la commission.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Même avis.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 16 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi de trois amendements, nos 17, 5 et 2, pouvant être soumis à une discussion commune.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre, pour défendre l’amendement n° 17.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Il nous semble nécessaire que l’école privée démontre qu’elle répond à la contrainte invoquée pour la scolarisation hors de la commune de résidence en ce qui concerne la restauration et la garde des enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne serait pas envisageable d’exiger des garanties de la part des écoles publiques sans exiger les mêmes garanties de la part des écoles privées.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre amendement vise donc à compléter l’alinéa 4 de l’article 1er par les mots : « et que l’école privée d’accueil les assure ; »</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Pierre Cardo, pour soutenir l’amendement n° 5.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. L’objectif de l’amendement est d’autoriser une dérogation car certaines prestations ne sont pas offertes par l’établissement public de la commune d’origine. On peut comprendre que les parents souhaitent certaines prestations ; la dérogation est autorisée à condition qu’il n’y ait pas sur la commune d’accueil d’établissement untel ou untel.</p>
<p style="text-align: justify;">Des établissements ne disposent pas de garderies. La plupart du temps, ce sont les communes qui s’occupent des garderies. Dans ces conditions, il faut que l’on puisse trouver sur la commune concernée la prestation qui justifie la demande de dérogation des parents et l’éventuel accord du maire.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai déposé cet amendement car il serait difficilement compréhensible que l’on change de commune après avoir obtenu une dérogation compte tenu du manque de prestations et que, sur la commune voisine, les prestations pour lesquelles la dérogation est demandée n’existent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Soyons prudents !</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à Mme Michèle Delaunay, pour soutenir l’amendement n ° 2.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Cet amendement est presque une évidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Soit les intentions des rédacteurs de cette proposition de loi sont honnêtes et claires, et vous accepterez volontiers ces amendements, car il s’agit d’un oubli. Il est bien évident que la dérogation ne peut être acceptée que si l’établissement sollicité ou l’établissement d’accueil fournit ce qui manque dans la commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Soit il existe une imprécision qui permet d’élargir les dérogations.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Je pense que ces amendements manquent leur cible.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idée de rapprocher le lieu de travail des parents et le lieu de scolarisation des enfants doit justement permettre de surmonter l’absence d’un service de restauration ou de garde dans la commune de résidence. Si le choix de l’école privée est fait par la famille en raison de l’absence de ce service, il me semble évident qu’elle ne mettra pas l’enfant dans une école où ce service est inexistant.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. C’est vous qui le dites !</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs députés du groupe SRC. Il faut le préciser !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Aujourd’hui, le dispositif a fonctionné pour l’école publique. Il s’agit de l’article R. 212-31. Je ne vois donc pas pourquoi il ne fonctionnerait pas demain pour l’école privée.</p>
<p style="text-align: justify;">La commission a repoussé ces amendements.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Je voudrais reprendre l’argumentation du rapporteur.</p>
<p style="text-align: justify;">La proposition de loi reprend la même rédaction pour le privé et pour le public. Il n’y a donc aucune raison pour que, s’agissant de l’enseignement privé, la commune de résidence ne soit tenue de participer aux frais de scolarisation que si l’établissement privé assure lui-même la restauration, la garde des enfants, alors qu’une telle condition n’existe pas, comme le rappelait le rapporteur, pour les écoles publiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Gouvernement est défavorable aux trois amendements.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 17 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 5 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 2 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 18.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Je souhaite revenir sur une réflexion émanant des bancs UMP, à savoir la condition d’inscription d’un frère ou d’une sœur dans un établissement scolaire de la même commune. Cela n’a de sens que s’il s’agit du même établissement scolaire élémentaire. Il convient donc de le préciser. Sinon, dès que le grand frère est au collège ou au lycée, toute la fratrie suit et personne ne peut s’y opposer.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Dans le cadre du parallélisme des formes, l’alinéa 5 reprend strictement la rédaction du 2° de l’article L. 212-8.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. C’est bien quand ça vous arrange !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Il serait donc contraire à la parité public-privé, que vous contestez, d’en restreindre le champ.</p>
<p style="text-align: justify;">La commission est défavorable à cet amendement.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Le texte auquel faisait référence M. Desallangre est de nature réglementaire. Nous pensons donc qu’il n’y a pas lieu de modifier la loi, comme le rapporteur vient de le préciser.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Ben voyons !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Il doit être de même nature pour le privé et pour le public. Le Gouvernement est donc, pour cette raison, défavorable à cet amendement.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Christian Vanneste.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Cet amendement est de l’ordre de l’aveu.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. De votre part !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Vous ne supportez pas que la liberté des familles puisse s’imposer à la liberté politique d’une collectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs députés du groupe SRC. Nous parlons de financement !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Votre point de vue est très idéologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Manifestement, cet amendement se heurte tout simplement à la vie quotidienne des gens. Si un contribuable va conduire un enfant dans une école et l’autre – le frère ou la sœur – dans un collège, et que ceux-ci sont à proximité, vous compliquez inutilement la vie de votre contribuable pour imposer votre volonté. Le véritable débat, ici, c’est la liberté des familles et le pouvoir des maires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte a, je crois, trouvé, un équilibre. Restons-en là !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. L’école publique, ce n’est pas la liberté publique.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Pierre Cardo.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. Je ne partage pas cette opinion. Si je suivais ce raisonnement, cela signifierait qu’il faudrait supprimer les écoles maternelles et primaires un peu isolées en milieu rural, qui ont déjà du mal à exister, car cela dérange un peu les parents d’aller, d’un côté, déposer les enfants et, de l’autre, d’aller au collège. Il existe des ramassages scolaires pour ces situations.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs députés du groupe SRC. Exactement !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. Ainsi que je l’ai indiqué lors de la discussion générale, ce que je n’accepte pas dans ce texte pour le fonctionnement du privé, je ne l’accepte pas davantage pour le public.</p>
<p style="text-align: justify;">Des incohérences ont permis d’arriver à des détournements de la loi par le biais des dérogations massives dans certains secteurs. L’idéal de cette proposition de loi aurait été qu’elle les limite. Or, non seulement ce n’est pas le cas, mais on les accentue légèrement.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Trois nouveaux orateurs se sont inscrits. À titre exceptionnel, et à condition que vous respectiez le délai de deux minutes, je vais vous donner la parole, car ce point me semble être essentiel.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. En ce qui concerne les transports scolaires, le raisonnement de M. Vanneste est hypocrite.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Je ne vous permets pas !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Je ne dis pas que lui-même soit hypocrite.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous savez parfaitement que, lorsque vous avez deux enfants de quatorze et neuf ans, l’un est dans le primaire et l’autre dans le secondaire, et qu’il y a tous les jours des transports scolaires. Vous ne conduirez pas votre grand de quatorze ou dix-sept ans au collège ou au lycée. C’est un subterfuge, un mauvais prétexte.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. On voit bien que vous ne connaissez pas certains quartiers.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. J’ai été maire pendant vingt-six ans.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Jean Glavany.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Monsieur Vanneste, cette question de liberté est une histoire sempiternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Ça vous agace ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Il y a bien longtemps que vous ne m’agacez plus, mais là n’est pas la question.</p>
<p style="text-align: justify;">L’essentiel est d’avoir une confrontation d’idées et de convictions. Les libertés individuelles sont toutes respectables ; sauf lorsqu’elles ont une limite : la liberté collective. La République n’a jamais cessé de fixer des limites aux libertés individuelles, lorsqu’il y a au-dessus de celles-ci les libertés collectives et l’intérêt général.</p>
<p style="text-align: justify;">Monsieur Vanneste, à force de défendre les libertés individuelles, on arrive à des contradictions majeures. Je vais vous dire quelque chose que j’ai sur le cœur et que je n’ai jamais exprimé dans cet hémicycle. J’entends un certain nombre de parlementaires de la majorité – au nom de la liberté de conscience et parce qu’il ne faut surtout pas que les instituteurs puissent voir quelles sont les croyances de leurs élèves – dire, à juste titre, qu’il ne faut pas porter le voile à l’école. Ils ont raison, j’ai voté pour ce principe. Cependant, les mêmes parlementaires financent à tour de bras des établissements d’enseignement privés qui acceptent les jeunes portant le voile. À force de défendre les libertés individuelles, on arrive, monsieur Vanneste, à ce genre de contradictions, auxquelles il faut mettre aussi un terme.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Ce n’est pas une contradiction !</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 18 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi de deux amendements, nos 19 et 6, pouvant être soumis à une discussion commune.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre, pour défendre l’amendement n° 19.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Nous traitons du financement des écoles élémentaires privées sous contrat d’association. Pourquoi alors évoquer tous les types d’établissement pour justifier le regroupement de fratries ? Nous proposons de restreindre le recours à ces dérogations, en ne rendant la contribution obligatoire que si elle correspond au regroupement des fratries dans des établissements élémentaires, et non dans n’importe quel établissement scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Pierre Cardo, pour défendre l’amendement n° 6.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. Dans la mesure où une commune ne dispose ni d’un collège ni d’un lycée, il est évident que l’aîné d’une fratrie sera scolarisé à l’extérieur de la commune – cela vaut du reste pour le privé comme pour le public –, mais il convient d’éviter qu’une famille se fonde sur cette disposition pour faire inscrire de même l’ensemble des enfants, scolarisés en maternelle ou en primaire, au motif qu’un frère ou une sœur est scolarisé dans le secondaire à l’extérieur de la commune.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, il est tout à fait possible de détourner la loi, et tel est déjà le cas : il suffit de scolariser son enfant dans un établissement privé sans que cela nécessite de dérogation. Aux termes de l’alinéa 5, la commune de résidence devra s’acquitter d’une contribution pour les autres enfants de la fratrie.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Non !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. La rédaction du texte est ambiguë.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. L’alinéa incriminé vaut également pour le public. Or, tel qu’il est rédigé, cet alinéa est ambigu même pour le public.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. En effet.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Nous sommes là dans le cadre réglementaire, avec l’article R. 212-21 qui précise les conditions requises. Il appartiendra donc au pouvoir réglementaire de préciser la nature des établissements.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Faisons-le maintenant !</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Tout de suite !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. La participation financière à la scolarisation des enfants dans une autre commune, liée au frère ou à la sœur, qui, elle, ne respecterait pas les termes de la loi, me semblerait contraire au dispositif. C’est ainsi et je ne vois pas pourquoi il faudrait modifier ce dispositif dans le cadre de cette proposition de loi. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Avis défavorable, donc.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Le Gouvernement n’est pas favorable à ces deux amendements. Le décret que le Gouvernement prendra sera bien sûr soumis au Conseil d’État et tiendra compte de l’esprit de la loi.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Pierre Cardo.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. « L’esprit de la loi, je ne connais pas » disait André Damien. Que je sache, nous sommes des législateurs, et, à un moment où on parle d’hyperparlement, je m’interroge sur la latitude qui nous est laissée pour imposer notre volonté et rédiger des textes intelligibles !</p>
<p style="text-align: justify;">Le texte actuel permet les détournements : on constate jusqu’à 60 % d’évasion scolaire dans certains secteurs. En dépit d’une réglementation prétendument claire, il va de soi qu’elle est insuffisante. C’est pourquoi j’aurais souhaité qu’avec cette proposition de loi nous rectifiions les abus, tant pour ce qui concerne le privé que le public.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Tout à fait !</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 19 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 6 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 3.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à Mme Michèle Delaunay.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Nous avons déjà eu cette discussion, mais nous souhaitons redire que la loi doit être non seulement intelligente, mais également honnête et précise. Nous voulons, dès aujourd’hui, et non demain, comme vient de le dire M. le rapporteur, éviter que l’admission d’un frère aîné dans une école, selon des critères contraires à la loi, ne puisse entraîner celle des douze frères et sœurs suivants !</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. En effet, madame Delaunay, nous avons déjà eu cette discussion à propos de l’amendement précédent. Intégrer des dispositions d’ordre réglementaire dans la loi n’est pas une bonne manière de légiférer. L’inscription du premier enfant devra respecter l’une des quatre conditions préalables prévues. Il est évident que les dispositions réglementaires nécessaires à l’application du nouveau dispositif seront prises avec le même objectif, à savoir l’égalité de traitement entre le public et le privé, tout en respectant les spécificités du privé.</p>
<p style="text-align: justify;">Avis défavorable, donc.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. L’avis du Gouvernement est également défavorable.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 3 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 20.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. L’amendement est défendu.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 20, repoussé par la commission et le Gouvernement, n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi de deux amendements, nos 21 et 7, pouvant être soumis à une discussion commune.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Il est parfaitement compréhensible que des contraintes médicales puissent obliger une famille à scolariser son enfant en dehors de sa commune de résidence. Sans être mentionnées dans la loi, les contraintes de santé sont d’ailleurs très souvent acceptées par les communes pour la délivrance de dérogations scolaires. Toutefois, telles qu’elles sont énoncées à l’alinéa 6 de l’article 1er, ces raisons médicales n’apparaissent pas suffisamment précises et vérifiables par la commune de résidence. Concernent-elles les enfants, leurs parents, leur tuteur ? Doivent-elles être valables toute l’année ou seulement pour la rentrée scolaire ? Font-elles l’objet d’une simple déclaration ou doivent-elles être justifiées par un médecin ? Que se passe-t-il l’année suivante ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il paraît donc indispensable d’encadrer réglementairement ces raisons médicales afin de définir précisément quels sont les pathologies ou traitements faisant l’objet d’un protocole particulier qui justifieraient qu’un enfant ne puisse être scolarisé dans sa commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">La pathologie et la conformité du motif médical aux conditions réglementaires seraient examinées et validées par le médecin-conseil de la caisse régionale d’assurance maladie dans le respect du secret médical.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Pierre Cardo, pour soutenir l’amendement n° 7.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. Je souhaite l’avis conforme d’un médecin scolaire, même si je suis conscient qu’il n’y a pas, hélas, de médecins scolaires dans tous les établissements.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Il n’y en a pas assez !</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Marie-Odile Bouillé. Et pas partout !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. Je rappelle que nous avons voté une loi contre le port du voile à l’école – loi que, pour ma part, je n’ai pas votée –, que d’autres débats sensibles ont lieu concernant l’espace public et que l’école publique est soumise à de nombreuses pressions et renvoie une image négative.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas parce que les médecins sont soumis au serment d’Hippocrate qu’ils n’ont pas de convictions, politiques, religieuses, cultuelles. Imaginez qu’un jour vous ayez à faire face à des demandes de dérogation pour des raisons de régime alimentaire ou liées à la mixité – rappelez-vous du débat sur la mixité dans les piscines –, notamment s’agissant d’activités sportives. Ne craignez-vous pas, non seulement d’alourdir les contraintes du public, mais également d’ouvrir la voie à des écoles privées, certes, mais très cultuelles ? Cette question mériterait, pour le moins, d’être posée.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Marie-Odile Bouillé. Absolument !</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. La commission est défavorable à ces deux amendements.</p>
<p style="text-align: justify;">L’article L. 212-8 parle de contraintes liées à des raisons médicales. Quant à l’article R. 212-21, il apporte des précisions conformément à ce que souhaitent les auteurs des deux amendements. La commune de résidence est tenue de participer financièrement à la scolarisation d’enfants dans une autre commune dans les cas suivants : l’état de santé de l’enfant nécessitant d’après une attestation établie par un médecin scolaire ou par un médecin agréé – hospitalisations fréquentes ou soins réguliers et prolongés assurés dans la commune d’accueil et ne pouvant l’être dans la commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Les choses étant suffisamment claires, la commission a repoussé ces amendements.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Le Gouvernement considère qu’il n’est pas utile d’inscrire dans la loi de conditions supplémentaires, soit l’avis conforme du médecin scolaire, soit la validation par le médecin-conseil de la caisse régionale d’assurance maladie. Ces précisions n’existant pas dans le texte applicable à l’enseignement public, cela introduirait une distorsion de traitement entre le public et le privé.</p>
<p style="text-align: justify;">Avis défavorable, donc.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Patrice Debray.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Patrice Debray. On ne peut accorder de prérogatives particulières ni aux médecins conseils des caisses régionales ni aux médecins du travail. Étant moi-même médecin généraliste, je suis bien placé pour savoir que la délivrance d’un certificat est couverte par le secret médical.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 21 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 7 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 4.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à Mme Michèle Delaunay.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Michèle Delaunay. Dans le prolongement des propos de M. Cardo, j’indique que nous favorisons actuellement l’installation d’écoles confessionnelles dans les cités. Comme mon collègue l’a excellemment souligné, l’imprécision de la loi peut favoriser des glissements très néfastes qui ne peuvent que nous inciter à nous engager très fermement derrière le principe de laïcité.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 4, repoussé par la commission et le Gouvernement, n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 8.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Pierre Cardo.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Pierre Cardo. L’amendement est défendu.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 8, repoussé par la commission et le Gouvernement, n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n° 22.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Par cet amendement, nous entendons préserver le principe de libre administration des collectivités territoriales. Nous proposons de soumettre directement à la municipalité la demande de dérogation justifiant le financement de la scolarité d’un élève dans une école primaire privée sous contrat d’association située sur le territoire d’une autre commune, ainsi que cela est prévu pour le financement de la scolarité d’un élève dans une école publique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la représentation nationale repousse cet amendement, il est évident qu’elle acceptera d’aller plus loin que la deuxième circulaire d’application de l’article 89 du 6 septembre 2007 qui prévoyait que l’accord des communes intéressées doit être recherché.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, il est possible que la réalité des motifs invoqués pour justifier la demande de dérogation évolue au cours du temps, voire disparaisse. La commune de résidence peut avoir renforcé son service de garde ou de restauration, les parents peuvent avoir changé d’employeur, les frères et les sœurs peuvent avoir changé d’établissement ou quitté l’enseignement scolaire et, enfin, la situation médicale peut avoir – heureusement – évolué. Tous ces motifs sont susceptibles d’évolution ; ils doivent donc pouvoir être évalués lors de la demande initiale, puis lors de chaque rentrée scolaire. Il ne serait pas légitime que l’obligation de financement persiste alors que les motifs la justifiant ont disparu.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous proposons que la demande de dérogation soit transmise chaque année à la mairie de résidence afin de permettre au maire d’apprécier le bien-fondé de la demande.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. La commission a repoussé cet amendement qui a, pourtant, le mérite de poser les bonnes questions quant à la procédure à suivre. Les relations entre les communes et les établissements privés méritent d’être formalisées, en particulier la question de la périodicité de la dérogation. Dans la mesure, où ces questions relèvent du domaine réglementaire, l’avis de la commission est défavorable. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. J’ai expliqué tout au long du débat les raisons – constitutionnelles, en particulier – pour lesquelles le Gouvernement n’est pas favorable à un avis du maire, qui plus est un avis annuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rappelle que, dans le public, le maire n’a pas la possibilité d’interrompre un cycle de scolarité.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Il ne s’agit pas d’interrompre la scolarité, mais de ne plus payer !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Il ne semble pas envisageable d’autoriser pour le privé ce qui est interdit pour le public.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 22 n&#8217;est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(L’article 1er est adopté.)<br />
Article 2
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d’un amendement de suppression de l’article, n° 23.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. L’amendement propose de supprimer l’article 2, aux termes duquel seul le préfet aurait le pouvoir de décider qu’une commune participe au financement de la scolarisation d’élèves hors de leur commune de résidence.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, il nous paraît inadmissible que, d’un côté, on exige une égalité de traitement dans le financement des écoles publiques et privées, mais que, de l’autre, on permette que ces deux régimes fonctionnent différemment.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon le rapporteur, « parallèles, ces régimes sont néanmoins autonomes : n’est ainsi pas reprise, dans le régime applicable aux écoles privées, l’autorisation préalable du maire de la commune de résidence » – et de se justifier aussitôt : « une telle disposition serait contraire à la Constitution, car elle subordonnerait l’exercice effectif d’une liberté publique à l’accord préalable d’une autorité locale ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous faites ici référence, monsieur le rapporteur, à la décision du Conseil constitutionnel du 18 janvier 1985. Mais relisons-la : elle a jugé non conforme à la Constitution le fait que la commune siège de l’école dispose du pouvoir de s’opposer à la conclusion d’un contrat d’association entre l’État et un établissement privé du premier degré. Il ne s’agit absolument pas du financement d’une école privée située hors de la commune en question.</p>
<p style="text-align: justify;">Du reste, votre raisonnement ne tient pas puisque, pour la scolarisation dans une école publique hors de la commune de résidence – qui constitue tout autant, sinon davantage, une liberté publique –, l’accord de l’autorité locale est demandé. Par ce type d’arguments, vous cherchez à nous démontrer que l’école privée pourrait être maltraitée par certaines municipalités et qu’il faut absolument faire appel à un juge impartial en la personne du représentant de l’État. J’ajoute que la dépense sera imposée a posteriori, alors que toute dépense doit normalement résulter d’une délibération en conseil municipal.</p>
<p style="text-align: justify;">Aux yeux des députés communistes, républicains et du parti de gauche, associé aux lacunes de l’article 1er, cet article constitue une violation du principe de libre administration des collectivités territoriales. Voilà pourquoi nous proposons de le supprimer.</p>
<p style="text-align: justify;">(L’amendement n° 23, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;article 2 est adopté.)<br />
Après l’article 2
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d&#8217;un amendement n°24.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Cet amendement propose de subordonner la parité de financement entre écoles publiques et privées, que la proposition de loi vise à instaurer, au respect des valeurs républicaines.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous souhaitez que l’enseignement privé bénéficie des fonds publics ; assurons-nous donc qu’il respecte les mêmes obligations, notamment en matière de laïcité. Tous les établissements scolaires, publics et privés, recevant des fonds publics devraient promouvoir la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté absolue de conscience, le refus des communautarismes, l’interdiction des signes ostensibles d’appartenance religieuse, enfin la stricte égalité des sexes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Marie-Odile Bouillé et M. Pascal Deguilhem. Ce n’est pas gagné !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Or certaines écoles confessionnelles outrepassent le respect de ces valeurs républicaines. Ces principes à valeur constitutionnelle opposables aux personnes publiques doivent pourtant être également applicables aux établissements concourant au service public ou recevant des fonds publics.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l’avis de la commission ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Cet amendement a été rejeté par la commission.</p>
<p style="text-align: justify;">Le titre IV vise spécifiquement la laïcité de l’enseignement public ; il ne concerne donc pas l’enseignement privé, dont l’une des spécificités est précisément son caractère confessionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Le député d’Alsace que je suis tient à préciser qu’en Alsace-Moselle, toujours soumise au régime concordataire, l’enseignement de la religion est obligatoire dans les écoles publiques, mais les dérogations sont faciles à obtenir sur demande des familles. Ce régime fonctionne bien, et cela montre que la laïcité peut se décliner de plusieurs manières. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Michel Ménard. Vous êtes en terrain glissant !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Son caractère religieux n’empêche toutefois pas l’enseignement privé sous contrat d’être tenu à plusieurs obligations, s’agissant en particulier du recrutement des élèves. Ainsi, aucune discrimination fondée sur la religion n’est bien entendu admise, et les établissements privés accueillent souvent des élèves de toutes les confessions.</p>
<p style="text-align: justify;">Avis défavorable. (Exclamations sur les bancs du groupe GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Quel est l&#8217;avis du Gouvernement ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Monsieur Desallangre, je vous rappelle que l’enseignement privé contribue au service public de l’éducation nationale. En outre, l’adoption de cet amendement aboutirait en quelque sorte à nier la spécificité des établissements privés, spécificité que le rapporteur vient de souligner,…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. La possibilité d’accepter des jeunes filles voilées, par exemple ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. …et donc à revenir sur la loi de 1959.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Eh oui, la loi Debré !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Luc Chatel, ministre de l&#8217;éducation nationale. Vous comprendrez aisément que le Gouvernement n’y est pas favorable.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Yves Durand.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. Monsieur le rapporteur, vous êtes député alsacien, et l’histoire est ce qu’elle est. Mais, au-delà de l’histoire, nous sommes des élus républicains, et la République, c’est aussi la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905,…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Je suis entièrement d’accord !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yves Durand. …que tous doivent respecter et défendre. Je ne voudrais pas que l’on puisse lire dans le compte rendu de nos débats que le rapporteur d’une loi a cité en exemple le régime concordataire, qui, pour la République, n’est pas la loi.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. Ce n’était pas du tout mon intention !</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 24 n&#8217;est pas adopté.)<br />
Article 3
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. L’amendement n° 12 n’est pas défendu.</p>
<p style="text-align: justify;">(L’article 3 est adopté.)<br />
Titre
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je suis saisi d’un amendement n°25.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est à M. Jacques Desallangre.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Nous entendons défendre ici le préambule de la Constitution du 25 octobre 1946, qui proclame que « l’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État », et nous opposer à l’inscription dans la loi de la notion de parité de financement entre écoles publiques et privées.</p>
<p style="text-align: justify;">À nos yeux, en effet, cette notion renvoie à celle d’égalité, qui implique l’augmentation des charges communales destinées à financer l’école privée, donc la diminution des crédits de fonctionnement alloués à l’école publique. Or, si l’égalité de traitement est mentionnée dans l’article L. 442-5 du code de l’éducation, directement issu de la loi Debré, la parité de financement n’a ni sens juridique ni légitimité. Mais ce terme met en jeu le maintien et le développement de l’école publique.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, monsieur le ministre, vos déclarations il y a quelques jours, en Seine-Saint-Denis, sur la création de partenariats avec les écoles privées pour des projets éducatifs laissent également entendre que l’État s’apprête à engager davantage de moyens en faveur de l’école privée.</p>
<p style="text-align: justify;">Défendre une égalité de financement des dépenses de fonctionnement des écoles publiques et des établissements privés revient à remettre en cause la séparation de l’Église et de l’État, que mon collègue vient d’évoquer. L’impôt public devrait être utilisé selon une parfaite neutralité, et non pour moitié au profit des écoles privées, confessionnelles à 90 %.</p>
<p style="text-align: justify;">Par cet amendement, nous proposons donc de s’en tenir à la rédaction suivante du titre : « Proposition de loi relative au financement des écoles élémentaires privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence ».</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;amendement n° 25, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">(Le titre proposé par la commission est adopté.)<br />
Explications de vote
</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Dans les explications de vote, la parole est à M. Jean Glavany, pour le groupe SRC.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Nos débats ont été instructifs à plus d’un titre. Ils ont été sereins, ce dont nous pouvons tous nous réjouir (Sourires sur les bancs du groupe UMP) : personne n’a ravivé la guerre scolaire, ce qui peut pourtant démanger certains d’entre nous, sur tous les bancs de cet hémicycle. (« Ah bon ? » sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Grosperrin. Vous êtes énervés ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Mais nous nous opposerons à ce texte, et je vais vous expliquer pourquoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, le texte montre que le Gouvernement et la majorité ont enfin pris conscience, au bout de cinq ans, des difficultés que posait à des centaines de milliers de communes l’application de l’article 89 de la loi du 13 août 2004. Il était temps ! Le texte résoudra, bon an mal an, une grande partie de ces problèmes ; c’est heureux.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Frédéric Reiss, rapporteur. C’est vrai !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Deuxièmement, le texte abroge l’article 89, ce qui nous satisfait ; il eût fallu s’en tenir là, et les membres du groupe SRC l’auraient alors voté des deux mains.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi ne le ferons-nous pas ? Parce que vous allez remplacer cet article par un nouveau dispositif, qui, si j’ose m’exprimer ainsi, est « moins grave que si c’était pire » – moins grave que l’article auquel il se substitue –, mais dont les fondements idéologiques demeurent contestables. Nous les retrouvons du reste dans tous les débats sur ce sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Si j’y reviens, c’est que, au-delà du petit incident qui nous a tout à l’heure opposés à M. Chatel à propos de la décision constitutionnelle de 1994, ce débat entre parité et égalité est un débat de principes, qui nous a toujours opposés. Je m’amusais tout à l’heure à relire cette décision : je vous confirme, monsieur le ministre, que, si le point 27 ne cite jamais le mot de parité, celui-ci est mentionné au point 24, à la demande des requérants, qui considèrent que l’application du principe de parité viole le principe d’égalité, car il impose les mêmes responsabilités à des établissements publics et privés, alors que les contraintes qui pèsent sur eux ne sont pas les mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est toujours la même histoire – comme pour les cliniques privées et les hôpitaux publics : on charge la barque du public sans lui donner les moyens du privé, et on donne des moyens au privé sans lui imposer les mêmes contraintes qu’au public. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.) Vous pouvez dire ce que vous voulez : c’est toujours la même chose, toujours le même débat ! Et vous le menez toujours au son de cette sempiternelle rengaine de la liberté dont M. Vanneste nous a abreuvés tout l’après-midi.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. C’est un mot qui vous révulse !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Parfaitement, monsieur Vanneste, il me révulse parfois !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Mais c’est l’un des deux piliers de la République ! En le critiquant, c’est la République que vous critiquez, et vous montrez ainsi que vous êtes un mauvais républicain !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Régis Juanico. Oh là là !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Vous devriez regarder devant vous plutôt que de vous indigner ainsi ! Oui, monsieur Vanneste, il me révulse quand c’est au nom de la liberté individuelle que des femmes demandent à porter la burqa (Approbation sur les bancs du groupe SRC),…</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Quelle caricature !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. …, cette burqa que vous allez probablement interdire dans l’espace public, mais qui sera autorisée dans les établissements privés que vous financez, au nom de la liberté religieuse !</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Bérengère Poletti. N’importe quoi !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Le voile est bien autorisé dans les établissements privés, madame !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Lamblin. Sous contrat ! Vous oubliez toujours cette précision !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Qui recrute les jeunes filles qui portent le voile et ne veulent plus fréquenter les établissements publics ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette croisade pour la liberté, nous vous voyons la mener depuis des années. Ce principe de parité est pour nous anticonstitutionnel et antirépublicain. Le seul principe qui compte, c’est le principe d’égalité des citoyens, et non de parité entre les groupes ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Ce sont les deux, et vous les refusez à l’enseignement privé !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Vous mélangez tout, monsieur Vanneste, et je suis heureux de ne pas être d’accord avec vous, étant donné les positions que vous avez prises dans cet hémicycle !</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Monsieur Vanneste, si vous continuez, je vais devoir accorder une minute supplémentaire à M. Glavany. Ce serait dommage !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Je n’en aurai pas besoin !</p>
<p style="text-align: justify;">C’est parce que nous sommes ancrés à ce principe républicain d’égalité – et non de parité – que nous ne pouvons accepter le dispositif que vous instaurez.</p>
<p style="text-align: justify;">Je l’ai dit tout à l’heure : nous ne faisons que reculer pour mieux sauter.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Non, nous avançons !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. En effet, nous sommes convaincus que ce texte ne résistera pas à l’épreuve des faits constitutionnels, qu’il fasse ou non l’objet d’un recours de la part de parlementaires : vous avez pris dans ce domaine une mesure dont nous nous réjouissons, et nous avons voté pour la loi qui l’applique.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs députés UMP. Chantage ?</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Non, c’est la réalité !</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons mis en place le principe de l’ouverture du recours constitutionnel à tous les citoyens qui estimeraient qu’une loi est anticonstitutionnelle. Ne vous faites aucune illusion : les recours sont prêts un peu partout à travers la France. Il ne s’agit aucunement d’un chantage. Faute de nous avoir entendus cet après-midi, vous serez confrontés à la fragilité de votre dispositif sur lequel nous serons obligés de revenir d’une manière ou d’une autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons perdu du temps – après tout, nous en avions perdu beaucoup auparavant –, et si nous vous avons convaincus de la nécessité de revenir sur le dispositif de 2004, nous ne vous avons pas convaincus d’abandonner ce satané principe de parité en faveur du principe d’égalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voterons donc contre cette proposition de loi, prêts à poursuivre le débat avec vous. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Jacques Desallangre, pour cinq minutes, en application de l’alinéa 3 de l’article 54 du règlement, je le précise à l’attention de M. Vanneste.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Christian Vanneste. Merci, monsieur le président.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. La République joue contre son camp quand, dans le domaine de l’éducation nationale, elle aide le privé à concurrencer le public, en la circonstance aux frais des collectivités locales.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce texte est avant tout marqué par l’idéologie et nous ne vous en faisons pas grief. Nous ne vous reprochons pas de vouloir favoriser l’école privée mais de le faire au nom de l’égalité républicaine et de la liberté individuelle. Ce n’est pas la parité que vous nous proposez mais la reconnaissance positive de la disparité, avec prime au privé, prime à l’exode scolaire, prime à l’accentuation de la ghettoïsation. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas la liberté de l’enseignement que l’on défend ; c’est la concurrence que l’on favorise et l’égalité entre les citoyens que l’on trahit. Le recours devant le Conseil constitutionnel, nous le déposerons, soyez-en sûrs.</p>
<p style="text-align: justify;">Attachés aux valeurs de la République, nous sommes opposés à ce texte dangereux pour la liberté de l’enseignement public. La seule école libre, rappelons-le, c’est l’école publique. C’est celle que l’on doit défendre avec conviction et c’est au nom de cette conviction que les députés de la gauche démocrate et républicaine voteront contre cette proposition de loi.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Yvan Lachaud.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yvan Lachaud. Le débat a peut-être été serein mais il nous a rappelé des idées dépassées et des caricatures archaïques stigmatisant la ségrégation et l’école réservée aux riches. Il faut avancer, mes chers collègues, et pour cela je vous invite à davantage visiter les établissements privés « sous contrat », mots que vous oubliez trop souvent.</p>
<p style="text-align: justify;">L’État se doit de vérifier que ces établissements respectent la mixité et la législation sur le port des signes distinctifs.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Ils ont leur caractère propre !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Yvan Lachaud. Il est de notre responsabilité d’y veiller et de dénoncer, s’il y a lieu, les manquements aux règles. Sur ce point, je vous rejoins.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais dépassons ces clivages et cessez de considérer ce type d’établissements avec le même prisme : il s’agit d’idées totalement irrecevables, en complet décalage avec la réalité du terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est urgent de voter ce texte, pour plusieurs raisons.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord, il correspond à une forte attente de la part des maires, confrontés à des situations très complexes qui ont parfois donné lieu à des procès et abouti à des choses inacceptables, les préfectures ne sachant plus comment appliquer le texte en vigueur. Voilà un peu de liberté qui leur est donnée dans l’application de la législation.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, il permettra aux établissements privés sous contrat de vivre normalement et aux parents de réaffirmer la liberté qui est la leur dans ce pays d’inscrire leurs enfants là où ils le souhaitent.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, monsieur le ministre, j’ajouterai que la clarification que vous avez apportée à propos de l’adossement des regroupements pédagogiques intercommunaux aux EPCI nous satisfait. Je vous remercie également d’être revenu sur la notion de fratrie : les décrets pourront ainsi prendre en compte la réalité vécue aujourd’hui par les familles monoparentales et recomposées.</p>
<p style="text-align: justify;">Je considère que nous avons assez débattu. C’est avec grand plaisir que le Nouveau Centre votera en faveur de cette proposition de loi.</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. La parole est à M. Jacques Grosperrin.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Grosperrin. J’aimerais tout d’abord répondre à M. Glavany : il n’y a rien d’idéologique dans cette proposition de loi. Il s’agit avant tout d’un texte pratique destiné à répondre aux inquiétudes des maires. (Exclamations sur les bancs des groupes SRC et GDR.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. Ah bon !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Grosperrin. M. Glavany a sans doute fait un réquisitoire brillant…</p>
<p style="text-align: justify;">Mme Bérengère Poletti. Même pas !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jean Glavany. On ne peut pas plaire à tout le monde !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Grosperrin. …où il a mêlé idéologie et burqa. Mais je ne suis pas certain que, ce faisant, il soit resté au cœur du sujet. Je ne suis pas certain non plus que ses propos sur l’égalité de l’investissement entre établissements publics et privés soient fondés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le vote de cette proposition de loi mettra fin aux problèmes nés de l’application de la loi du 20 janvier 1985. Depuis vingt-quatre ans, les maires attendent une solution, il est important de le rappeler.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme M. le ministre l’a souligné tout à l’heure, il s’agit d’un compromis, et le décret qui suivra permettra de préciser certains points.</p>
<p style="text-align: justify;">Le ministre a également parlé d’apaisement. À cet égard, je tiens à rappeler à M. Glavany qu’en décembre 2008, son collègue, le sénateur Charasse, disait lui-même qu’il appelait de ses vœux un apaisement dans la question de l’école privée et publique.</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Desallangre. Il y contribue beaucoup, comme chacun sait !</p>
<p style="text-align: justify;">M. Jacques Grosperrin. Il ne faut pas oublier que les enfants qui vont à l’école, qu’elle soit privée ou publique, sont avant tout les enfants de la République.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit d’un texte équilibré qui concerne au premier chef les maires de notre pays – M. Pélissard évoquait dix-huit maires de droite et dix-huit maires de gauche –, lesquels ne peuvent plus se contenter d’incantations. S’il y a consensus autour de la solution offerte par la proposition de loi, c’est d’abord parce qu’elle était très attendue. Outre qu’elle établit une plus grande sécurité juridique, elle respecte le libre choix et permet une stricte parité entre le public et le privé.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour toutes ces raisons, le groupe UMP votera pour. (Applaudissements sur les bancs des groupes UMP et NC.)</p>
<p style="text-align: justify;">Vote sur l&#8217;ensemble</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Je mets aux voix l&#8217;ensemble de la proposition de loi.</p>
<p style="text-align: justify;">(L&#8217;ensemble de la proposition de loi est adopté.)</p>
<p style="text-align: justify;">M. le président. Avant d’examiner, dans le cadre d’une séance prolongée, la proposition de loi tendant à permettre le recours au vote par voie électronique lors des élections des membres de conseils des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, je suspends la séance pour cinq minutes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2008-2009-extra2/20092014.asp#INTER_3" target="_blank">l&#8217;intégralité de débats</a></p>
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		<title>Les médias n&#8217;ont pas encore annoncé la mort de la laïcité française, assassinée le 16 avril 2009 par un certain Nicolas Sarkozy</title>
		<link>http://www.yannickserrano.fr/2009/04/30/les-medias-nont-pas-encore-annonce-la-mort-de-la-laicite-francaise-assassinee-le-16-avril-2009-par-un-certain-nicolas-sarkozy/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=les-medias-nont-pas-encore-annonce-la-mort-de-la-laicite-francaise-assassinee-le-16-avril-2009-par-un-certain-nicolas-sarkozy</link>
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		<pubDate>Thu, 30 Apr 2009 21:50:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Saint-Siège]]></category>

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		<description><![CDATA[Episode 6 : Mettre fin aux socles républicains&#8230; Pour les lecteurs assidus, voici malheureusement l&#8217;épisode 6 des atteintes dramatiques à notre république démocratique et laïque. J&#8217;aurais préféré ne pas avoir à écrire celui-ci&#8230; Les nouveaux lecteurs pourront s&#8217;ils le souhaitent se plonger dans les billets précédents ou les archives pour trouver ce qui finit par constituer bien plus que des &#171;&#160;abus de pouvoir&#160;&#187; comme les appelle encore pudiquement François Bayrou et comme le qualifient de façon  encore insuffisamment ferme nos dirigeants socialistes, &#171;&#160;la dérive autoritaire. Il nous faudra bien l&#8217;admettre et le dénoncer clairement à un moment donné : la France a changé de régime. Petit rappel historique : Immédiatement, après avoir épuré de sa composante cléricale, le conseil supérieur de l’Instruction publique en votant la loi du 27 février 1880, la majorité républicaine issue des élections des 14 et 28 octobre 1877 et le ministre Jules Ferry portaient un nouveau coup à la loi Falloux du 15 mars 1850 modifiée par celle du 12 juillet 1875, adoptées l’une et l’autre par des assemblées monarchistes. Confiée depuis cinq ans à des jurys mixtes comprenant des membres du clergé, la collation des grades universitaires revenait désormais à l’Etat et à lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="chapo" style="text-align: justify;"><em><strong><img class="alignleft size-medium wp-image-452" title="coup d'Etat" src="http://www.yannickserrano.fr/wp-content/uploads/2009/04/coupdetatale-238x300.png" alt="coup d'Etat" width="238" height="300" />Episode 6 : Mettre fin aux socles républicains&#8230;</strong></em></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">Pour les lecteurs assidus, voici malheureusement l&#8217;épisode 6 des atteintes dramatiques à notre république démocratique et laïque. J&#8217;aurais préféré ne pas avoir à écrire celui-ci&#8230; Les nouveaux lecteurs pourront s&#8217;ils le souhaitent se plonger dans les billets précédents ou les archives pour trouver ce qui finit par constituer bien plus que des &laquo;&nbsp;abus de pouvoir&nbsp;&raquo; comme les appelle encore pudiquement François Bayrou et comme le qualifient de façon  encore insuffisamment ferme nos dirigeants socialistes, &laquo;&nbsp;la dérive autoritaire. Il nous faudra bien l&#8217;admettre et le dénoncer clairement à un moment donné : la France a changé de régime.<span id="more-441"></span></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><em><span style="text-decoration: underline;">Petit rappel historique</span> : Immédiatement, après avoir épuré de sa composante cléricale, le conseil supérieur de l’Instruction publique en votant la loi du 27 février 1880, la majorité républicaine issue des élections des 14 et 28 octobre 1877 et le ministre Jules Ferry portaient un nouveau coup à la loi Falloux du 15 mars 1850 modifiée par celle du 12 juillet 1875, adoptées l’une et l’autre par des assemblées monarchistes. Confiée depuis cinq ans à des jurys mixtes comprenant des membres du clergé, la collation des grades universitaires revenait désormais à l’Etat et à lui seul, conformément à la loi du 18 mars 1880. </em></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">Jules Ferry clama alors avec force lors de la première séance du conseil supérieur laïcisé, que l’Université devenait <em>« un corps vivant, organisé et libre. »</em> Ce principe républicain essentiel fut tout le temps réaffirmé depuis. L’alinéa premier de l’article L. 613-1 du code de l’éducation, dans sa version issue de la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 actuellement en vigueur, décrit clairement que <em>« L’Etat a le monopole de la collation des grades et titres universitaires. »</em></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><em><span style="text-decoration: underline;">Le contexte :</span><br />
</em></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><strong>Après la mise à bas du pouvoir législatif, la rupture de l&#8217;indépendance du pouvoir judiciaire, la casse de l&#8217;équité fiscale,  l&#8217;instauration de la solidarité inversée (les pauvres en faveur des riches avec les  franchises médicales au profit  du bouclier fiscal),  un des derniers piliers de la République vient d’être abattu : la laïcité.</strong></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">Cela au moment même où une série de « contre-réformes », toutes adoptées par décret, sans passer par la représentation nationale ou le suffrage populaire, contre l’avis de l’ensemble de la communauté universitaire, menacent de destruction l’université française publique et laïque et tout son système de formation non marchand.</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">Comme quoi les choses que l&#8217;on croit les plus fortes et les plus durablement acquises peuvent être parfois défaites d&#8217;un petit trait de plume et avec le silence complice de certains médias&#8230;</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><em><span style="text-decoration: underline;">Les faits :</span></em></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><strong>Par l’effet d’un décret simple, la loi Falloux est en partie rétablie</strong>. Après en avoir été privée pendant 129 ans, l&#8217;église romaine retrouve le pouvoir d’intervenir dans la collation des grades universitaires. Ce fait intolérable est pourtant passé inaperçu, pas une ligne dans un journal, et plus grave, pas une déclaration d&#8217;un dirigeant socialiste ou de gauche. Comme quoi tout fout le camp&#8230; Mais ne soyons pas négatifs à ce point, ce blog étant lu par d&#8217;éminentes personnalités du journalisme et de la politique, ne doutons pas qu&#8217;il s&#8217;agissait simplement de contraintes d&#8217;assemblage de journaux ou de contraintes d&#8217;agenda !</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">Ainsi <strong>par un décret du 16 avril 2009, le président de la République vient, de publier l’accord de Paris du 18 décembre 2008 (<a href="http://www.yannickserrano.fr/2008/12/22/scandale-diplomes-catholiques-reconnus-par-la-france/" target="_blank">lire mon article du 22 décembre 2008</a>) par lequel la France et le Saint-Siège ont entendu décliner au plan bilatéral le processus de Bologne </strong>initié par la convention du 11 avril 1997 sur la reconnaissance des qualifications relatives à l’enseignement supérieur dans la région <em class="spip">« Europe »</em>, ratifiée le 18 septembre 2000. L’une et l’autre acceptent de reconnaître mutuellement<em class="spip"> « des périodes d’études, des grades et des diplômes de l’enseignement supérieur délivrés sous l’autorité compétente de l’une des Parties »</em>. Cela semble anodin, et pourtant&#8230;</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">Pour la République française, il s’agit bien sûr des <em class="spip">« grades et diplômes délivrés sous l’autorité de l’Etat par les établissements d’enseignement supérieur »</em>. Pour le Saint-Siège sont concernés ceux attribués par <em class="spip">« les Universités catholiques, les Facultés ecclésiastiques et les établissements d’enseignement supérieur dûment habilités par le Saint Siège » </em>!</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><strong>Le protocole additionnel à l’accord de Paris précise donc qu’entrent en particulier dans le champ d’application de ce dernier les diplômes ecclésiastiques de doctorat (niveau doctorat), de licence (niveau « master ») et de baccalauréat (niveau licence) obtenus dans les facultés ecclésiastiques qui, selon la constitution apostolique Sapiensa christiana de 1979, ont notamment pour objet de former des chercheurs, des professeurs d’universités et de séminaires, des chanceliers, des membres de tribunaux ecclésiastiques et d’autres titulaires d’offices, des conseillers d’évêques et de supérieurs religieux.</strong></div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">La ratification, par décret de l’accord du 18 décembre 2008, constitue un coup de force juridique inacceptable, disons le un coup d&#8217;Etat éducatif ! Il ne s’agit pas de la simple reconnaissance mutuelle des diplômes délivrés par les systèmes légaux d’enseignement supérieur de deux États liés par une convention internationale.</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><strong>Au mépris de la laïcité, l’accord de Paris conduit, en effet, la République française à légitimer des titres universitaires attribués par des établissements d’enseignement supérieur catholiques sur son territoire</strong>, ou sur le territoire d’autres États ne les reconnaissant pas nécessairement. Il ouvre ainsi une brèche dans le monopole de la collation par l’Etat, des grades universitaires, instituée par la loi du 18 mars 1880.</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;"><strong>Ce décret est disons le nettement anticonstitutionnel et il appartenait normalement au gouvernement de saisir le Parlement d’un projet de loi de ratification de l’accord de Paris en application de l’article 53 de la Constitution du 4 octobre 1958.</strong> Au lieu de cela, le président de la République a choisi de prendre en catimini un décret pour le faire entrer en vigueur.</div>
<div class="chapo" style="text-align: justify;">L’accord de Paris modifie bien implicitement mais nécessairement « des dispositions de nature législative ». La voie suivie évite donc la discussion du rétablissement partiel de la loi Falloux devant la représentation nationale. Nicolas Sarkozy a délibérément choisi de trahir la république car il ne la respecte pas dans ses fondements. J&#8217;espère que mes amis lecteurs, quels que soit leur rôle dans la société saisiront leurs collègues, leurs amis de ce problème qui à n&#8217;en pas douter soulèverait un tollé dans l&#8217;opinion publique française, pour peu qu&#8217;elle en soit informée&#8230; Le succès d&#8217;un recours devant le Conseil Constitutionnel ne fait pas l&#8217;ombre d&#8217;un doute, mais je ne suis qu&#8217;un petit citoyen de province ! Attendons la suite&#8230;</div>
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		<title>Redécoupage électoral, magouilles et copinages</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Dec 2008 18:07:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yannick Serrano</dc:creator>
				<category><![CDATA[Au Premier Plan]]></category>
		<category><![CDATA[Conseil constitutionnel]]></category>
		<category><![CDATA[groupe socialiste]]></category>
		<category><![CDATA[Nicolas Sarkozy]]></category>
		<category><![CDATA[PS]]></category>
		<category><![CDATA[recours]]></category>
		<category><![CDATA[redécoupage électoral]]></category>

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		<description><![CDATA[Episode 1 : le redécoupage des circonscriptions&#8230; Pour retailler des circonscriptions législatives à la mesure des copains, favoriser la réélection de députés de droite votant bien, rien de tel qu&#8217;un redécoupage bien senti&#8230; Le redécoupage était obligatoire. La façon d&#8217;envisager ce redécoupage fait que l&#8217;on est le serviteur de la République, de la démocratie ou le serviteur de la république des copains et des &#171;&#160;coquins&#160;&#187;&#8230; Le groupe socialiste à l’Assemblée a annoncé mardi qu’il avait déposé un recours auprès du Conseil constitutionnel sur la loi concernant le redécoupage électoral, critiquant notamment le mode de nomination de la commission chargée de veiller à son impartialité. «Le législateur n’a pas respecté la volonté du Constituant de créer une commission &#171;&#160;indépendante&#160;&#187; et le législateur n’a pas respecté les garanties du pluralisme politique», ont affirmé les députés du groupe dans une lettre aux membres du Conseil constitutionnel. La volonté de Nicolas Sarkozy est que la moitié de ses six membres sera nommée par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat tous les trois de même sensibilité politique. Pour les députés PS, «la prescription d’indépendance et le principe de représentation pluraliste auraient dû conduire à ce que l’opposition dispose d’au moins [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="post-content" style="text-align: justify;"><ins><strong>Episode 1 : le redécoupage des circonscriptions&#8230; </strong></p>
<p></ins><a href="http://www.yannickserrano.fr/public/photos%20articles/Sarkozy-Parrain2008.jpg"><img style="margin: 0pt 1em 1em 0pt; float: left; width: 206px; height: 353px;" src="http://www.yannickserrano.fr/public/photos%20articles/Sarkozy-Parrain2008.jpg" alt="" /></a>Pour retailler des circonscriptions législatives à la mesure des copains, favoriser la réélection de députés de droite votant bien, rien de tel qu&#8217;un redécoupage bien senti&#8230; Le redécoupage était obligatoire. La façon d&#8217;envisager ce redécoupage fait que l&#8217;on est le serviteur de la République, de la démocratie ou le serviteur de la république des copains et des &laquo;&nbsp;coquins&nbsp;&raquo;&#8230;</p>
<p>Le <a href="http://www.yannickserrano.fr/index.php?tag/groupe%20socialiste">groupe socialiste</a> à l’Assemblée a annoncé mardi qu’il avait déposé un <a href="http://www.yannickserrano.fr/index.php?tag/recours">recours</a> auprès du <a href="http://www.yannickserrano.fr/index.php?tag/Conseil%20constitutionnel">Conseil constitutionnel</a> sur la loi concernant le <a href="http://www.yannickserrano.fr/index.php?tag/red%C3%A9coupage%20%C3%A9lectoral">redécoupage électoral</a>, critiquant notamment le mode de nomination de la commission chargée de veiller à son impartialité.<em><br />
</em></p>
<p><em>«Le législateur n’a pas respecté la volonté du Constituant de créer une commission &laquo;&nbsp;indépendante&nbsp;&raquo; et le législateur n’a pas respecté les garanties du pluralisme politique»,</em> ont affirmé les députés du groupe dans une lettre aux membres du Conseil constitutionnel.</p>
<p>La volonté de <a href="http://www.yannickserrano.fr/index.php?tag/Nicolas%20Sarkozy">Nicolas Sarkozy</a> est que la moitié de ses six membres sera nommée par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat tous les trois de même sensibilité politique. Pour les députés <a href="http://www.yannickserrano.fr/index.php?tag/PS">PS</a>, «la prescription d’indépendance et le principe de représentation pluraliste auraient dû conduire à ce que l’opposition dispose d’au moins un siège dans cette commission».</p>
<p>Soulignons aussi que l’article de la loi qui autorise le gouvernement à fixer par voie d’ordonnance le nombre de députés élus par les Français établis hors de France viole l’alinéa 1er de l’article 25 de la Constitution, qui affirme qu’il doit l’être par une loi organique&#8230;</p>
<p>On peut aussi reprocher au législateur d’avoir volontairement ignoré l’article 34 de la Constitution en n’assumant pas sa compétence en ce qui concerne notamment le découpage des circonscriptions. La loi donnant le feu vert au gouvernement pour procéder à un redécoupage électoral a été adoptée définitivement le 11 décembre par le Sénat.</p>
<p>Ainsi donc, tous les ordinateurs du ministère tournent nuit et jour pour malaxer des tonnes de données numériques fondées sur les précédents scrutins qu&#8217;a connu notre pays en fonction de critères &laquo;&nbsp;programmés&nbsp;&raquo; pour proposer les hypothèses de redécoupage adéquat <del>en fonction des variations de la démographie et de l&#8217;équilbre géographique de la future représentation nationale</del> <img src='http://www.yannickserrano.fr/wp-includes/images/smilies/icon_smile.gif' alt=':)' class='wp-smiley' /> , pour la réélection des copains et l&#8217;émergence beaucoup plus difficile d&#8217;une majorité alternative à celle UMP.</p>
<p>Au passage, quelques facteurs supplémentaires et bienveillants sont en réflexion pour favoriser tel député de la majorité à aider pour ses bons et loyaux services rendus, tel député de l&#8217;opposition pour ses silences bienveillants ou ses approbations ponctuelles mais stratégiques. Rajoutons celles et ceux qui sont sur la &laquo;&nbsp;short-list&nbsp;&raquo; sarkozyste pour se faire tailler un futur short en raison de contestations insupportables ; d&#8217;amendements inapropriés aux lois libérales et liberticides du gourou du bling-bling de l&#8217;Elysée ; d&#8217;informations distillées et ayant &laquo;&nbsp;ennuyé&nbsp;&raquo; quelque scientologue discret mais très influent ; de leur gêne récurrente à la mise place d&#8217;une république autocratique et &laquo;&nbsp;rechristianisée&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Nous obtiendrons à la fin février la mouture d&#8217;un redécoupage électoral qui empêchera fortement une alternance démocratique nationale, sanctionnera les gêneurs en tout genre, récompensera les fidèles sujets de sa majestée Nicolas Sarkozy 1er. Pardon pour cet égarement mais il m&#8217;arrive parfois d&#8217;oublier que la France n&#8217;est pas l&#8217;empire austro-hongrois&#8230; <img class="smiley" src="http://www.yannickserrano.fr/themes/default/smilies/wink.png" alt=";)" /></p>
<p><strong>à suivre&#8230;</strong></div>
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