Ainsi donc, avant même que le débat sur la loi Hadopi que souhaite faire passer en force le gouvernement soit clos, le bébé est mort-né !
Le rejet du projet de loi Hadopi le 9 avril, faute de députés UMP en nombre suffisant dans l’hémicycle pour contrer l’opposition, a marqué le début d’hostilités qui vont laisser des traces dans tous les camps. Il y aura les blessés, les braves morts au champ d’honneur, les insoumis, les déserteurs et un grand perdant : « un grand projet de loi création artistique et internet » qui aurait pu faire l’objet d’un consensus national si la droite n’avait pas cédé dès le départ aux forces des lobbies des majors, des grands artistes pleins aux as et de la culture du bling-bling.
Jean-François Copé a tenté une contre-attaque fulgurante, teintée de provocations en proposant l’exception d’irrecevabilité du texte présenté par les parlementaires socialistes contre le bouclier fiscal. Et il paraît que la droite a le désir sincère de revaloriser le rôle du parlement de la très monarchique 5ème république (en minuscule c’est normal)… Suspension de séance puis retrait de la motion Copé ! On passe sur l’atmosphère plus que houleuse et les colibés.
Pourtant le sujet mériterait mieux que le débat misérable que propose ou qu’impose la droite, alliée de fait aux « grands artistes blindés » et « bling-bling », qui n’ont soif de rien sauf de garder leurs privilèges et leurs tirelires pleines.
L’enjeu est grand, la culture à l’aire du numérique, la possibilité de voir préserver les droits des artistes, des créateurs, l’assurance de leur offrir la possibilité de vivre de leur pratique. On pourrait s’arrêter là et tous les artistes du bling-bling seraient contents… mais il aurait fallu aller au-delà et le gouvernement ne l’a pas fait. Il a voulu préserver les machines à sous sans se soucier de tous ceux qui peuvent et doivent émerger. Oui, en contre partie de comptes en banques bien remplis, les « grands » pourraient aller au-delà de leur nombril pour permettre aux entrants, aux petits, de se faire connaître, d’avoir les moyens de créer et d’être à leur tour découverts. Mais ils vous diront qu’ils pensent aux autres, que c’est grâce au fait qu’ils sont « banquable » que les maisons de disques peuvent produire de nouveaux talents, et patati et patata…
La culture, la création, ce n’est pas seulement cela, enfin pour moi petit bouseux de province ! La création et la culture, c’est évidemment la musique mais c’est la peinture, l’écriture, la sculpture et de multiples autres pratiques créatives auxquelles on se doit de permettre qu’elles puissent avoir droit de cité, droit de vivre dignement de son art, droit d’être diffusé, droit d’être valorisé et protégé. Bref, le vaste chantier de la culture pouvait être ouvert et traité avec un esprit progressiste qui donne sa place à chacun.
La droite a choisi une autre voie, celle de la protection des nantis, celle de la reproduction des consanguinités sociales élitistes, celle de la sanction des petits citoyens qui ne peuvent pas payer leur loyer et à qui on voudrait imposer d’acheter des disques. Allons donc, il serait temps de revenir aux réalités ! Je connais des personnes qui téléchargent et qui adoreraient acheter des disques, qui le faisaient autrefois d’ailleurs… Allez donc dans une grande enseigne pour acheter un CD qui sort. Vous en prendrez au minimum pour 19-20 euros. Le prix du CD dans l’aspect industriel est autour de 1€ et moins, cela laisse des marges substantielles pour l’industrie du disque, les auteurs, etc. Si dans ce joli monde il y avait des gens moins gourmands, il se vendrait plus de disques… La totalité des sommes perçues par la Sacem, compositeurs et éditeurs de musique, est stable en 2007, alors que l’industrie de la musique parle de baisse à deux chiffres des ventes! Mais on ne vous dira pas que la part de la vente directe (CD, DVD, etc.) sur l’ensemble des droits perçus par les auteurs est inférieure à 20% du total des recettes !!! La baisse de ce secteur est compensée par la hausse d’autres sources de revenus issus de financements mutualisés (radio, télé…). Ainsi, la taxe sur la copie privée, perçue sur les ventes de supports de stockage: disques durs, CD gravables, existe bel et bien et rapporte des sommes astronomiques…
Alors Internet et Création me direz-vous ? Oui, légiférons, autrement, mettons autour d’une table tous les acteurs de la culture, les acteurs du numérique et de l’internet, les professionnels de la production de spectacles et donnons un an pour parvenir à un accord. Que l’on ne me fasse pas croire que c’est insurmontable…
A avoir pris le sujet par le petit bout de la lorgnette, tout le monde est perdant : les artistes, le gouvernement, les partis politiques, les internautes, tout le monde.
La contribution créative, portée par les députés socialistes et vite rejetée par la ministre de la Culture est issue du travail du chercheur Philippe Aigrain. Il s’agit d’autoriser le partage de fichiers sur Internet dans un cadre non commercial tout en mettant en place un financement mutualisé afin d’assurer la rémunération des auteurs. Le montant se situerait entre 2 et 7 euros par mois et par foyer abonné au haut débit, pour un montant situé aux alentours de 700 millions d’euros par an. La moitié de cette somme irait aux auteurs et aux interprètes. L’autre servirait à un fonds de soutien à la création, et oui ! Le tout permettrait de couvrir pratiquement l’intégralité des droits issus de la consommation privée, pour la musique, le cinéma et même l’édition… Sauf que ce système suppose la remise en cause de privilèges de « gens établis », il faut le dire et que tout le monde doit se mettre autour d’une table, les artistes nantis et les majors devraient faire des concessions, et ça ils ne veulent pas… Alors Monsieur Jack Lang, on sait où vous en êtes… Vous avez bien oublié les intermittents, l’éducation artistique, les baisses des crédits à la culture… la soupe est trop bonne pour vous, depuis trop longtemps. Les Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Pierre Arditi et Michel Piccoli ont beau jeu de donner à leur tour des leçons de morale ou de gauche aux parti socialiste, ils sont le reflet d’une lutte déjà dépassée des nantis pour la préservation de leurs privilèges, je les préfère à l’UMP ! En tout cas, ma gauche à moi ne leur ressemble pas ou plus…
La loi hadopi est donc bien une loi liberticide, ennemie de la création et de la diffusion culturelle. Elle porte en elle les substrats d’une régression grave puisqu’elle entérine des sanctions à l’encontre des internautes sans en passer par une décision de justice et sans procédure contradictoire possible, du Sarkozy dans le texte. D’ailleurs, Aurélie Filippetti confirme l’argument : «Au-delà de la question de la rémunération, il y a une question de droit fondamental. Et c’est être profondément de gauche que de dire qu’on ne peut accepter l’intervention d’une autorité administrative pour supprimer un abonnement Internet.» Ce qui va sans dire va donc mieux en le disant !
Alors ne nous emballons pas, direz-vous, le Parlement Européen a réglé la question (voir vidéo), paraît-il ? Espérons…

1- D’un côté, nous avons une industrie culturelle déclinante n’assumant pas le proxénétisme économique et la pandémie infantilisante qu’elle exerce sous le regard de son débiteur. Celui-ci est à la fois une fondation philanthrope de gestion nationale et une entreprise d’import/export.
2- De l’autre côté, nous avons une infinité de niches de population n’ayant rien à voir les unes avec les autres, mais faisant front par principe de précaution. Nous prouvant par la même occasion à quel niveau de léthargie se trouvent nos sociétés occidentales pour qu’un luxe devienne une lutte nécessaire.
3- Au centre, se trouve le gros du troupeau qui n’a pas d’avis et fait preuve d’intelligence situationniste ou d’indifférence banale sur ce combat qui est à la fois d’avant-garde et d’arrière-cour.
4- Dans toutes les batailles, il y a des pertes acceptables. Mais comme nous ne prenons plus plaisir à nous salir les mains avec une de ces barbaries ancestrales, les invectives servent de nos jours de courroux médiatique ou de Hit Combo virtuel pour le bonheur des voyeurs générationnels et des lâches éternels.
5- Quand on pratique l’affrontement constant ou la paix commémorative pour occuper son temps, c’est que l’on est plus en mouvement. Alors la guerre civile des flux a-t-elle un sens ?
La suite ici :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/13/creation-internet-et-insultes-gratuites/
Excellent… Merci Yannick…
Quelle sombre connerie!!!Comment peut-on dire: « On va vous couper Internet »?
Comment peut croire: »ils vont nous couper Internet »?
Sachez que Hadopi, c’est Franco-franchouillard et que nous vivons en Europe.
Sachez aussi que les interconnexions des internautes entre eux sont le résultat d’un ensemble global fortement technique qui ne dépend heureusement pas que de France-Telecom /Orange.
Alors si à un problème de sémantique littéraire il convient d’apporter une solution académique, en face d’un problème technique il serait préférable de mettre en œuvre des solutions techniques.
Moi personnellement, technicien de formation, si on me coupe Internet, je m’installe une parabole sur le toit et je prends un abonnement Internet par Satellite auprès d’un prestataire de service allemand et la pour me couper internet il faudra juste faire tomber par terre des Satellites de communication (bon courage Albanel!!). Pour m’empêcher de faire ça, m’empêcher de me connecter chez un prestataire allemand, il faudra juste remettre en cause l’espace de Schengen et ça aussi ça va pas être simple(bon courage Albanel!!).
Excellente analyse, Yannick, merci !